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Maladie de Parkinson : le scandale du non-suivi orthophonique

mai 6, 2017 - 2:07 No Comments

Quel est le risque majeur dans la maladie de Parkinson ?

Dans le cas d’un syndrome parkinsonien (MPI et pathologies apparentées), la prise en charge orthophonique de toute forme de difficultés touchant la sphère haute (troubles de la voix, de l’articulation, de la mastication, de la déglutition, de la respiration, etc.) a toute son importance pour limiter le risque notamment de pneumopathie d’inhalation, l’une des principales causes de décès à terme en cas de non-stimulation (cette stimulation devant inclure dans son programme tension ET détente neuro-musculaire).
Je l’ai martelé pendant si longtemps en fac et dans les conférences que j’aimerais qu’on ne se limite plus à 5 à 6 % de consultations orthophoniques !!!
Tout ceci ne veut pas dire que tous les parkinsoniens doivent voir l’orthophoniste mais dès que la sphère haute s’enraye : oui et sans attendre. Et, croyez-moi, il n’y a pas qu’une méthode pour améliorer les choses (même si certaines voudraient prétendre le contraire) : les orthophonistes ont bien des techniques variées et ciblées dans leurs sacs pour améliorer les choses.
Il faut qu’on se le dise et que l’information circule car l’espérance de vie parkinsonienne est plus entre les mains de l’orthophoniste que bien d’autres approches.

Pourquoi avancer le mot « scandale » ?

Comme l’autruche, l’être humain a tendance à ne voir que le visible. Et la médecine, au sens large du terme, peut tomber dans le même travers pour n’agir qu’en fonction de ce qui est observable.

Par exemple un médecin peut avoir :

- le bon réflexe d’orienter un parkinsonien, qui marche avec difficulté, vers un kiné.
-> C’est normal : le plus grand risque étant la chute (conduisant à la douleur mais rarement au décès),

- ignorer l’importance d’un suivi orthophonique sous prétexte que le patient qui toussait souvent « ne tousse plus et donc va mieux » (oui, oui, cette réflexion existe, je l’ai rencontrée), alors que, sauf miracle, la réalité est inverse, le patient ayant perdu la capacité d’expectorer.
-> Ce n’est pas normal : le plus grand risque étant les encombrements (conduisant aux infections et trop souvent au décès).

Bien sûr, du côté du médecin, le scandale n’existe qu’à partir du moment où il rechigne à prescrire de l’orthophonie en pleine conscience de ces risques.

Du côté orthophonique, le scandale existe à partir du manque d’information et de formation sur le sujet. Le pire est que souvent quelques indications suffisent déjà à apporter des améliorations.

Alors nous, formateurs, professionnels de la chose, engageons notre responsabilité. C’est le pourquoi de ce billet.

Un résumé de situation sur le sujet est consultable ici :

La dysphagie parkinsonienne (écrit de Jean-Pierre Lagadec-gp29.net)

Maladie de Parkinson et hyperémotivité

février 26, 2017 - 11:07 No Comments

Éloge de l’émotivité

Avoir une émotivité est une bonne chose car ne pas en avoir est source d’inadaptation.
Une personne que rien n’émeut ne sent pas les choses, ne peut pas faire preuve d’empathie, ne peut pas se mettre à la place de l’autre, souffre d’une incapacité de décentration. Il ignore les états d’âme de l’autre et peut même en arriver à s’ignorer lui-même. Le trouble glisse vers un dérangement psychiatrique dans l’univers psychotique.

Tout est bien sûr une question de dose car trop d’émotivité vient perturber l’équilibre de la personne. Elle souffre alors d’une grande sensibilité aux stress, réagit émotionnellement à la moindre perturbation. Cette hyperémotivité s’exprime par des manifestations variées dont elle n’a plus le contrôle.

Hyperémotivité et maladie de Parkinson

Le traitement anti-parkinsonien permet un apport dopaminergique qui vient booster différentes aires du cerveau dont la zone limbique d’où une éventuelle hypersensibilité émotionnelle liée à cet apport médicamenteux et non à une fragilité psychologique de la personne ! La situation est telle que les malades qui souffrent de ce genre de troubles tardent à en parler et en priorité les hommes qui supportent encore moins de devenir sensibles.

En clair, l’hyperémotivité constatée chez la personne qui souffre d’une pathologie parkinsonienne est en principe liée à la médication. Qu’on se le dise et qu’on le dise car nous pouvons ainsi largement rassurer le sujet et son entourage. En effet, en l’absence de connaissance de cet état de fait, le réflexe est en principe de faire le lien entre hyperémotivité et dépression. Et, comme je le dis souvent, c’est particulièrement déprimant de s’imaginer pleinement responsable de sa propre dépression. Alors que quand on apprend qu’un médicament peut en être responsable, c’est plutôt rassurant, anti-déprime même.

L’analyse doit être la même par rapport à d’éventuels comportements déviants d’addictions au jeu et/ou au sexe liés cette fois à l’hyperstimulation dopaminergique de la zone frontale.

Un ajustement médicamenteux par le neurologue améliore en principe ces soucis d’humeur (au sens psychiatrique du terme) car tous les parkinsoniens ne réagissent pas de la même manière par rapport notamment à certains agonistes dopaminergiques (Requip, etc.).

Quand la LSVT® fait son marché

février 20, 2017 - 2:21 No Comments

La maladie de Parkinson se caractérise par une rétraction neuro-musculaire plus ou moins importante, une hypertonie notamment axiale, donc de la sphère haute pouvant entraîner une discordance pneumo-phonique par perte de l’amplitude de différence entre la tension et la détente, la base même de l’harmonie gestuelle. Seulement, on a tendance à oublier la prise de conscience du relâchement en ne s’axant que sur le renforcement alors que l’hypertonie est déjà trop forte.

Tout le monde parle de la LSVT® parce que cette méthode américaine fait une pub d’enfer.
Or il semble qu’elle oublie un élément essentiel pour améliorer le mouvement : la prise de conscience du relâchement neuro-musculaire, la diminution des réactions paratoniques, la relaxation psychomotrice (*). Encore faut-il avoir une formation sur ce plan mais c’est ce qui semble manquer aux formateurs de cette méthode qui au passage ne réservent leur programme qu’à ceux qui auront suivi leur formation moyennant finance (**).

J’ai longtemps enseigné la maladie de Parkinson au centre de formation en orthophonie à Nantes et je dois dire que la façon de la LSVT® de transmettre un savoir qu’aux seuls initiés (attitude louable sur le plan commercial, me direz-vous) en verrouillant de manière si habile toute diffusion me pose un sacré problème eu regard de notre éthique européenne, de notre façon de concevoir la transmission du savoir pour la santé de tous. Observez l’organisation marketing de la méthode et vous verrez que tout est parfaitement rôdé sur ce plan mais à mon sens business et santé ne font pas bon ménage.

