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septembre 4, 2016 - 11:00 No Comments

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Quand le soignant n’est dressé que pour être un redresseur de torts

mars 15, 2019 - 7:40 No Comments

Une consœur orthophoniste a récemment posté le billet ci-dessous sur un réseau inter-professionnel. Un appel du pied précis chargé d’un questionnement particulièrement pertinent. C’est tout à son honneur :

« Bonjour à toutes,
J’ai un patient avec syndrôme parkinsonien avec des capacités encore bien préservées, une personne autonome et des capacités plutôt fonctionnelles dans tous les domaines. On travaille les capacités vocales sutout et les mouvements praxiques au niveau bucco-facial par séries espacées de 20 séances environ.
Il se trouve que des mouvements involontaires associés aux exercices (mouvements présents que pour des gestes fins, très peu présents dans le quotidien) s’intensifient. Il est de plus en plus tendu pendant le travail et cela peut lui provoquer des douleurs depuis une ou deux séances. Bref, je sens que les exercices classiques de stimulation ne sont plus adaptés… Que me conseillez-vous d’après vos expériences ? Merci ! »

Aucune réponse, aucun commentaire en retour. Pourquoi ? Interrogeons-nous.

Sans doute parce que les consœurs (et confrères) semblent tout aussi désemparés face à ce genre de chose, face à un échec de stimulation, face à des effets secondaires, à ce que nous pourrions appeler, en y mettant une touche d’humour, des DCNI (Dommages Collatéraux Non Identifiés).

En réalité, c’est inquiétant me direz-vous ! Oui mais surtout pour nous formateurs lourdement responsables de la bonne conduite à tenir face aux patients. Je constate amèrement que nous présentons des méthodes et techniques de travail sans amener sans doute suffisamment le praticien au recul nécessaire pour s’intéresser et interagir avec le patient qui doit pourtant être considéré, du début à la fin du suivi, comme un sujet vivant et interagissant et non comme un élément (objet) devant se plier à une méthode de travail.

Je n’accuse personne. Tout le monde essaie de faire au mieux. Je m’interroge seulement et partage avec vous cette interrogation.

À un moment donné, certains professionnels ouvrent davantage les yeux et se retrouvent désemparés car il n’y a rien d’écrit sur ce plan dans le protocole de soin souvent suivi à la lettre, surtout à partir d’une méthode bien définie…

Cette même consœur avait déjà appelé à l’aide pour une raison équivalente quelques mois avant. Les seules réponses qu’elle obtenait n’étaient que des indications vers d’autres professionnels non médicaux, non paramédicaux, oubliant par exemple au passage (encore et toujours) le rôle du psychomotricien sur ce terrain là. Des réponses qui laissent entendre que la situation dépasse les compétences de l’orthophoniste.

Alors je me hasarde à une seule question :

L’orthophoniste doit-il se contenter d’un rôle de redresseur de torts ? (C’est vrai qu’étymologiquement…)

(Je ramasse les copies dans une heure).


P. S. :
Oui mais oh ! C’est un peu facile de déblatérer, de critiquer et tout et tout mais il faut peut-être aussi mettre un commentaire en réponse au billet ! Screugneugneu ! :

Réponse schématique : maladie de Parkinson => rétraction neuro-musculaire avec plus ou moins des troubles associés (paratonie, syncinésies,..) => trouble de la gestion tension/détente => limitation de l’amplitude et surtout de la souplesse du mouvement d’où l’importance d’amener le sujet à développer (ou retrouver) une double conscience : celle de la capacité d’action (renforcement) et aussi (et surtout dans le cas de la pathologie parkinsonienne) de la capacité de non-action, plus précisément de relâchement (allons même jusqu’à dire relaxation). Mais là, il faut bien dire qu’il y a un réel malaise car l’orthophoniste lambda ne semble pas formé dans ce sens, juste à la rigueur dans l’autre : celui du renforcement.

À partir de là, c’est à chacun de voir comment agir et interagir…

Le tremblement essentiel vu de l’intérieur

février 8, 2019 - 10:41 No Comments

(Billet en cours d’élaboration. Que vous soyez ou non porteur de ce genre de tremblement, n’hésitez pas à laisser des commentaires ou des messages privés (en cliquant sur « contacts » tout la haut à droite dans la barre de tâche) pour contribuer à rendre le propos encore plus pertinent et surtout utile. C’est en tous les cas son but.)

Introduction

Je ne sais pas si le fait d’avoir toujours été gêné par un tremblement essentiel depuis mon jeune âge m’a amené à m’orienter vers mes choix professionnels mais ce n’est sans doute pas étranger. En tous les cas, je n’en avais pas conscience au début. Peu importe.

Par contre, rétrospectivement, je peux dire que mes formations m’ont finalement servi à mieux comprendre, à mieux combattre, à mieux accepter le trouble celui-ci m’a certainement aider aussi dans mon approche thérapeutique même en dehors de ce genre de pathologie.

Alors, en raison de cette double expérience endogène-exogène, je me dis qu’il peut être temps et utile que je donne, sans prétention aucune, un petit aperçu de ma vision sur le « tremblement essentiel vu de l’intérieur ».

Définition

Le tremblement essentiel (TE) est une pathologie du mouvement d’origine neurologique et génétique. Contrairement à d’autres formes qui se manifestent au repos, comme dans la maladie de Parkinson, celui-ci apparaît dans l’action et peut se manifester à n’importe quel endroit du corps, aussi bien au niveau distal (mains, pieds) qu’au niveau axial (tête), si bien qu’en fonction du niveau d’atteinte, il peut y avoir différentes formes de perturbations (écriture, articulation, voix, etc.)

Un trouble mal connu

Selon l’Aptes (*), « le diagnostic n’est porté que chez 25% des cas avant 40 ans ».

Le tremblement essentiel est si mal connu, et surtout si mal reconnu, que je ne connais pas de mot pour identifier le porteur de ce genre de trouble. On doit se contenter d’une expression du genre : « la personne porteuse d’un tremblement essentiel ».
Pour faire plus court et pallier ce manque, je parlerai du « tremboteur ». Pour ceux qui se demandent pourquoi je n’utilise pas plutôt le mot « tremblotant », je réponds que je préfère réserver celui-ci au tremblement de repos pouvant être observé (mais pas systématiquement, qu’on se le dise !) dans la maladie de Parkinson.
En clair : le porteur du tremblement essentiel est un « trembloteur » car son trouble apparaît dans l’action alors que le porteur de la maladie de Parkinson peut être « tremblotant » car son trouble est présent au repos. Inutile de préciser bien sûr qu’il n’y a rien de péjoratif en ces vocables personnels.

Ratio

Le tremblement essentiel est familial dans plus de la moitié des cas et atteint autant les femmes que les hommes parfois dès l’enfance.

Cause

Sa cause reste inconnue d’où le terme « essentiel » (**).
Même si nous avons observé une altération des cellules de Purkinje dans le cervelet chez plus de la moitié des cas, même si nous avons observé aussi des mutations génétiques (notamment au niveau du récepteur D3) dans 50 à 70% des cas, nous ne connaissons pas l’origine de ce genre de trouble.

Prévalence

Ce serait la pathologie neuromotrice la plus fréquente puisqu’elle concernerait 1 personne sur 200 (300 000 en France dont 10/100 de manière sévère) avec des degrés d’atteinte et d’évolution variables.

Je ne sais pas comment on a pu établir ce genre d’évaluation car il y a une grande disparité entre les signes invalidants et les manifestations légères qui échappent certainement aux statistiques. Des amalgames sont aussi possibles avec d’autres formes de tremblements (parkinsonien, psychogène ou liés à la consommation excessive de certaines substances : alcool, drogues, médicaments, café, etc.)