Je veux bien entendre que la méthode LSVT® ne met pas le profit au premier plan mais encore faudrait-il que les tenants de cette technique m’en apporte la preuve… en me montrant au détail leur programme de formation par exemple.

Je veux bien qu’il faille une formation pour s’initier à une technique, il n’en demeure pas moins que ceux qui se retrouvent sur la liste de formation après seulement 12 heures d’initiation et qui recrachent au bassinet au bout de deux ans maximum pour rester sur la liste des techniciens LSVT® ne se transforment pas pour autant en seuls spécialistes de la maladie de Parkinson.

En clair, arrêtons de tout faire tourner autour de la LSVT®. Il y a bien d’autres approches tout aussi intéressantes, même si elles font moins de tapage pour se mettre en haut du panier.

De grâce, chers collègues, méfiez-vous du miroir aux alouettes, ne tombez pas dans le travers de l’hyper-technicité. Je ne voudrais pas que vous souffriez de « monométhodose infectieuse » (***) en vous cachant derrière un protocole de soins qui transforme le patient non pas en sujet mais en objet de traitement, même si c’est sécurisant puisqu’en cas d’échec on peut toujours se rassurer en disant que c’est le patient qui ne s’est pas adapté à une technique qui a fait ses preuves d’efficacité, courbes à l’appui. La bonne aubaine quand on sait qu’il y a autant de parkinsoniens que de maladies de Parkinson !
Mais alors pourquoi les courbes de résultats montrent une efficacité de la méthode LSVT® ? Tout vient de la rééducation intensive. Créez n’importe quelle méthode sur le plan neuro-moteur basée sur le conditionnement intensif et vous obtiendrez rapidement des résultats tangibles. Ce n’est pas un scoop.
Il est vrai que le reconditionnement de la mobilité de la sphère haute a toute son importance (parfois vitale) dans le cas de maladie de Parkinson et j’ai confiance dans n’importe quel orthophoniste ou autre professionnel intéressé par cet engagement thérapeutique, formé à la méthode LSVT® ou autres approches, peu importe pourvu qu’on s’intéresse au sujet (et non à l’objet) présent dans le cabinet.

En tant que professionnel de santé et après plusieurs années d’enseignement de la maladie de Parkinson, je me dois de réagir.
Mais que tout soit bien clair : je n’ai rien contre le fait de dynamiser le potentiel moteur, bien au contraire. C’est même vital dans certaines situations comme pour limiter, par exemple, les risques de pneumopathie d’inhalation. Mais il faut un contrôle averti et je me dois de dire que la LSVT® commence vraiment à me gonfler (principalement dans sa démarche commerciale).

Le plus dramatique est de savoir qu’un syndrome plus ou moins frontal pousse certains parkinsoniens à imaginer qu’une seule méthode peut suffire à les amener à une amélioration. Il y a une certaine logique face à la situation de dégradation du potentiel, mais il serait bon et sain de ne pas en profiter commercialement en laissant croire que la seule issue est d’utiliser LA méthode qui a le vent en poupe. Il en est de même du côté des professionnels de santé qui, même dans le cas de recherche d’augmentation du nombre de patients, ont tout intérêt à ne pas se contraindre à une seule méthode de travail. Il en va de leur crédibilité professionnelle et de leur adaptation à la singularité de chaque patient. CQFD.

(*) une prise en charge psychomotrice peut répondre à ce besoin mais qui en a l’idée ?…

(**) Voici ce qu’étaient les tarifs de formation LSVT® LOUD (destinée aux orthophonistes) les 13 et 14 octobre 2016 à Paris (pour seulement 12 H 30 en deux jours) :

-> 595 € pour les petits nouveaux (pas 599 c’est réservé au domaine commercial, voyons ! Mais pas 600 non plus, c’est trop cher.)

-> 310 € pour la personne déjà certifiée pour pouvoir rester sur la liste de certification qui n’est valable que pour deux ans !
[Les tenants de cette méthode :
- soit pensent que les stagiaires ont des pertes importantes de mémoire (une perte de plus de 50% en deux ans, c'est mathématique),
- soit proposent plus de 50 % de nouveautés tous les deux ans (c'est mathématique),
- soit veulent que les certifiés crachent à nouveau au bassinet pour conserver l'estampille LSVT® mais ce serait être mauvaise langue que de l'imaginer.]

-> 410 € pour les étudiants (un rabais s’impose mais papa-maman peuvent peut-être payer).

Il faut dire que maintenant il existe aussi la LSVT® BIG pour les kinés (et ergos) dans les mêmes conditions d’organisation. La démonstration que j’ai vue hier s’apparente au taï-chi-chuan sans en porter le nom ; une présentation si mécanique occultant sa source essentielle de respiration et de détente mais c’est vrai que c’était une présentation très rapide…
Je me demande si on ne va pas nous pondre la même chose à destination des orthoptistes, des neuro-psychologues, des psychomotriciens, etc. (si ce n’est déjà fait) toujours avec l’idée d’une rééducation intensive avec évidemment l’estampille LSVT®. D’autres méthodes ont déjà brûlé ainsi leurs ailes par le passé. Permettez-moi de taire leur nom…

(***) C.f. : le billet suivant :
la monométhodose infectieuse

« Cause idiopathique « => cause psychologique ? C’est pas automatique.

octobre 27, 2016 - 9:41 No Comments


« Il n’y a pas de vérités premières :
il n’y a que des erreurs premières »
Gaston Bachelard (1884-1962)

Qu’est-ce qu’une « cause idiopathique » ?

La médecine, notamment occidentale, essaie toujours de garder la tête haute en évitant de se montrer impuissante face à certaines pathologies. Elle peut utiliser des termes très scientifiques et surtout très hermétiques pour expliquer la cause comme « idiopathique », plus court mais aussi plus pompeux que « dont on ne connaît pas la cause »… D’où la pirouette de l’expression « cause idiopathique » utilisée dans le titre : on vous donne au-moins une réponse logique sur une question fondamentale. En quelque sorte, le médecin vous dit : « je connais la cause, c’est une cause inconnue ! » ;)

Et la cause psychologique ?

Une autre arme infaillible est de rendre responsable le malade de son propre trouble en lui annonçant que la cause est psychologique, histoire de se défausser en tant que professionnel du soin et de retourner le patient contre lui-même, ce qui risque de ne pas arranger les choses mais qui offre l’avantage d’être « scientifiquement vraisemblable ».
En effet, on peut scientifiquement dire, par exemple, que tout le monde est plus ou moins stressé, que sur une échelle de 0 à 10, le curseur mis sur 0 est impossible (hors décès). De plus, il est vrai que le mauvais stress n’arrange jamais la santé, tout le monde le sait : un boulevard de vérité dans la recherche d’une réponse scientifique, fiable.

Ceci étant, le médecin qui annonce qu’un problème par exemple de peau est lié au stress, s’assure de dire une lapalissade du moins tant qu’il n’ajoute pas le mot « psychologique ».
Tout le monde sait que la peau (organe le plus important du corps humain) est très sensible au stress : le coup de soleil est, par exemple, lié au stress,… celui des rayons du soleil.

Heureusement, le bon sens pousse le plus souvent le médecin à éviter de dire de façon directe que le problème est psychologique, ce qui ne l’empêche pas de prescrire éventuellement une médication qui va dans ce sens. Il sait trop bien qu’il n’a pas intérêt à condamner psychologiquement son patient s’il veut le revoir.

Ceci étant, bien des pathologies ont certainement une cause première psychologique (j’avais lu un jour 5/6 des consultations médicales mais je me suis toujours demandé sur quelle base scientifique on avait pu s’appuyer pour déterminer cette proportion, alors contentons-nous de supposer : beaucoup !).

Il est cependant malvenu de dire qu’une pathologie idiopathique est liée au stress psychologique. Mais pourquoi ?

Il y a au-moins deux bonnes raisons :

1 – Tout bêtement d’abord parce qu’elle est idiopathique. Il n’y a donc rien de scientifique dans ce genre d’affirmation. On ne peut pas certifier le supposé, c’est une lapalissade, je vous le dis.

Bien sûr, certains pourraient rétorquer que le stress psychologique peut être à la base de désordres organiques. C’est vrai mais, tant qu’on n’a pas de preuves, bien malin est celui qui peut certifier l’origine d’un trouble, qui de l’œuf ou de la poule est venu le premier. Certifier une théorie plutôt qu’une autre, c’est se perdre dans les méandres de l’incertitude. Après tout les théories ne soumettent que des hypothèses et non des certitudes. Il faut s’en servir pour avancer mais en aucun cas s’enfermer dans un préjugé. De plus, il ne faut pas confondre ce qui engendre un trouble et ce qui peut l’entretenir.

2 - Il faut savoir aussi que, face à des troubles dont on ne connaît pas la cause, il est malvenu, et même surtout néfaste de dire que c’est psychologique.
Pourquoi ?
Annoncer au patient, surtout incidemment sans voie d’accès vers une solution, qu’il est responsable de son propre trouble n’arrange rien, bien au contraire, sauf peut-être pour celui qui l’annonce au malade. Une manière d’écarter d’un revers de main son propre engagement face à la pathologie pour le médecin qui laisse sortir le patient avec le sentiment coupable d’avoir créer lui-même son trouble.

Un exemple : l’ulcère de l’estomac

La médecine a eu les yeux embrumés pendant bien longtemps devant les ulcères de l’estomac, se contentant de dire que cette pathologie était liée au stress et prescrivant au passage des anti-stress au risque d’augmenter le problème.
Puis en 1981, on s’est aperçu qu’une bactérie, l’helicobacter pylori, était presque toujours la vraie responsable. Aujourd’hui, en combattant cette petite bébête, 90 % des ulcères sont traités sans récidive…

Tous les stress ne sont pas psychologiques et la cause psychologique, c’est pas automatique ! CQFD

Quand l’enfant lit ou écrit en miroir

mai 16, 2016 - 6:22 No Comments

Les perceptions et productions en miroir sont fréquemment observées notamment par les psychomotriciens qui sont amenés à suivre ce genre de troubles. Ce n’est pas un gros problème sur le long terme car ces enfants s’en sortent toujours à partir du moment où il n’y a pas de troubles associés qui cristallisent le phénomène (manque de confiance, etc.). Il est donc très important que les adultes qui s’occupent de l’enfant n’aient pas une démarche de focalisation sur le trouble, tout au plus des moyens pour fixer la perception (ex : «b » comme bébé dans le ventre de la maman… à condition de repérer le sens de lecture, etc.).

Le pédagogue ne doit en aucun cas :
- amener ces enfants à travailler les lettres miroir dans le même moment car ils ont justement cette plasticité de voir les lettres en miroir (il ne faut réserver cette démarche que dans le suivi rééducatif et encore avec beaucoup de doigté),
- dire que « la lettre est à l’envers », pour la même raison.
En clair, il faut amener l’enfant trop doué pour voir les formes en miroir à ne plus reconnaître la symétrie des formes (exactement comme l’adulte qui est obligé de réfléchir pour constater que 3 et ɛ sont les mêmes formes). On ne lui a jamais appris cette symétrie et c’est tant mieux.

Moralité : apprendre c’est aussi désapprendre : qu’un triangle ait la pointe en haut ou en bas, nous disons toujours que c’est un triangle mais ce n’est pas le cas pour les chiffres et les lettres.
L’enfant doit s’y conformer aussi psychologiquement : si un enfant me dit qu’il a fait un chiffre ou une lettre à l’envers, je lui réponds : « non, c’est un gribouillis ! » ou s’il me dit qu’il a fait son 3 à l’envers, je lui dis la réalité : il vient d’écrire une lettre grecque (le « 3 à l’envers » n’existe pas dans notre code de lecture ….)

Adaptation pédagogique pour dyslexique (liste de recommandations)

février 7, 2016 - 8:11 No Comments

Je viens de faire cette liste de recommandations que vous pouvez copier avant de la transmettre aux personnes intéressées (enseignants, professionnels de santé, parents… ) dans le but d’adapter la pédagogie face aux troubles dyslexiques et dysorthographiques.
Cette liste peut être adaptée à chaque enfant et adolescent. Mais dites-moi si j’ai oublié quelque chose d’essentiel. Merci ! :

Lecture :

- Ne pas lui imposer une lecture à haute voix en classe.
- Donner à l’avance les textes longs qui pourront être lus en lecture accompagnée.
- Modifier l’écrit (grande police claire et aérée en Calibri ou Arial 14 au moins, codes couleurs, etc.)
- Privilégier la lecture silencieuse ou du moins lui laisser le choix pour qu’il puisse mieux se fixer sur la compréhension.
- Laisser un temps suffisant pour la lecture des consignes.
- Autoriser le suivi avec le doigt ou le recours au cache.
- S’assurer que toutes les données écrites sont lues et comprises.
- Lire à sa place certains mots ou certaines phrases plus complexes.
- Reformuler aux besoins certaines phrases.