Les troubles légers non répertoriés

Si les cas les plus évidents peuvent être facilement quantifiés, il n’en est pas de même pour les perturbations plus légères. Un certain nombre de personnes ne savent pas qu’elles sont atteintes de cette pathologie. Et je suis sûr aussi qu’un grand nombre de médecins ne s’orientent pas vers ce genre de diagnostic, préférant se contenter d’imaginer autre chose comme une hypersensibilité d’autant plus qu’en dehors de troubles invalidants, ils pensent le plus souvent qu’il n’est pas nécessaire de donner un traitement.
Conclusion : le diagnostic d’un tremblement essentiel peu invalidant n’est pas fait. Et même en réalité tout est une question de niveau de perturbation car en fait tout le monde tremble mais… plus ou moins :

Le tremblement est à la base une réalité physiologique

Chez n’importe quel sujet, quand un muscle est contracté, il existe ce que nous appelons un tonus d’action caractérisé par un tremblement. Lorsqu’il est au repos nous parlons de tonus d’état objectivable toujours par un tremblement. C’est une réalité physiologique. La situation pathologique n’est qu’une augmentation voire une irrégularité de cette oscillation musculaire pouvant être objectivé en hertz. Alors que dans le tremblement de repos, observable dans la maladie de Parkinson, la valeur oscillera entre 4 et 8 Hz maximum, dans le tremblement d’action du TE la valeur se situera au-dessus (entre 8 et 12 Hz).

Diagnostic différentiel

Il faudrait pouvoir diagnostiquer le tremblement essentiel à partir de la présence d’un tremblement d’action en dehors d’une situation de stress. Ce n’est pas toujours évident si le sujet semble hyperémotif. N’a-t-il pas développé une hyperémotivité à partir de sa fragilité neuro-motrice ou inversement ? Tout est possible. Il peut y avoir une passerelle entre les deux. D’où l’importance d’un examen approfondi.

La science médicale a besoin de repères précis et de classements pour y voir clair et orienter en conséquence le soin. Mais elle sait aussi qu’il peut y avoir des associations de troubles, que la réalité de terrain n’est pas forcément aussi cloisonnée que dans un classement théorique.
Par exemple, un sujet peut avoir des manifestations parkinsoniennes au niveau d’un hémicorps et un tremblement essentiel de l’autre côté. De même, nous pouvons à la fois trouver des perturbations cérébelleuses associées à des indices psychogènes. Une manière de dire que chaque individu est un cas spécifique ce qui peut compliquer non seulement le diagnostic différentiel mais aussi la conduite à tenir pour améliorer la situation.

Déclinaison sémiologique

À mon sens, il faut un examen holistique pour :

- faire la part entre les tremblements pathologique et physiologique, celui-ci étant normal, seulement observable en fonction du degré de stress psychologique ou physique,

- distinguer le tremblement de repos qui caractérise la maladie de Parkinson et le tremblementm d’action rencontré dans d’autres pathologies,

- prendre les mesures :

• de l’intensité : variable en fonction des sujets, du degré d’atteinte et du moment.

• de l’acuité neuromotrice, c’est-à-dire de la réactivité plus ou moins forte impliquant une apparition progressive ou brusque allant jusqu’au « spike » (cette secousse spontanée représentée par une pointe onde à l’EMG)

• de la fréquence calculée en hertz : elle sera moins élevée dans la pathologie parkinsonienne (de 4 à 8 Hz) que dans le tremblement essentiel (de 8 à 12 Hz), sans que ce soit un élément suffisant pour un diagnostic différentiel. Elle sera encore plus haute dans le tremblement orthostatique primaire (> à 13 Hz) et plus basse dans les tremblements cérébelleux et de Holmes (< à 4 Hz). Les autres tremblements se situent dans une fourchette entre 4 et 12 Hz.

• de la sensibilité psycho-affective, c'est-à-dire de l'influence émotionnelle sur le tremblement.

---

Types de tremblements et conduites à tenir :

Indications communes

En premier lieu, comme le langage du corps se trouve plus ou moins perturbé, tous les types de tremblements peuvent tirer profit des thérapies psychocorporelles (plus précisément psychomotrices : n'ayons pas peur des mots) et autres formes d'aides à la connaissance et la maîtrise de soi.

Indications spécifiques

Physiologique -> évitement des déclencheurs (stress, café, alcool, certains médicaments,..)
Psychogène -> thérapie psychocorporelle (pour ne pas dire psychomotrice) et autres approches apprenant la connaissance et la maîtrise de soi.
Essentiel -> aucun traitement pour les troubles les plus légers, dans les autres cas, possible recours à l’allopathie (propranolol, primidone, etc.). et à la stimulation neurologique profonde pour les cas les plus invalidants.
Parkinsonien -> médication anti-parkinsonienne, stimulation profonde pour les cas les plus invalidants.
Cérébelleux -> kinésithérapie et autres formes d’aide pour renforcer la capacité de contrôle cérébelleux.
Autres cas plus rares (cortical, orthostatique primaire, Holmes,…) -> soins adaptés aux manifestations motrices et psychomotrices.

Pour y voir plus clair, essayons de constituer un tableau comparatif :

(…)

Le diagnostic de tremblement essentiel peut être confirmé par un neurologue après examen clinique et tests appropriés : EMG, etc.

Test de Flexion-Rotation-Extension Lente (FREL)

(…)

Le regard d’autrui

Les personnes qui ne connaissent pas le tremblement essentiel (et même certains tremboteurs) s’en font une image bien souvent fausse.

Je pense que l’erreur d’analyse est inversement proportionnelle à l’importance du trouble. Je veux dire par là que moins le trouble est invalidant plus l’erreur d’analyse peut être présente. C’est assez logique car, face à une gestuelle particulièrement invalidante, on tombe plus facilement dans une logique neuro-motrice.

À l’inverse, plus le trouble est discret, plus on peut s’éloigner de cette logique pour tomber dans le piège de raisons psychologiques évoquées beaucoup trop facilement. Le drame est quand le tremboteur arrive à s’en persuader lui-même. Il se retrouve alors d’autant plus fragilisé car ne trouve évidemment pas de moyen d’améliorer la situation, bien au contraire.

En temps que porteur du tremblement essentiel, qui, heureusement pour moi, se manifeste le plus souvent de façon assez discrète, je dois dire que ma première formation professionnelle, celle de psychomotricien, m’a beaucoup aidé. Les cours sur le sujet m’ont d’abord permis de mettre un nom sur ce genre de trouble, donc de mieux comprendre et de « vivre avec », de prendre du recul, une distance par rapport au regard de beaucoup de personnes qui ne peuvent pas s’empêcher d’inventer de manière empirique des raisons et surtout celles-ci :

1- Souvent les gens pensent que c’est dû à une hyperémotivité tentant même d’en persuader le porteur du trouble…

• Heureusement, chaque individu souffrant de cette affection peut avoir pris conscience que le tremblement est bien présent indépendamment de l’émotion, même si celle-ci peut l’augmenter.

• Malheureusement, il doit se contenter de cette analyse introspective ne pouvant compter sur personne (même pas forcément sur les professionnels de santé démunis et passant de ce fait sous silence la situation, le plus souvent par ignorance, même dans les milieux spécialisés).

• en conséquence, s’il ne s’arme pas contre le préjugé, il peut se retrouver fragilisé dans sa relation au monde et c’est là qu’une hyperémotivité peut se construire, conduisant à une augmentation exponentielle du trouble devenant non seulement neuro-moteur mais du coup aussi affectivo-moteur.

2 – Comme l’être humain ne peut s’empêcher de se faire des films, même face à des pathologies idiopathiques, c’est-à-dire dont on ne connaît pas la cause, une autre analyse tout aussi empirique peut amener les gens à imaginer que ce tremblement vient d’une consommation excessive d’alcool. Un comble quand on sait que l’alcool à un effet inverse sur ce genre de pathologie. Je ne conseille pas pour autant d’abuser de la bouteille pour diminuer les troubles sous peine à la longue de développer un autre tremblement… lié celui-ci à une consommation excessive d’alcool ! Cependant, on peut imaginer que certains tremboteurs puissent trouver dans l’alcool, de manière inconsciente, un moyen de parvenir à effacer du moins dans l’instant le tremblement essentiel. Qui sait ? Dans ce cas, la dette d’alcool entraînera le renforcement des tremblements et le tremboteur rentrera dans un cercle infernal…

Il faut reconnaître que le regard d’autrui peut être perturbant d’où l’importance du travail psycho-corporel sur soi pour s’en détacher.

Notre vie de trembloteur

Tant qu’il n’y a pas de nom à ce trouble et d’autant plus si les manifestations s’expriment de manière sournoise (ce qui tend d’autant plus à ne pas porter le diagnostic), je pense que le porteur du trouble ne se fait une idée qu’à partir du regard d’autrui, celui-ci ne se faisant une idée lui-même qu’à partir du résultat de l’action, ce qui est logique puisqu’il n’est pas dans le corps de l’autre. Il verra par exemple que la tâche a été mal maîtrisée ou longue à accomplir mais n’est pas en mesure d’évaluer le surcontrôle et la fatigue.
Dès l’enfance et d’autant plus dans notre société occidentale actuelle, on nous demande d’être à la fois rapide et efficace. Le trembloteur ne peut pas associer ces deux critères, alors :

- soit il agit rapidement, quand son organisation gestuelle le lui permet (eh oui, les troubles peuvent être fluctuants et ne préviennent pas à l’avance !) mais le résultat n’est pas « beau, nickel, propre »,

- soit il prend le temps de surcontrôler le geste, si la maîtrise est possible, pour réussir la tâche au risque de se montrer trop lent aux yeux d’autrui.

Dans tous les cas, chaque geste, même le plus anodin, est source de tâtonnements, d’approche plus ou moins hasardeuse et donc de fatigue voire d’épuisement physique et moral, d’autant plus quand il faut une maîtrise fine, comme simplement fermer le bouton de sa chemise…

Toute personne porteuse de ce genre de particularité a des souvenirs, pas toujours réjouissants mais parfois cocasses. Voici un exemple qui en dit long, je crois, mais qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres :

Je me souviens d’un enfant qui devait avoir environ sept ans. Assis sur sa chaise en face de moi, il m’a tout d’un coup fixé avec des yeux ronds en disant :

- « Pourquoi tu trembles ? Tu as peur de moi ?… »

On ne se connaissait pas. Ce n’était pas un enfant croisé par hasard mais un… nouveau patient !
Bon départ pour un suivi thérapeutique n’est-ce pas ?
Eh oui, les enfants peuvent avoir un regard direct, sans détour, sans faux-fuyant et finalement… plutôt sain ! C’était à moi, à partir de là, d’expliquer la situation. Reste à savoir si un enfant de cet âge peut comprendre que, dans le cas présent, ce n’était pas une question d’émotion. Je me dis que oui, peut-être mieux qu’un adulte qui a développé des préjugés avec le temps.

À chaque fois que je présente cet exemple, on me fait ce commentaire :
- « C’est mignon ! »

Oui, c’est vrai, c’est mignon parce que c’est frais, c’est de l’innocence enfantine au sens noble du terme. Alors on ne peut qu’avoir un regard amusé sur cette situation cocasse.
Eh oui, bien sûr, c’est comme ça qu’il faut sans doute voir la chose. Toutefois, cet exemple en dit long sur le regard d’autrui qui se prend très tôt les pieds dans des préjugés.
Si l’être humain n’est pas doué dans un domaine, c’est bien dans celui de la lecture psycho-corporelle. Sans doute du fait que c’est un être pensant, trop pensant en fait. Cet exemple est la preuve qu’il apprend très tôt à se conditionner à des clichés.

Finalement mon tremblement essentiel, parce qu’il est le plus souvent relativement discret, m’a plutôt servi que desservi dans mon travail professionnel car j’ai pu, surtout au fil du temps, en parler principalement aux personnes souffrant de troubles neuromoteurs. Je me suis rendu compte que mon tremblement pouvait être un moteur de persévérance (il n’y a pas le choix si nous voulons réussir la tâche à accomplir), d’abnégation, d’efficacité et de partage. J’ai aussi appris par moi-même, mais aussi grâce à mes formations professionnelles, à prendre une distance par rapport au trouble pour qu’il ne soit pas au centre de la communication. J’ai surtout appris à me détacher le mieux possible du regard d’autrui et même à oublier le phénomène…. jusqu’à une certaine limite bien sûr car c’est parfois quand vous ne vous y attendez pas que la bête se réveille et vous fait foirer ce que vous avez entrepris gestuellement.
Le pire pour moi est la survenue de « spikes » (pointes-ondes apparaissant sur les électro-myogrammes), ces mouvements brusques incontrôlables.

Curieusement diraient surtout ceux qui n’ont pas ce genre de trouble, j’aime aussi me lancer des défis. C’est alors que j’entreprends une activité qui demande une parfaite dextérité (soudure électronique, dessins fins, peinture à l’huile au détail, etc.).

Les dommages collatéraux

Il faut bien se dire qu’il n’y a pas que le tremblement dans la vie du trembloteur. Il y a des dommages collatéraux toujours présents ou variables en fonction du sujet et/ou du moment. Ce trembloteur en vivant toujours dans sa vie de trembloteur peut même ne pas avoir conscience des liens entre le tremblement et les troubles annexes. À vrai dire le tremblement n’est que la partie visible du trouble. C’est ce qui s’exprime visuellement aux yeux de tous un peu comme l’arbre qui cache la forêt. Même le porteur du trouble peut très bien ne pas percevoir le lien de cause à effet. De fait, il n’est pas forcément évident de voir le tremblement essentiel comme cause de fatigabilité, d’irritabilité, de lenteur, de désorganisation de tâches à accomplir, de fragilité intestinale, de discordance pneumo-phonique, de fébrilité cardiaque, de mal-être psycho-corporel, de dévalorisation, d’anxiété voire de phobie sociale, de dépression, etc.

Les stratégies de compensation

‌Au fil du temps, nous avons appris souvent de manière intuitive à développer des stratégies de compensation (utiliser par exemple une règle carrée plutôt que plate pour ne pas rater sa cible avec la pointe du crayon, main posée sur l’avant-bras pour avoir une écriture moins tremblée,…). Mais tout ceci ne vient pas pour autant effacer le tremblement.

Quel soin thérapeutique proposer si besoin ?

Certaines personnes peuvent voir leur trouble largement diminuer voire peut-être disparaître comme par enchantement grâce à certaines formes de médications mais seulement jusqu’à la médication suivante. À l’instar d’autres formes de troubles neuromoteurs, comme dans la maladie de Parkinson, il n’y a pas de remèdes miracles pour supprimer le tremblement essentiel, l’objectif doit être surtout de s’armer soi-même face au trouble, « faire avec » comme on dit.
Mais certaines situations sont telles qu’un suivi thérapeutique peut ou doit être proposé :

- soit parce que le tremblement est particulièrement invalidant,

- soit parce que la personne en souffre psychologiquement.

De ce fait, en fonction des besoins, les indications thérapeutiques ne seront pas les mêmes :

La médication

Certaines substances peuvent être proposées par les médecins pour plus ou moins diminuer, voire supprimer le tremblement notamment une médication de la classe des bêtabloquants (propranolol par exemple), ce qui peut être intéressant surtout quand le trouble est particulièrement invalidant.

Je n’ai personnellement jamais essayé ce genre de choses et n’ai aucunement l’intention d’essayer. Disons simplement que mon trouble étant gérable, je peux m’en passer.

La psychomotricité

Ce n’est pas parce que j’en ai la formation mais, à mon sens, un suivi psychomoteur peut être proposé pour au moins deux raisons :

- la première est liée au fait que le psychomotricien est justement là pour faire en sorte que le sujet apprenne par lui-même à gérer son tonus,

- deuxièmement, il est évident que cette pathologie neuro-motrice peut avoir des incidences plus ou moins grandes sur le plan de l’Image de Soi.