Production écrite :

- Proposer des exercices à trous et/ou moins longs et/ou plus simples, des QCM, etc.).
- Encourager les phrases simples en rédaction pour gagner en clarté et en réussite (les structures morphosyntaxiques complexes augmentent le nombre de fautes d’orthographe et les erreurs de formulation).

Contrôle des connaissances :

- Lui donner les énoncés pré-écrits.
- Lui lire les consignes à l’oral et reformuler au besoin.
- Privilégier le contrôle oral des connaissances en laissant de côté le contrôle écrit dès que possible.
- Accorder un 1/3 temps supplémentaire ou diminuer d’1/3 le travail de lecture et/ou d’écrit.
- Être moins exigeant par rapport à l’orthographe en dehors de la dictée adaptée au handicap.
- Privilégier la notation sur le fond et être moins exigeant sur la forme.
- Privilégier le comptage des mots justes plutôt que le nombre de fautes.
- Privilégier la notation sur la capacité d’auto correction orthographique.
- Lui donner la photocopie des corrigés.

Globalement :

- Le placer à un endroit calme et facilitant son attention.
- Privilégier l’oral dès que possible quelles que soient les matières.
- Limiter le recopiage (dactylographies, écriture d’un tiers, photocopies, clé USB, mails, etc.).
- Utiliser des moyens facilitateurs (livres audio, plan de travail incliné, ordinateur, tablette, etc.)
- Vérifier la prise de notes et l’organisation (emploi du temps, trousse, matériel pédagogique, etc.).
- Noter le plan du cours au tableau et lui indiquer la marche à suivre.
- Alléger le travail notamment à la maison (pas de surcharge en compensation du handicap).
- Ne pas l’amener à se focaliser sur son handicap mais plutôt sur ce qu’il réussit et le valorise.
- Créer et entretenir un climat de confiance pour éviter sa dévalorisation, son épuisement et son découragement.

(Hubert COLOMBEL, psychomotricien-psychothérapeute-orthophoniste)

« Faire le boeuf »

décembre 25, 2015 - 12:40 No Comments

Je dis parfois aux personnes qui subissent des épreuves sans pouvoir trouver d’issue à la situation (tous les désagréments relationnels : violences, harcèlements, moqueries à l’école, à la maison, au travail ou ailleurs, …) de « faire le bœuf ». (*)

Par cette formule, je veux inciter la personne à tracer son chemin sans se laisser perturber par l’environnement, non pas par résignation et encore moins par soumission mais pour son propre équilibre, pour son mieux-être présent et l’épanouissement de son avenir, une façon de se centrer sur soi pour ne pas sombrer mais au contraire se renforcer, tirer profit de la situation déséquilibrante, faire preuve de résilience (**) en somme. Cette attitude impose tôt ou tard le respect à partir du moment où la personne ne se laisse pas perturber par des comportements plus ou moins pervers, en tous les cas perturbants.

C’est cette puissance de vie axée sur un processus d’évitement et non d’inertie qui inspire le respect. Imperturbable, le sujet « fait le boeuf » en traçant son sillon avec force et détermination.

Il ne faut évidemment « faire le bœuf » que quand on sait qu’une réaction de défense n’apporterait rien, voire aggraverait la situation.

Et il ne faut pas oublier que c’est en s’occupant d’abord bien de soi-même qu’on peut s’adapter et s’occuper mieux des autres.

Cette image du bœuf me vient de ma plus tendre enfance :

Émile, un voisin qui avait une petite ferme, utilisait un bœuf pour tirer sa charrue. Je savais que j’avais en face de moi un tableau particulier et devenu très rare en cette période. C’était autour des années 60. Je n’ai jamais vu ailleurs ce genre de chose.

J’étais en admiration devant cette masse corporelle en mouvement, si harmonieuse, puissante, calme, constante et efficace, un peu en contradiction par rapport au cheval qui, attelé devant lui, l’accompagnait dans l’effort avec un peu plus de fougue. Ce cheval était utile surtout en bout de champ pour donner un coup de collier et permettre au soc de sortir de terre. En effet tous ceux qui comme moi (peu nombreux à présent) ont charrué avec des chevaux savent qu’un petit emballement en bout de parcelle facilite la remontée du soc en surface avant de faire demi-tour pour tracer le sillon suivant.

Ce bœuf me donnait l’impression d’être imperturbable et Émile n’avait même pas besoin d’aiguillon ou de fouet pour le faire avancer. L’animal savait parfaitement ce qu’il devait faire et le faisait simplement, à son rythme, si bien que la « collée » (partie de terre retournée par le versoir de la charrue) était particulièrement rectiligne, régulière, parfaite. Il savait qu’il lui fallait faire cette tâche et s’y attelait placidement. Je suppose qu’Émile en était fier et le respectait.

(*) « faire le boeuf » : ne pas confondre avec « faire un bœuf », expression venant du restaurant parisien « Le bœuf sur le toit » et signifiant improviser un morceau de musique.

(**) résilience : terme issu de la physique des métaux. Elle correspond à la capacité pour le métal de retrouver sa forme d’origine. Ce terme a été repris en psychiatrie : la résilience d’une personne correspond à la capacité de maintenir, de retrouver et même de développer sa forme mental malgré les cabosses physiques et/ou psychologiques de la vie.

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Rosa Bonheur – Labourage nivernais (1849)

(Ce grand tableau visible au musée d’Orsay m’impressionne par son réalisme mettant en lumière jusqu’au moindre détail la noblesse de ces bœufs au labour)

L’encoprétique : un « emmerdeur emmerdé » (*)

juillet 24, 2015 - 3:40 No Comments

À la demande de certains professionnels, vous trouverez ici mon point de vue sur l’encoprésie et ma façon d’aborder le problème.

Attention, ce billet s’adresse surtout aux soignants, oreilles chastes s’abstenir :-)

Le langage non-verbal de l’encoprétique transféré vers le langage verbal est tout ce qu’il y a de plus cru puisque scatologique.

Ma façon d’aborder ce trouble tourne autour de ce transfert de langage pour qu’il y ait une véritable prise de conscience de l’enjeu interactif tant au niveau de l’enfant qu’au niveau de l’entourage affectif. Cette approche thérapeutique directe (et évidemment contrôlée à chaque étape de soin) a l’avantage d’aller droit au but pour couper-court à un dialogue scatologique particulièrement agressif et tout aussi direct bien que non-verbal. En réalité ce dialogue non-verbal de l’encoprésie est clairement matérialisé par les excréments tout en étant masqué sournoisement pour rendre l’interaction complexe, ce qui permet à l’enfant de garder un pouvoir énorme : « faire ou ne pas faire ».

Il ne faut pas oublier que l’enfant naît en découvrant assez vite qu’il a des pouvoirs. Ses pouvoirs se situent principalement au niveau de ses orifices : c’est lui qui au final, et quel que soit le comportement de l’entourage, peut décider de goûter, de manger, de parler, d’écouter, de regarder, d’uriner, de déféquer ou pas…

L’encoprésie correspond à un mauvais contrôle fécal chez l’enfant de plus de 4 ans. Elle implique un regard médical, pédiatrique et/ou psychiatrique pour un diagnostic différentiel entre les aspects organique, fonctionnel et réactionnel. Il est aussi primordial de tenir compte de l’âge : une encoprésie à l’âge de 5 ans n’implique pas forcément une même approche qu’à l’âge de 10 ans. Il faut différencier les encoprésies primaire et secondaire, rétentive et non rétentive. De même une encoprésie qui fait suite à un abus sexuel ne doit pas être abordé de la même manière que dans le cas d’un « enfant tyran »…

Lorsque les troubles organiques sont écartés (ce qui est pratiquement toujours le cas) un suivi psychothérapeutique s’impose. Mais par qui ? Par un professionnel qui a l’habitude de prendre en charge ce genre de problème mais plus précisément un spécialiste du langage non-verbal. En effet l’encoprésie est un langage du corps et il faut mettre des mots sur ce langage du corps.
L’un de ces professionnels peut être le psychomotricien. Il peut apporter quelque chose d’intéressant en tant que personne formée et habituée aux interactions non-verbales pouvant repérer des désordres de tensions neuromotrices (paratonie, hypertonie, hypotonie, etc.) et/ou affectivo-motrices (réactions hypertoniques, troubles du Schéma Corporel, de l’Image du Corps, etc.)
Le psychomotricien n’oubliera pas de faire un bilan neuro-moteur ciblé sur les capacités de contrôle tonique de l’axe et de la ceinture pelvienne en particulier. Bien souvent l’encoprétique contrôle mal cette région, ne sait pas tendre et détendre l’axe et la partie inférieure du corps, un peu comme s’il n’investissait pas la région pelvienne. Mais alors pourquoi ? Tout semble une question de vécu plus qu’une incapacité neuromotrice.
Le plus efficace me semble être un travail de prise de conscience pour l’enfant et ses parents en évitant de « tourner autour du pot » (c’est le moment de le dire).

Le langage cru verbal doit faire écho au langage corporel tout aussi direct, tout aussi cru :

Quand on a écarté les rares problèmes physiologiques, on repère le rapport d’agressivité car ce trouble peut correspondre à une « agressivité active » (et non passive comme dans l’énurésie)
Alors que, face aux tensions relationnelles, l’énurétique « laisse pisser » , l’encoprétique au contraire « emmerde ». N’oublions pas que pour déféquer il faut pousser donc agir et non laisser aller comme quand on urine.

Mais en réalité, l’encoprétique est un « emmerdeur emmerdé ». Il est donc important de rencontrer aussi les parents pour repérer comment l’entourage affectif « emmerde » l’enfant. Parallèlement à cette prise de conscience pour les parents, il faut arriver à dire aussi à l’enfant qu’il peut utiliser sa bouche au lieu de son anus pour exprimer son mécontentement. CQFD (*)

Étant donné que le thérapeute agit face à cette pathologie comme un tiers paternant, Il est possible que l’efficacité soit renforcée si le thérapeute est de sexe masculin surtout si l’encoprétique est un garçon (transfert d’identité), ce qui est souvent le cas, évidemment (la prévalence est de 3 garçons pour une fille). Un regard psychanalytique peut nous amener à considérer l’excrément comme un symbole phallique. Ce symbole matérialise un pouvoir de l’enfant. Il déstabilise les parents qui se trouvent particulièrement démunis, particulièrement « emmerdés ». Face à cette situation, les parents essaient tout mais évidemment ne réussissent rien. Ils n’arrivent pas à avoir le pouvoir et se retrouvent dans un « dialogue de merde », éventuellement aussi entre eux, ce qui donne un « boulevard de pouvoir » à l’enfant qui a réussi à trouver « la faille », comme l’a dit si bien dans ses écrits Bruno Castets (*). Évidemment, l’encoprésie renvoie au complexe d’Œdipe. Je pense que je n’ai pas besoin de détailler sur ce point.

Ma façon de procéder en 3 étapes :

1- rencontre de l’enfant avec les deux parents pour un entretien qui permet de cerner le problème en repérant la vision et les manières d’agir et de réagir de chacun. Je m’arrange toujours pour observer furtivement les réactions de l’enfant comme le sourire en coin au moment où l’encoprésie est évoquée, le moment où certains mots ou phrases sont prononcés.

2 – bilan avec l’enfant seul (entretien et tests neuro-moteurs) ce qui permet d’avoir un profil psychomoteur qui mesure la capacité de contrôle tonique,

3 – nouvel entretien avec les parents et l’enfant pour faire un compte-rendu de la situation. Je m’adapte dans mon discours en fonction du trouble observé et de l’âge de l’enfant mais je n’hésite pas à utiliser un langage cru pour être d’autant plus percutant et clair face à ce marasme de communication largement imbibé de perversité. Le but est de stopper le lien pervers en transférant le langage non-verbale (action de salir sa culotte) en langage verbal (du style « c’est ta manière de leur dire : « je vous emmerde ! » Mais, ce serait plus simple de parler avec ta bouche plutôt qu’avec ton anus. »). Évidemment, l’enfant, qui avait le sourire en coin au premier entretien, montre à ce stade un peu plus de gravité dans son expression.
Je mets aussi l’accent sur le comportement inadapté des parents qui souvent n’ont pas une ligne de conduite commune. L’attitude oscille entre une agressivité verbale et/ou physique (exemple : mettre le slip sale sur la tête de l’enfant, oui oui, ça existe), une trop grande permissivité ou un désintérêt, tout ce qui « emmerde » en fait l’enfant. En réponse à ces attitudes parentales, l’enfant va utiliser l’encoprésie pour perturber et attirer l’attention des parents (au lieu de le mettre dans le panier à linge sale, il va par exemple cacher son slip souillé sous le lit, le but étant… qu’il soit retrouvé à un moment ou à un autre : une perversion de haute voltige !)

Il n’y a pas forcément de quatrième étape de prise en charge. Je laisse la famille repartir avec cette nouvelle vision des choses. Ils ne reprennent contact que s’ils le souhaitent un peu plus tard, ce qui est très rare.