C’est justement sur ce lien corps-esprit que le psychomotricien a appris à travailler en utilisant différentes approches, la relaxation thérapeutique étant particulièrement indiquée dans le cas présent.

J’ai eu le privilège de suivre une formation dans le domaine de la relaxation en étudiant et en pratiquant toute forme d’approches que ce soit statiques ou dynamiques (en servant au passage de cobaye pour le CNRS sous la direction du Pr Zazzo).

Fort de cette expérience, je privilégie les techniques utilisant le contrôle tonique car c’est le seul moyen d’objectiver le relâchement neuromusculaire (Soubiran, Wintrebert,…) ce qui revient à dire que je place au second plan les méthodes qui n’objectivent pas le relâchement par le contrôle du praticien.
Il en est ainsi de la sophrologie qui a pourtant tellement le vent en poupe qu’on pourrait nous faire croire que ce n’est pas une méthode de relaxation parmi les autres…
Elle peut être intéressante comme toutes les autres mais, du fait de l’absence de contrôle tonique, ne permet pas d’objectiver le relâchement ce qui est particulièrement gênant d’un point de vue thérapeutique dans le cas de tremblement essentiel.
Comment voulez-vous par exemple soigner une paratonie (***) sans objectivation des tensions ?
Seul le contrôle tonique pratiqué par un professionnel de santé formé à ce genre de chose, donc au premier chef le psychomotricien, peut conduire à écarter ce genre de trouble qui a un effet particulièrement néfaste sur le tremblement essentiel.
Ma formation de psychomotricien m’a justement appris à avoir une efficacité pouvant aller jusqu’à un contrôle de compensation grâce notamment à la relaxation : je suis par exemple plutôt efficace au tir à la carabine (beaucoup moins au pistolet, encore moins au tir à l’arc car il faut maintenir une contraction pour bander l’arc). Je peux parvenir aussi à enlever une écharde avec une aiguille sans rendre la zone en charpie à condition de me laisser le temps et les bonnes conditions pour maîtriser au mieux le geste fin.

Les raisons de ma possible réussite viennent du fait tout d’abord que mon tremblement est, comme je l’ai déjà dit, le plus souvent modéré mais j’ai développé aussi des stratégies de compensation (pose de l’autre main sur l’avant-bras, détente motrice, calme, respiration, concentration, persuasion de réussite, défi personnel, etc…).
Je sais aussi me fixer des limites car à certains moments ce serait peine perdu que d’essayer.
Ce que je crains le plus ce sont ces fameux « spikes« , ces mouvements soudains, violents et absolument imprévisibles.
Je ne compte plus les moments où j’ai projeté une soudure en dehors de la cible ;) .
Des tas de raisons qu’il est inutile de développer ici ont eu une influence sur mon parcours professionnel. Vous pensez bien qu’il m’a fallu faire des coupes franches au niveau des choix d’orientations… Dans le domaine de la santé, la seringue ou le bistouri trop peu pour moi, évidemment…

La kinésithérapie

Elle peut aider mais à condition surtout de privilégier la décontraction, le relâchement musculaire, en aucun cas trop de renforcement car plus la fatigue s’installe plus le trouble est présent et sur ce plan il n’y a pas d’habituation. En clair, ce n’est pas parce que le sujet renforce le travail musculaire que le trouble diminue bien au contraire à cause de la fatigabilité neuro-musculaire.
Mais bien évidemment, comme pour n’importe qui, l’activité physique ne peut être que bénéfique pour l’organisme même si ce n’est pas elle qui diminuera les troubles.

L’ergothérapie

Elle sera indiquée surtout en cas de trouble particulièrement invalidant pour trouver des moyens d’aménagement pratique afin de faciliter les gestes de la vie quotidienne (plans de travail, outils adaptés,…). C’est bien là le rôle de l’ergothérapeute agissant en lien et en complément avec d’autres approches de soin.

La psychothérapie

L’approche psychothérapeutique peut être indiquée dans le cas de fragilisation de l’Image de Soi, quand une tendance dépressive accompagne les troubles, quand le contact avec le monde extérieur pose problème, quand la personne se replie sur elle-même. Mais il faut que le psychothérapeute soit formé sur le lien psycho-corporel pour mener à bien l’aide attendue.

L’orthophonie

Elle sera intéressante surtout dans le cas de trouble de production vocale quand la voix se fait chevrotante, que la production verbale manque de fluidité, quand la concordance pneumo-phonique fait défaut, plus globalement dans le cas de mal-être de communication principalement oral même si le porteur de ce genre de pathologie peut être gêné aussi dans la communication écrite, le graphisme pouvant être dégradé plus ou moins fortement. Mais dans la mesure du possible, il faut laisser d’autres professionnels s’occuper de ce genre de chose et en priorité le psychomotricien. En effet, si la rééducation de l’écriture est inscrite dans la nomenclature des orthophonistes, ce n’est pour autant qu’ils en ont véritablement les compétences. Je le sais car j’ai longtemps enseigné cette rééducation en centre de formation universitaire…

Autres propositions d’aide

Certaines propositions peuvent apporter leur concours. Même si elles n’ont pas de visée thérapeutique elles peuvent faire du bien.
Je pense notamment à deux formes d’activités :

-1- celles qui ont la particularité de modifier le milieu et donc le lien corps/espace en provoquant le relâchement neuro musculaire : activités aquatiques, hammam, sona… (Attention malgré tout à l’effet du froid qui augmente naturellement le tremblement musculaire, d’autant plus dans le cas de tremblement essentiel)

-2 – celles ancrées de manière souple et tranquille sur le sensori-moteur, le vécu corporel, le regard sur soi en lien et en harmonie avec le monde extérieur : gym douce, si gong, tai-chi, do’in, yoga, …)

En quoi ces deux formes d’activités ont de l’intérêt ?

Elles modifient le lien entre deux systèmes, le Système Nerveux Central (SNC) et le Système Nerveux Périphérique (SNP). Je qualifie souvent le Système Nerveux Périphérique comme étant un autre cerveau au même titre qu’on arrive à considérer le système digestif comme étant le « deuxième cerveau ». Ce SNP serait donc un « troisième cerveau » sans considération d’ordre numérique par importance. Simplement la deuxième place est prise par la littérature. Il ne faut pas non plus partir du principe qu’il n’existe que trois cerveaux.

On peut dire que nous avons plusieurs cerveaux

À partir du moment où nous définissons le cerveau comme étant une interconnexion intrinsèque complexe de cellules en lien avec des systèmes extrinsèques, nous en avons donc plusieurs, tout aussi importants les uns que les autres.

La force d’équilibration organise la vie

Tout organisme vivant peut être défini comme un ensemble de réseaux de systèmes plus ou moins complexes. Plus cet être vivant est élaboré plus les cerveaux sont importants à la fois en complexité, en nombre et en réseaux d’interconnexion. Plus globalement, le vivant se maintient par une mouvance perpétuelle d’ »équilibration » c’est-à-dire une énergie permanente entre les systèmes. C’est aussi une force de vie née de l’oscillation permanente entre les dépenses et les recharges énergétiques. La vie se caractérise par une dépense et une recharge de systèmes. C’est un équilibre permanent entre les deux, plus précisément une force permanente pour maintenir un équilibre entre les deux. C’est en cela que je dis que l’équilibration caractérise la vie et plus la cohésion entre les systèmes est bien réglée, plus l’équilibre est stable. Plus la vie est correctement maintenue, moins nous observons de défauts de fonctionnement. En conséquence, plus l’être vivant est complexe, plus les risques de dysfonctionnement existent, même à minima, c’est mathématique. Mais plus aussi les possibilités d’auto-corrections sont possibles du fait des interconnexions complexes. C’est la raison d’être de toute forme de rééducation. Rééduquer c’est se servir de la force de vie, c’est jongler avec les multiples systèmes en interconnexion, c’est améliorer les rapports entre les multiples cerveaux. En réalité, nous pouvons appeler ces systèmes de différentes manières du moment que nous leur accordons l’importance qui convient. Comme ce n’est pas toujours le cas, comme il y a toujours eu un clivage entre ce qui est appelé communément « cerveau » et le reste, il est bon de reconnaître d’autres cerveaux ailleurs qu’au niveau de ce boîtier le plus volumineux.