Il faut se dire aussi qu’en ce qui me concerne, la prise en charge de l’encoprésie de l’enfant rentre le plus souvent dans un contexte de troubles associés si bien que, continuant à le suivre pour ses autres problèmes, je peux avoir connaissance de l’évolution de la situation. Presque toujours les parents reviennent en disant qu’il n’y a plus d’encoprésie pratiquement du jour au lendemain.
Je me dis que le fait d’oser parler de façon aussi crue devant les parents et surtout devant l’enfant y est certainement pour beaucoup.

J’ai évidemment pris soin d’expliquer qu’il n’est pas poli de parler aussi crûment mais que la situation m’y oblige pour aller droit au but, tenir le même langage que l’enfant et éviter de « tourner autour du pot. »

Face à l’encoprésie, il faut en somme un discours propre et net face à ce qui ne l’est pas.

(*)Je ne fais ici que reprendre les propos crus du Dr Bruno Castets dans ses cours. C’était l’un de mes profs de psychiatrie. Il a écrit des livres très intéressants et très faciles à lire (« L’insaisissable ou un autre visage de la psychiatrie », »La loi, l’enfant et la mort », « La faille »…)

Petit guide de l’autorité à l’usage des parents (et autres tuteurs)

décembre 27, 2014 - 11:01 No Comments

COMMENT AVOIR DE L’AUTORITÉ ?

Comme le titre de ce dossier l’indique, ce n’est ici qu’un guide pour que chaque parent trace mieux sa route qu’il définit lui-même en fonction de sa personnalité, de sa sensibilité, de son histoire et des interactions. Être parent ne s’apprend pas dans les livres mais sur le terrain. La littérature ne fait qu’aider à apprendre.

Être parent est un métier difficile car il faut tenir compte d’un tas de paramètres, s’adapter à chaque instant, évoluer avec l’enfant etc. C’est un chemin semé d’embûches. Le parent peut faire des erreurs qu’il doit reconnaître. C’est là toute sa force aux yeux de l’enfant car ceux qui sont forts n’hésitent pas à montrer leurs travers. Par contre, il ne faut jamais regretter une erreur car on ne savait pas que c’était une erreur. On en tire juste un enseignement pour le présent et le futur dans le but d’être encore meilleur ; une façon simple, humble, sans prétention de porter l’enfant plus haut, de l’élever.

Durant ma vie professionnelle, on m’a adressé toute sorte de conflits familiaux entre des parents soit plus ou moins perdus, hésitants, soit trop autoritaires ou confondant autoritarisme et autorité ou n’ayant pas d’autorité face à des enfants hyperactifs, des « enfants-rois », des « enfants-tyrans » ou tout simplement normaux. J’en ai fait un petit guide que je présente ici :

1 – Pour les deux parents :

-> Travailler le fait d’être conjointement forts et confiants.

-> Se dire que ce qu’on fait ou ce qu’on prévoit de faire est bien. C’est important pour l’enfant, pour sa sécurité, sa stabilité, son acceptation des lignes de conduite.

-> S’épauler, se donner le relais, être non seulement un père et une mère devant l’enfant mais aussi et surtout un couple car le couple n’est pas une personne physique. Ainsi, l’enfant ne peut pas utiliser un pouvoir direct => au besoin le couple peut faire le point avec ou sans l’enfant en donnant de l’importance aux mots => les parents ne doivent aucunement s’opposer en présence de l’enfant, sinon il va être déstabilisé. Il pourra même chercher à prendre plus de place, plus de pouvoir.

-> Avoir une ligne de conduite et non plusieurs, un seul règlement que la famille devra suivre. Je ne compte plus le nombre de fois où des parents sont arrivés en consultation en me disant : « on a tout essayé mais ça ne marche pas ». Les lois ne doivent pas être à géométrie variable.

-> Quand la situation devient difficile, il est intéressant d’ailleurs d’afficher un règlement intérieur que chaque membre de la famille voudra bien signer, car les règles sont pour tout le monde, même si les adultes peuvent avoir des droits que les enfants ne peuvent pas avoir (comme se coucher plus tard par exemple). Les enfants aiment bien que les choses soient annoncées, claires et stables. C’est sécurisant pour eux. Ils connaissent ainsi les limites à l’intérieur desquelles ils se sentent non contraints, libres et paisibles.

-> On ne dit pas : « ne fait pas ça ! » mais « ne fait pas ça parce que… ». Par contre quand on est assuré que l’enfant connaît les raisons, il est inutile et même déconseillé de répéter les explications. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’enfant peut aussi chercher à faire des bêtises pour monopoliser l’attention sur lui. Il ne peut vivre sans charge affective. Peut importe si cette charge est négative du moment qu’on s’occupe de lui.

2 – Pour le père :

-> Être bien sûr maternant mais en premier lieu paternant pour insuffler une règle de vie, source de sécurité, de tranquillité et de stabilité => travailler la confiance en soi, être à l’écoute mais montrer qu’il n’y a qu’un seul pouvoir, qu’une seule ligne de conduite, qu’un seul chemin tracé par le couple et mené par le père.

-> Même si le père est le référent majeur au niveau de la loi familiale, il ne doit se placer ni être placé comme référent exclusif (on évite de dire : « je vais le dire à ton père et il va te gronder », le rôle paternant de la personne disant cette phrase risque d’être égratigné). L’attitude paternante n’est pas la charge exclusive du père. De même, celui-ci, sauf situation particulière, évitera de trouver des excuses en présence de l’enfant venant couper court à une action d’autorité du conjoint ou d’une autre personne. La situation sera d’abord analysée en-dehors de la présence de l’enfant.

-> Le père ne doit aucunement se détacher de son rôle d’autorité même si la situation peut paraître non glorifiante ce qui est faux car c’est ce qui va permettre la bonne interaction et l’épanouissement harmonieux de la personnalité de l’enfant.

3 – Pour la mère :

-> Françoise Dolto, psychanalyste et mère disait que la bonne mère est à la fois une « bonne et mauvaise mère » => être bien sûr maternante mais ne pas oublier d’être aussi paternante, à l’image du père qui pourra être aidé dans cette tâche parfois ardue du maintien des règles de vie. Mais il ne faudra en aucun cas le contredire en présence de l’enfant pour laisser une crédibilité à l’autorité paternelle => si la mère n’est pas d’accord, elle en discute obligatoirement avec le père en dehors de la présence de l’enfant.