Les notions de force de vie et d’équilibration sont intéressantes à faire découvrir aux patients ayant perdu des capacités. Elles positivent psychologiquement ce qui est loin d’être négligeable par rapport au traitement de n’importe quelle pathologie.

Le stress comme bête noire

Comme il nous faut malgré tout exister dans ce monde de brutes et aussi parce qu’on ne peut pas faire autrement, ceux qui voudraient nous normaliser en nous stressant, en nous poussant au changement, en nous demandant de mieux faire, d’être plus rapides, plus efficaces, etc. peuvent constater assez vite que c’est peine perdue car la vie est faite d’une multitude de gestes souvent fins qu’il nous faut en permanence maîtriser. Certes, nous avons une telle habitude que nous pouvons arriver à oublier cet état de fait, à oublier la différence. Lorsque nous essayons nous-même de correspondre au profil normalisé c’est au prix d’un effort et d’une fatigue plus ou moins sournoise. En fonction des sujets et des moments, il peut nous arriver aussi de lâcher prise, plus précisément de lâcher l’emprise en imposant au monde nos travers. C’est dans la logique d’organisation de notre mieux-être car on ne peut justement pas gommer le trouble par un coup de baguette magique. Il nous faut au contraire accepter de fonctionner plus ou moins autrement, accepter de vivre avec les troubles et les dommages collatéraux pour mieux avancer car l’anti-stress est l’une des principales pierres d’angle de nos réussites alors que le stress et la fatigue sont nos principaux ennemis.

Quand nos troubles se font envahissants

Il arrive parfois, le plus souvent sans trop savoir pourquoi , que les troubles se font particulièrement envahissants et sur une durée impossible à déterminer. C’est à géométrie variable dirons-nous. Bien sûr, nous pouvons imaginer comme facteur déclenchant un ensemble de paramètres (comme la fatigue, le stress, des dérangements métaboliques dont on ignore la nature, etc.) qui, associés sur le même instant, font en quelque sorte bouillir la marmite. Et c’est là que tout part en vrille sans qu’il soit possible de stopper le phénomène.
Quand ça déborde, ça ne peut que déborder, n’est-ce pas.
Il faut s’armer de patience et attendre l’arrêt du débordement.
Heureusement pour moi, ce genre de tsunami ne s’est pas déclenché trop souvent jusqu’à présent dans ma vie. C’est par contre impressionnant car rien ne peut empêcher le processus un peu comme une crise d’épilepsie sans la perte de conscience.
À vrai dire qu’est-ce donc ? Une crise de tétanie, de spasmophilie ? Appelez ça comme vous voulez si c’est rassurant pour vous de mettre un mot sur un évènement qui échappe à la science concernant le tremblement essentiel.
C’est simplement à mon sens le vase de la tremblote qui déborde. Mais alors, pour être plus précis, plus scientifique, plus médical, nous pourrions alors parler par exemple d’une « crise de tétanie idiopathique dans le cadre d’un tremblement essentiel ». « Idiopathique », « essentiel » : il faudrait prendre toujours soin d’adjoindre ce genre d’adjectifs pour préciser que « ce que nous savons c’est que nous ne savons pas vraiment d’où ça vient ». Ce genre de vocables pourrait permettre de couper court à toute interprétation un peu trop rapide et glissant par défaut, comme toujours dans ce cas, vers un dérèglement psychologique, une mauvaise maîtrise de soi, cette fameuse manière de dire au porteur du trouble qu’il ne sait pas gérer la situation, qu’il est un « mauvais malade ». Une bien bonne façon d’enfoncer le clou n’est-ce pas ?…

Conclusion

Bien que le tremblement essentiel soit la pathologie neuromotrice la plus courante, il n’est que peu étudié, peu présenté, peu décelé surtout en ce qui concerne les cas les plus légers.
En réalité, il existe une confusion avec d’autres manifestations, principalement de cause émotionnelle, ce qui n’arrange pas l’affaire du porteur du trouble qui se voit responsable de ce qui lui arrive alors qu’il n’en est rien.
Dans cette situation d’erreur de diagnostic, la sensibilité émotionnelle risque d’être mise à mal ce qui éloigne d’autant plus la vision d’une cause neuro-motrice et … renforce l’idée que le sujet gère mal ses émotions.

De toute évidence, il est important de faire un diagnostic différentiel pour orienter l’aide.

Elle pourra être médicamenteuse au niveau des cas de tremblement essentiel invalidant.

Un diagnostic mettant en avant des causes neuro-motrices aura tendance à rassurer le sujet qui pourra se dire que tout ne vient pas d’une mauvaise gestion émotionnelle.

Il gagnera en sérénité pour s’armer contre ce mauvais démon neuro-moteur qui n’en fait qu’à sa tête. Il apprendra à s’adapter à tous les cas de figure, oscillant entre la recherche de maîtrise de la situation et le lâcher-prise dans les situations les plus scabreuses. Autant il est intéressant de se montrer et de montrer qu’on peut malgré tout y arriver, autant il est inutile de s’accrocher à l’impossible.

Personnellement je dois dire que ma formation de psychomotricien m’a beaucoup aidé à maîtriser la bête.

————–

(*) La médecine a toujours su se sortir des impasses par voltiges linguistiques en se servant de mots plus ou moins complexes comme « essentiel » qui finalement signifie que la cause reste inconnue. Il en est de même pour le terme « idiopathique » employé pour la maladie de Parkinson. Pour trouver un billet sur le sujet, cliquer sur la ligne suivante :
« cause idiopathique » => cause psychologique ? Pas automatique

(**) Aptes = association des personnes concernées par le tremblement essentiel. (www.aptes.org)

(***) Je privilégie la définition qui considère la paratonie comme étant « une impossibilité ou une grande difficulté à résoudre volontairement une tension musculaire. » Cette formule a l’avantage d’être précise et concise car chaque mot compte. Elle respecte le point de vue de son auteur, le Pr Dupré , dans sa description, en 1911, de ce qu’il a appelé la « débilité motrice » (qui soit dit en passant n’a rien à voir avec la débilité intellectuelle, même si celle-ci n’exclut pas l’autre.)

(Sources d’inspiration : différents documents par exemple les informations du Dr François Cassim sur aptes.org)

Lettre ouverte aux modérateurs (mais aussi utilisateurs) de réseaux sociaux

décembre 14, 2018 - 12:13 No Comments

Le non-dit étant la porte ouverte au mal-être, quiconque utilise toute forme de moyens d’interaction, de déversoir, d’échappatoire, etc… est une bonne chose et quelle que soit la manière d’agir dans la limite du respect des personnes. Libre à chacun d’y répondre… ou pas.

Les réseaux sociaux font partie de ce moyen intéressant d’interactions.

Tout modérateur de ce genre de réseaux doit le savoir sinon laisser à d’autres ce rôle important de modération amenant plus à parler qu’à se taire.

D’où cette question philosophique proposée par Marcel :

« La stupidité est-elle dans le fait de poser une question perçue comme stupide ou dans le fait de ne percevoir que la stupidité de la question ? »
(Vous avez 4 heures) ;)

Rupture de stock de Sinemet

décembre 5, 2018 - 12:08 No Comments

À l’attention des professionnels de santé en manque d’informations et … des patients ne pouvant plus avoir du Sinemet (antiparkinsonien)

Étant donné que je viens de constater qu’une neurologue demandait à ses collègues sur les réseaux sociaux quelle dose de Modopar donner en remplacement du Sinemet (c’est flippant n’est-ce pas ?), je me dis que le mieux est que les patients soient aussi informés ;)

=> cliquer sur le lien ci-dessous

Rupture de stock de Sinemet : recommandations de l’ANSM

Mouvement du cormoran vs bavage parkinsonien

décembre 2, 2018 - 8:08 No Comments

Comment définir l’hypersialorrhée parkinsonienne ?

Même si nous parlons d’hypersialorrhée dans la maladie de Parkinson, il faut savoir qu’en dehors de l’effet éventuel de certains médicaments, ce n’est pas dû à une trop grande production de salive mais par une diminution de la capacité à déglutir.
La fréquence et surtout l’efficacité de déglutition peuvent être largement altérées dans la maladie de Parkinson du fait d’un enrayement dans le circuit extrapyramidal (mouvements automatisés).

Que faire ?

Pour compenser le manque d’efficacité extrapyramidal, il faut se servir du circuit pyramidal (mouvement volontaire) qui, lui, passe par le cortex et peut garder une meilleure efficacité en cas de MPI. Oui, on dit bien que « le parkinsonien doit penser son geste ». C’est dur à vivre mais c’est ainsi.

L’aide de l’orthophoniste

En séances d’orthophonie, plein de mouvements sont possibles. Il faut juste que l’orthophoniste garde la cible de compensation d’un mouvement automatisé inefficace.

Ne pas oublier aussi de tonifier le lingual supérieur car, si le patient a toujours eu une déglutition atypique, c’est d’autant plus difficile d’améliorer la déglutition.

Le « mouvement du cormoran »

Comme je ne vis pas loin de mer, j’ai observé comment les cormorans déglutissaient de gros poissons.

Je demande donc à mes patients souffrant de trouble de la déglutition d’appliquer un mouvement volontaire que j’ai appelé : le « mouvement du cormoran ». Il vaut ce qu’il vaut mais au-moins le trop plein de salive dans la bouche peut être évacué.

Pour en savoir plus, allez voir ces deux rapports très bien rédigés par l’auteur Jean-Pierre Lagadec que j’ai félicité au passage car je n’aurais pas mieux fait :

Le mouvement du cormoran (gp29)

Les dysphagies parkinsoniennes (gp29)

Que dire des techniques radicales utilisées par certains médecins ?

Pour diminuer l’hypersialorrhée, certains médecins ont recours à des techniques radicales : toxine botulique, atropine, allopathie en tous genres, cryothérapie, etc. (*) C’est logique me direz-vous car ils ont été surtout formés dans ce sens (les mauvaises langues diraient formatés dans ce sens). Mais, si je m’adresse aux orthophonistes (et autres professionnels chargés d’améliorer la dynamique de la sphère haute), je dois dire qu’ils ne faut pas qu’ils se laissent berner par certains miroirs aux l’alouettes provoquant souvent des effets secondaires tels que sècheresse de la bouche plus problématique. Si la nature a prévu de nous mettre de la salive dans la bouche, ce n’est pas pour rien, screugneugneu !

(*) Ces techniques médicales radicales me font penser à ce que j’ai pu vivre à Montréal il y a quelques années. J’avais subi quelques jours auparavant des températures négatives extrêmes (jusqu’à – 46 ºC de température éolienne à Québec en janvier, une exception semble-t-il). Je suis allé dans une pharmacie comme on en fait qu’en Amérique du Nord. L’asiatique qui tenait la boutique m’a donné un médicament qui, dès la première prise (et du coup la dernière) m’avait stoppé l’écoulement nasal pourtant si bénéfique pour nettoyer le nez. Je ne vous souhaite pas d’avoir le nez complètement sec sous température négative extrême. C’est du béton !

Comment agir avec un enfant tyran ?

novembre 26, 2018 - 2:59 No Comments

1 – Préambule

Dans le but de constituer un dossier sur le sujet, le journal Ouest-France me propose de répondre à la question suivante :
« comment agissez-vous avec un enfant tyran ? »

…. Un sujet intéressant et bien dans l’air du temps car il semblerait que ce genre d’enfants soient plus nombreux que par le passé.

Si je m’appuie sur mon expérience professionnelle, je ne peux que le confirmer. Je rencontre depuis une bonne quinzaine d’années davantage d’enfants tyrans (et aussi d’enfants rois).

2 – Comment expliquer l’augmentation du nombre d’enfants tyrans ?

Chacun peut développer sa théorie pour tenter d’expliquer le phénomène. Ce n’est pas si simple mais il faut au-moins observer les éléments suivants :

A – La modification des interactions sociales

Certains professionnels s’appuient exclusivement sur le changement social. Il est vrai que l’enfant actuel est bombardé de sollicitations diverses bien plus que par le passé à partir de supports nombreux, variés et surtout chacun peut se servir à sa guise ce qui est nouveau (d’où les expressions nouvelles de « zapping », de « chat », de « e-commerce », etc.).

La « génération bouton »

C’est ainsi que j’ai toujours appelé la génération Y (celle qui est née entre 1980 et 2000) car elle a grandi avec un environnement de boutons sur des supports variés permettant d’accéder à tout et n’importe quoi. C’est la génération de mes propres enfants. Ce sont eux qui m’ont appris à bidouiller avec les boutons du clavier d’un ordinateur et autres appareils plus ou moins complexes sans trop chercher à réfléchir et surtout sans lire une notice pour sortir d’une impasse.

La « génération slide »

J’appelle ainsi la génération Z actuelle car non seulement elle accède à sa guise mais en plus elle zappe, elle peut passer facilement à autre chose d’un coup de doigt sur un écran, d’un claquement de doigt en somme.

L’accès facile à de nouvelles données est telle qu’en cas de problème (beaucoup moins fréquent qu’au début de l’avènement des nouvelles technologies), c’est le drame et l’incompréhension car cette génération Z est moins conditionnée aux erreurs et frustrations.

L’occupation devient hyperactive, interactive et variée sur de nombreux supports ce qui n’empêche pas, par ambivalence, la fixation monothématique jusqu’à plus d’heure sur un écran pour naviguer, jouer ou dialoguer…

Cependant cette nouvelle génération ne crée pas pour autant exclusivement une population réagissant mal aux frustrations. La jeunesse actuelle n’est pas pour autant exclusivement constituées d’enfants ayant développé des mauvais penchants pour devenir tyrans, rois ou je ne sais quoi encore. Il faut chercher aussi d’autres raisons à la multiplication de ces travers comportementaux :

B – La modification du modèle parental

Il ne faut pas oublier qu’une personne construit sa personnalité à travers le regard des autres, l’enfant à travers notamment le regard des personnes chargées affectivement, donc au premier chef de ses parents.

Au long de ma vie professionnelle, j’ai pu observer un réel changement dans l’organigramme familial.

Pour se construire harmonieusement, l’enfant doit logiquement trouver en face de lui une charge affective à la fois maternante et paternante. C’est dans ce cadre qu’il pourra s’adapter au monde qui l’entoure. De plus, il ne faut pas oublier que, quand le cadre est bien tracé, l’enfant se sent en sécurité à l’intérieur et développe moins d’angoisse car il peut beaucoup plus facilement repérer son champ de liberté et les limites. Pour cela, il faut donc lui laisser une liberté à l’intérieur du cadre de vie, lui créer en quelle sorte une forme de « forteresse dorée » (pour ne pas dire « prison dorée ») sécurisante et adaptée au monde qui l’entoure.

Le partage des rôles parentaux s’équilibre le plus souvent de la manière suivante : la mère est surtout maternante mais aussi paternante et le père surtout paternant mais aussi maternant. Bien évidemment, en cas de rôles inversés ou en présence de parents du même sexe ou encore dans une famille monoparentale, l’équilibre est tout aussi possible mais à la seule condition qu’il y ait à la fois un regard maternant et paternant sur l’enfant.