-> Ne pas jouer au yoyo entre le côté maternant et paternant => ne pas prendre sur ses genoux un enfant qui vient d’être grondé ni lui dire par exemple : « ce n’est pas bien ce que tu as fait… mon petit chéri. »

4 – Et l’enfant ? :

-> Ce n’est pas un ange mais une personne qui cherche à trouver sa place dans la vie.

-> Il grandit vite et comprend vite, bien avant de pouvoir verbalement l’exprimer => il faut grandir, évoluer avec lui, lui dire les choses avec les mots justes et percutants pour que chacun soit à sa place et se sente bien.

-> L’enfant cherche à avoir du pouvoir. Il faut bien se dire qu’il en a beaucoup et dès les premiers instants de sa vie, d’abord au niveau de ses orifices : pouvoir de voix, de regard, d’écoute, pour se nourrir, contrôler sa propreté, etc. Mais souvenons-nous qu’il ne peut pas vivre sans apport affectif, sa grande fragilité. En effet, un bébé sans lien d’affection développe une grave dépression jusqu’à se laisser mourir => il ne s’agit pas d’en profiter pour exercer un pouvoir plus grand mais de montrer qu’on peut rejeter le comportement de l’enfant en excluant momentanément le lien affectif. C’est l’un des pouvoirs parentaux les plus efficaces. On ne rejette pas l’enfant lui-même mais son comportement.
On va donc dire « je n’aime pas ce que tu as fait » et non « tu es vilain » (on parle ici de lui et non de son comportement !). Tout comme on ne dira pas : « ah, évidemment tu as encore fait une bêtise, comme d’habitude ! » Pourquoi ? Parce que ce qui compte pour l’enfant, c’est d’être reconnu. Peut importe si c’est de façon négative, du moment qu’il puisse laisser une marque personnelle. Pourquoi croyez-vous que ce sont toujours les mêmes enfants qui sont travailleurs ou timides ou sages ou bagarreurs ? Ils ont un rôle à tenir, une étiquette à préserver.

-> S’il est puni, on vérifiera que l’enfant a bien compris et accepté les raisons de la punition.

-> Qu’est-ce qui est bien plus efficace qu’une tape aux fesses ? Le mettre au coin, l’exclure de la pièce, tout ce qui montre qu’on ne s’intéresse pas à lui au moment où il a un comportement qui ne convient pas.
Par comparaison, lorsque l’on dresse un chien, on ne le tape pas pour ne pas qu’il devienne opposant, agressif ou qu’il urine sur les meubles, etc. Lui indiquer fermement son panier suffit le plus souvent. Tout le monde sait que le dressage par récompense fonctionne très bien.
Les mêmes règles s’appliquent à l’enfant humain même si le mot « dressage » a une connotation négative. L’éducation positive par récompense s’apparente plus à une forme d’ »apprivoisement« . L’animal se contente facilement d’une caresse… l’enfant aussi.

-> Si l’enfant multiplie les bêtises, il est intéressant de mettre l’accent principalement sur ses bonnes actions pour ne pas s’enfermer dans un cercle vicieux de réprimandes. Ce n’est pas pour autant qu’il faut dire : « tu as été sage » mais plutôt : « tu as été normal » car il ne doit pas y avoir d’enjeu affectif autour du fait d’être sage ou pas. L’enfant a en effet un autre pouvoir, celui de faire plaisir… ou pas.

-> Après chaque situation problème, il faut mettre le compteur à zéro pour laisser la chance à l’enfant d’évoluer tranquillement pour ne pas rester avec une étiquette négative, ce qui n’est jamais valorisant. Elle risque de lui coller à la peau. Il lui sera difficile ou il n’aura pas envie de s’en défaire, par dépit et pour ne pas de dépersonnaliser.
Les changements ne se font que progressivement. Un changement brutal serait source d’angoisse, une sorte de dépersonnalisation, de clivage, de morcellement. Il n’y rien de pire que de ne pas être reconnu. Comment voulez-vous qu’un enfant bagarreur puisse au fond de lui-même accepter tout d’un coup d’être reconnu comme docile ?
En clair, il ne faut surtout donner d’étiquette à l’enfant, encore moins une étiquette négative si nous ne voulons pas qu’il y reste enfermé.

5 – Et la cellule familiale ?

-> C’est en fait une micro-société. Il y faut une structure avec des rôles définis. Quelle que soit la culture dans le monde, la structure est la même dans son ossature de base et doit le rester. Vouloir uniformiser les rôles est une grave erreur car l’enfant perd ses repères. Il ne sait plus qui est qui et qui fait quoi. Nous ne sommes pas une société de clones. L’enfant doit saisir une différence de caractère, de rôle, de réaction chez les parents.

-> Bien sûr, dans certaines situations, les rôles peuvent être modifiés au niveau des parents ou porté par un seul parent dans une structure monoparentale ou répartis entre les deux parents qui seraient du même sexe.

-> Ce qui compte, c’est que l’enfant puisse trouver ses repères, ses limites, développer sa personnalité, son identification personnelle, sociale, sexuelle pour son équilibre présent et futur. Tout cela à partir d’une non-uniformisation des caractères et des rôles des personnes qui s’en occupent.

-> La cellule familiale doit être structurée aussi un peu comme une meute de loups. N’oublions pas que l’être humain est avant tout grégaire. Je dis souvent qu’il faut réveiller l’animal qui est en soi pour agir quelque part selon son instinct, son feeling, son pressentiment si vous préférez ce genre d’expressions similaires, en cherchant un juste équilibre entre l’épanouissement et la soumission du petit pour l’adapter et le protéger par rapport au monde qui l’entoure.
Pour encore comparer avec le monde animal (après tout nous ne sommes que des animaux dits supérieurs) : une mère chienne donnera un maximum de liberté à l’intérieur du périmètre de vie mais sera virulente si un chiot s’aventure en dehors de ce périmètre. Il en va de la survie de l’espère. Elle ne doit pas comprendre pourquoi le parent humain rouspète l’enfant qui remue sur sa chaise mais le laisse courir dans la rue au risque de se faire renverser par une voiture.

6 – Les travers de l’organigramme occidental actuel

-> Notre société occidentale a de plus en plus tendance à effacer la place du père dans la famille. J’ai vu un glissement du rôle paternel entre la fin des années 70 (date de début de mon activité professionnelle) et maintenant. Les événements de Mai 68 ont-ils bousculé les principes ? Il n’est bien sûr pas question de revenir au père fouettard, à la structure familiale de nos ancêtres car la société évolue. Mais nous sommes sans doute dans une période de transition, donc de tâtonnements, de flou dans les rôles parentaux.