Or, ces derniers temps, dans notre société occidentale, l’image du père s’est modifiée, une évolution qui fait sans doute écho à l’émancipation de la femme et de la mère. C’est logique. Mais ce glissement conduit certains pères à l’abandon de leur rôle paternant. Le pire est quand ils ne savent pas comment agir ou s’installent dans l’ombre de la mère qui arrivent alors à dire une phrase du style : « pourtant, je l’ai dit à mon mari qu’il doit agir de cette façon ! » .
Je peux comprendre qu’une mère puisse s’exprimer ainsi dans mon bureau pour analyser ensemble la situation, mais lorsque c’est dit devant l’enfant, on est garanti que l’autorité paternelle se trouve particulièrement fragilisée. De plus, quand on connaît un peu la psychologie de l’homme et le point de vue psychanalytique, on se dit qu’il y a un sacré malaise.

Je n’entendais jamais ce genre de choses il y a trente ou quarante ans. On ne se permettait pas de mettre en cause l’autorité du père. Je ne dis pas que c’était mieux avant mais au-moins l’enfant ne risquait pas de sortir du cadre de son statut d’enfant.

L’un de mes professeurs de psychiatrie, le Dr Bruno Castets, disait que si l’enfant voit un désaccord du couple dans la conduite à tenir pour son éducation, il s’engouffre dans la faille (ce mot étant le titre de l’un de ses livres) ce qui le met dans une position de force. Et c’est ainsi qu’il peut devenir un parfait tyran (l’homophone « tirant » pourrait ici aussi convenir car l’enfant tire les ficelles comme bon lui semble et déstabilise d’autant plus les parents puisqu’ils n’accordent pas bien leurs violons).

Il y a trente ou quarante ans j’entendais plutôt certaines mères dire à leur enfant : « arrête, sinon je vais le dire à ton père ! »
Ce n’était pas mieux car elle détruisaient leurs propres capacités paternantes mais au-moins un cadre d’autorité était observé.

Que faire ?

Tous les enfants ne réagissent pas de la même manière face au même type de communication. Il faut donc s’adapter, trouver la bonne façon d’agir pour les amener à avoir un comportement adapté.

Les grandes lignes d’attitude face à l’enfant qui se comporte comme un tyran doivent être connues. Pour le reste, il ne faut pas chercher une recette mais s’adapter à chaque cas particulier.

L’enfant quel qu’il soit a construit au fil du temps une mémoire de communication chargée de souvenirs positifs et négatifs. Il agit et réagit en fonction de cette mémoire et de l’interlocuteur. C’est ce qui fait la complexité et l’intérêt de toute forme de communication. C’est ce qui me passionne aussi professionnellement parce que ce n’est pas simple.

Dans une interaction, il y a au-moins deux acteurs et chacun ne sait pas à l’avance comment l’autre va se comporter. C’est aussi pourquoi nous communiquons et y trouvons un intérêt. Nous allons chercher chez l’autre ses réactions. Et comme le disait Paul Watzlawick : « on ne peut pas ne pas communiquer« . Même le silence est une façon de répondre. Il faut s’adapter à chaque personne et à chaque instant. Or, en dehors des professionnels dans ce domaine, ce n’est pas appris à l’école. Alors chacun agit et réagit en fonction de sa personnalité, de ses impressions, de son histoire, de son statut, de son environnement, de ses lectures (pas toujours d’un niveau suffisant ou réductrices), etc.

L’enfant n’est pas un ange

Tout d’abord, il faut savoir qu’un enfant n’est pas un ange et qu’il ne doit pas l’être si nous voulons qu’il soit adapté au monde. Freud voyait l’enfant comme un « pervers polymorphe » , non pas comme un sujet malsain mais comme quelqu’un qui cherche à se satisfaire pour pouvoir exister. Sa personnalité doit en fait s’affirmer au fil du temps mais dans le respect mutuel.

Un enfant qui se présente comme un tyran doit saisir en premier lieu qu’on cherche à le respecter mais qu’il doit agir de même. On peut espérer qu’il pourra avancer dans ce sens par effet miroir.
Et vous pensez bien que, dans mon approche thérapeutique, si je suis devant un couple de parents qui n’est pas en harmonie au niveau des conduites à tenir par rapport à l’éducation, je cherche à les rencontrer tous les deux pour mettre en place une cohérence. Je leur dis alors que leur enfant doit être devant trois personnes : deux personnes physiques (le père et la mère avec leur personnalité propre qui doit être respecté) et une personne morale (le couple qui doit être cohérent). Un enfant peut être plus facilement tyran devant une personne physique que devant une personne morale cohérente qui insuffle la notion de respect mutuel.

La place du père

Il me faut souvent faire des ronds de jambes pour amener le père à prendre conscience de son rôle très important face à son enfant tyran. Il peut être d’abord sur la défensive, ce qui est logique car il a peur de perdre encore plus son image de père garant de stabilité. Il me faut d’abord le rassurer pour montrer que le but n’est pas de pointer du doigt des erreurs du passé mais de construire le présent et l’avenir, de donner de l’importance au père. Quand on connaît un peu la psychologie de l’homme, lui donner de l’importance le glorifie. En tant que soignant, nous pouvons partir de ce précepte pour l’amener développer les meilleurs attitudes face à l’enfant.

Ne pas oublier que l’enfant a un besoin vital de reconnaissance. Il ne peut vivre sans rapports affectifs, bons ou mauvais, peu importe. Il met tout dans le même panier. Or, un enfant tyran prend toute la place dans la famille. Ses mauvais comportements sont systématiquement pointés du doigt. C’est ainsi qu’il est reconnu et là, il l’est parfaitement. Il ne peut et ne veut surtout pas s’en défaire de peur de ne plus être reconnu. Conscient de cet état de fait, les parents peuvent apprendre à inverser la donne en se désintéressant des mauvais travers de l’enfant et en s’intéressant aux bons.

Il ne s’agit pas de rejeter l’enfant mais de rejeter certains de ses comportements, une nuance essentielle.

Conclusion

Ce n’est pas l’enfant tyran lui-même que nous devons rejeter : ce serait lui donner encore plus d’importance et il risquerait de renforcer encore plus son image de tyran pour pouvoir exister.

Ce n’est que le comportement de tyran que nous devons rejeter, non pas en le combattant mais en nous y désintéressant à partir du moment ou l’on sait que l’enfant est bien informé sur le fait que, si nous rejetons ce genre d’attitude, nous ne le rejetons pas lui-même pour autant.

Pour finir, ne jamais dire qu’un enfant est tyran parce que les parents l’éduquent mal car ce n’est pas toujours vrai. Il y a juste des enfants plus difficiles que d’autres. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des clones, c’est tant mieux et c’est ce qui fait le charme de la communication.

Propos sur la dopamine, l’apomorphine et la morphine

novembre 17, 2018 - 6:15 No Comments

Certains patients souffrant de la maladie de Parkinson portent une pompe à apomorphine, cette molécule étant administrée par voie digestive.

En tant que chercheur et praticien notamment spécialiste en neuro-stimulation, le Professeur Marc Vérin (*) constate qu’actuellement c’est la pompe à apomorphine qui semble la plus efficace quand on a épuisé tous les autres moyens de traitement de la maladie de Parkinson. Il l’explique par le fait que cette molécule a une formule chimique (C17H17NO2·HCl·1/2H2O) proche de la dopamine (C8H11NO2) [et donc de la lévodopa (C9H11NO4) qui en est son précurseur et qui entre dans la composition de médicaments administrés par voie orale (Modopar, Sinemet, Stalevo)].

Finalement l’apomorphine est aussi assez proche de la morphine (C17H19NO3) (**), du moins peut-on imaginer une possible interaction entre les éléments si les deux molécules sont administrées.

Je l’ai expliqué assez récemment à une collègue orthophoniste qui s’étonnait des effets néfastes de la morphine donnée à l’un de ses patients portant une pompe à apomorphine. Je lui ai dit qu’il y avait certainement là un effet détonnant et qu’il fallait sans doute que les médecins se coordonnent par rapport aux prescriptions des uns et des autres sauf si la morphine n’était pas administrée sur le long terme. (N’étant pas un spécialiste dans ce domaine pointu, ce propos est à affiner avec des férus de la pharmacopée).

(*) Le Professeur Marc Vérin est chef du service de neurologie au CHU Pontchaillou de Rennes, spécialiste de la maladie de Parkinson, pratiquant notamment la neuro-stimulation. Il a créé et dirige une unité de recherche unique en France : «Comportement et Noyaux gris Centraux».

(**) En réalité, tout est une question de nuance et de réactions variables selon les porteurs de cette pathologie comme la plupart des produits prescrits et c’est bien le pourquoi chaque patient a son protocole de soin spécifique. Le médecin prescripteur doit apprendre à connaître les effets sur chaque patient pour affiner le traitement. Une tâche souvent ardue évidemment puisque, de plus, la maladie de chacun évolue et de façon particulièrement variable.

Quand le soignant devient médicament

septembre 28, 2018 - 10:18 1 Comment

Comme je viens d’avoir eu vent de la prescription suivante (mais on peut voir fleurir des idées du même style) :

« faire pratiquer en urgence une rééducation orthophonique méthode LSVT 2 séances par semaine »
,

je me demande, du coup, si les génériques sont possibles dans ce cas.

De plus, je pense que le médecin aurait dû au-moins prescrire :

« 2 LSVT/sem à jeun le matin pdt 1 mois »

Ok je sors…

P. S. : En plus, tout le monde sait que cette méthode n’a d’efficacité reconnue que si la dose est de 4/sem…

Purée ! Que faire ? :

C’est simple : refuser la prescription car non conforme à la convention (ça m’arrive et je n’ai jamais eu de médecins refusant de se plier à cette règle).

La prescription doit être la suivante : « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire ».

Oui, il faut relever la tête et montrer que nous ne sommes pas de simples exécutants mais bien des professionnels au pouvoir diagnostic dans notre domaine et libre dans notre programme pour mener à bien le soin.
Mais il faudrait bien sûr que chaque professionnel tienne le même son de cloche pour que ce genre de dérapage n’existe pas, car il s’agit bien d’un dérapage… de pouvoir.

Certains serait peut-être tenté de dire que je réagis de la sorte parce que je suis un homme dans un monde de femme. Je ne le pense pas car j’en connais certaines qui sont plus virulentes que moi. Mais je constate que ce sont surtout celles qui, comme moi, ont déjà pas mal roulé leur bosse et qui ne se laissent pas démonter.

Encourageons les débutants pour qu’ils aillent dans le même sens dans l’intérêt d’une bonne conduite de soin.

Sans ajout d’additif !

août 21, 2018 - 9:36 No Comments

Ils auraient même dû écrire « sans ajout d’additif ajouté en plus » .
Partiraient-ils du principe que tout le monde ne sait pas ce que veut dire « additif » en oubliant que plus il y a de mots moins l’info est claire.

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J’aime beaucoup aussi les « bla-bla-bla …. conformément à la législation. » C’est sans doute pour se distinguer de ceux qui sont hors la loi ou alors prendrait-on les consommateurs pour des quiches ? Pas faux, pour certains….

Le robot m’a tuer (*) !

juillet 28, 2018 - 10:37 No Comments

Une analyse à partager avec vous chers collègues à qui on fait croire de plus en plus qu’une bonne analyse de situation doit comporter des courbes, des écarts-types et autres échelles de valeur. À partager aussi, par la même occasion, avec les scientifiques de tous poils, les informaticiens et autres branchés sur la pensée binaire.

Ah, ces algorithmes !

Je sens que les algorithmes, sous prétexte de nous faciliter la vie, vont aussi de plus en plus nous semer le trouble car ils peuvent conduire notre pensée sur des chemins que notre conscience n’avait imaginé.

Prenons cet exemple :

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Extrait des Pages Jaunes : j’ai été salarié de cette fondation pendant une dizaine d’années. Vous n’y trouverez rien sur les fondations de constructions, sur la consolidation des sols… pas même sur le traitement sanitaire des terrains ! Elle ne ne se donne pour fonction que le traitement de la santé mentale !

Ah, ces robots !

Il y encore peu d’années les erreurs informatiques correspondaient en réalité à des erreurs humaines mais l’intelligence artificielle se développant, on peut constater que cette « intelligence » prend de plus en plus de liberté jusqu’à programmer elle-même ce que l’homme n’a pas décidé devant sa machine. Si vous pensez que j’exagère, renseignez-vous par exemple sur le « deep learning » …

Récemment une erreur informatique a rayé des tablettes un médecin empêchant le remboursement des soins de tous ses patients et il semble que ce soit la croix et la bannière pour rectifier le tir. Ubuesque, je vous le dis et ce n’est que pour citer un exemple !

Alors bonjour quand les robots prendront le pouvoir puisqu’on en parle de plus en plus. Lorsqu’ils nous enverront une sonde sur Mercure au lieu de l’envoyer sur Mars sous prétexte que les deux mots commencent par la même lettre, on aura de quoi s’inquiéter.

Ah ! Quand l’homme se comporte comme un robot !

Le pire sera quand notre pensée deviendra elle-même algorithmique, robotisée. Je me demande si nous n’en prenons pas le chemin, du moins les analyses de situations sont-elles de plus en plus scientifiques, mathématiques, chiffrées, calibrées jusqu’à la limite du raisonnable, voire jusqu’à en perdre la raison.
Nous passons sous silence de plus en plus l’analyse discursive du sujet (ce sujet pouvant être une personne) pour ne donner que des valeurs mathématiques de l’objet (cet objet pouvant être une personne).
Vous voyez le malaise !

Les raisons de le déraison

Je pense que la raison vient du fait que ce sont les doués en maths qui ont pris le pouvoir depuis seulement la deuxième partie du XXe siècle, plus exactement lors du basculement de la valeur du bac littéraire (le fameux « bac philo ») vers celui du bac scientifique (ancien « maths élem »). C’est en effet à partir de 1968 qu’ont été créées les sections A (philo et lettres), B (économie et social), C (maths et physique) et D (maths et sciences de la nature) et E (maths et technique), insufflant par la même occasion une valeur supérieure aux bacs scientifiques.
Les édiles ont du même coup changé de camp.
Les sections ont changé de nom depuis mais les considérations restent les mêmes : on considère toujours que la crème est au niveau scientifique.

Certains grands penseurs vont même jusqu’à dire que tout est mathématique.
Si c’est vrai, j’aurais tendance à dire que tout dépend de la définition que l’on donne de ce mot car l’inverse est tout aussi vrai. En effet, pour pouvoir proposer un développement mathématique, on s’appuie en principe sur une hypothèse ce qui limite le champ du possible ! On développe donc quelque chose à partir d’une erreur possible.

Gaston Bachelard [philosophe français(1884-1962)] ne disait-il pas : « il n’y a pas de vérités premières : il n’y a que des erreurs premières » .
J’aime beaucoup cette humble pensée.

Les conséquences de la pensée robotisée

On arrive à la situation suivante : on sait de moins en moins discuter, peser le pour et le contre pour arriver à mieux cerner le sujet. On se rassure à coup de chiffres, d’échelles de valeur, de courbes et d’écart-types. Le sujet est devenu un objet d’étude, ce qui est plutôt gênant quand il s’agit d’une personne car on peut en arriver à oublier des paramètres de sa vie qui ne peuvent être saisis qu’à partir d’une analyse discursive.
Pourtant tout le monde sait que rien n’est noir ou blanc.


(*) : non, non, les ronchons, il n’y a pas ici de faute d’orthographe ! C’est devenu une figure de style que seuls connaissent ceux qui s’intéressent aux sujets de la vie, si triste soit-elle parfois, n’est-ce pas Omar…