De manière humoristique, je dirais que nous glissons quelque peu vers la structure tripartite suivante (très marginale espérons-le mais il est bon de mesurer les risques d’autant plus que j’ai professionnellement observé souvent cet organigramme, donc ça existe vraiment) :

• « Supermum » : pour la mère cherchant à gérer ses vies personnelle, sexuelle, familiale, professionnelle, amicale et sociale à la perfection pour montrer aux yeux du monde qu’elle en est capable.

• « Backdad » : pour le père restant en arrière, ne prenant pas sa place dans la famille, s’effaçant pour laisser la place à Supermum ; il peut en souffrir bien sûr mais ça peut lui éviter aussi de se décarcasser. (Il pourrait vous dire pour sa défense que ce sont les chiens qui du croc décarcassent. Wouaf, wouaf !)

• « Minimum » : pour l’enfant élevé à l’image de Supermum qu’il ne faut pas frustrer ou au contraire que la mère contrôle en continu. Il doit devenir en somme comme par magie le clone de Supermum mais en mieux, le « prolongement phallique de la mère » dirait le psychanalyste. Le drame est que la greffe ne prend pas, pire il devient comme un chien dans un jeu de quille.

Quels sont les risques ?

• Que Minimum devienne « Maximum » ne pouvant s’épanouir sans Supermum ou, à l’inverse, s’opposant systématiquement à elle.

• Que Backdad se désintéresse encore plus du binôme mère/enfant (peut être va-t-il aller voir ailleurs s’il peut servir à quelque chose devenant aux yeux de la famille « Baddad » …)

Je ne compte plus le nombre de pères absents ou dépossédés de leur rôle. Souvent, ils ne savent pas comment agir ou ne veulent pas prendre leur rôle ou bien ce sont les mères qui ne leur laissent pas ce rôle ou pire qui définissent la ligne de conduite du style : « pourtant j’ai bien dit à son père qu’il fallait faire comme ça. »
La cellule familiale deviendrait-elle une société d’autant plus matriarcale comme un effet miroir face à une société jugée trop patriarcale sur d’autres plans ?…

Toujours est-il que pour qu’un enfant s’épanouisse et se sente bien, il faut que chaque personne dans la famille soit à sa place et joue son rôle maternant ou paternant en toute quiétude et sans contrainte.

C’est le minimum qu’on puisse espérer sans chercher à faire le maximum car il faut vivre aussi pour soi. ;)

P. S. : c’est à chaque famille de trouver sa ligne de conduite mais n’importe quel spécialiste vous dira que je n’ai écrit ici que des évidences alors ce n’est pas la peine de dire : « oui, mais… », histoire de se trouver de fausses excuses (même si c’est humain d’avoir des réflexes de défenses) pour sortir du chemin en se plantant dans le décor et en se plaignant plus tard car il faut bien se dire que l’enfant est un être en devenir : il grandit, il change, il évolue mais il engrange aussi. L’enfant est une éponge : il a la capacité d’absorber énormément mais si on le comprime, il rejette.

L’ENFANT ET LA FESSÉE (et autres châtiments corporels)

1 – Qu’est-ce qu’un enfant ?
(vision humoristique car l’humour aide parfois à mieux comprendre)

Par rapport au problème de fessées infligées aux petits français, la question est tout de même de savoir si nous devons considérer l’enfant :

- tel un meuble comme une armoire ou comme jusqu’à très récemment en France un animal,

- tel un « meuble meublant » (*) comme un tableau de maître accroché au mur,

- tel un « meuble non meublant » (*) comme un tableau de maître planqué dans un coffre-fort,

- tel un être doué de sensibilité comme depuis peu en France un animal qu’il est désormais interdit de traiter « comme un chien »,

- ou tel un être humain qui a des droits comme n’importe quel être humain.

Un sujet difficile finalement mais le pire serait d’esquinter un tableau de maître, même et peut-être surtout planqué dans un coffre. (*)

2 – Pas de doute sans doute ?

Certains prétendent qu’une petite fessée n’a (sans doute) jamais fait de mal à personne… [en tous les cas (sans doute) pas à celui qui la donne.]
Comme ils ont (sans doute) vécu la chose dans leur enfance, ils partent (sans doute) du principe que tout le monde doit faire la même chose.
Ils pensent (sans doute) que les descendants des vikings sont arriérés par rapport aux descendants des gaulois car les habitants des pays nordiques (Suède, etc.) ont banni depuis longtemps déjà le droit de châtiment physique. Selon eux, les enfants doivent (sans doute) y être mal élevés.

3 – Qu’est-ce qu’une fessée (et autres châtiments corporels) ?

J’ai bien sûr le même point de vue que le célèbre pédiatre Aldo Naouri, comme tous les professionnels qui ont appris et compris la psychologie de l’enfant et qui dénouent les conflits parents-enfants tous les jours depuis des lustres : la fessée est une marque de faiblesse d’autorité qui porte atteinte à la dignité humaine.

4 – Têtes à claques

Pour ceux qui en doutent et qui pensent qu’une tape par ci ou par là permet d’asseoir son autorité, je leur conseille de séjourner un peu en centre pour caractériels et cas sociaux. J’ai commencé ma vie professionnelle comme éducateur-chef dans ce genre de centre. Ils comprendront très vite que ce modèle d’éducation ne fonctionne absolument pas. Il ne faut pas confondre autoritarisme et autorité. Mais je conçois que, quand on n’a pas connu d’autres modes de fonctionnement, on puisse en douter. On a tendance à ne reproduire, à ne reconnaître, à ne chatoyer même que le modèle qu’on a connu pour aller jusqu’aux familles de têtes à claques, dans le sens où le lien affectif se tisse autour du châtiment corporel réclamé et apporté. Une aberration vu de l’extérieur mais un réalité vécue de l’intérieur. Un certain rapport sado-maso en somme puisque l’affectif se tisse autour de la douleur. L’exécutant pense que le châtiment corporel imprime la mémoire du conditionnement éducatif. Le récepteur finit par s’en délecter comme marque (c’est le moment de le dire) affective qu’il faudra revivre car c’est intense, impressionnant voire marquant. Une « marque » d’affection au sens premier du terme. La prochaine bêtise n’est donc pas loin… On entre ainsi dans un cercle vicieux de rapport affectif.


5 – Le bisou et la fessée sont dans le même panier

Il ne faut pas oublier qu’au sein de la cellule familiale, l’enfant met sur le même plan le bisou et la fessée. Les deux sont porteurs de charge affective.
Tous les bons dresseurs d’animaux vous diront que le meilleur dressage ne passe pas par la violence physique bien au contraire pour ne pas réveiller tôt ou tard le rapport de force et l’instinct agressif de l’animal. Il en est de même pour l’enfant qui peut très bien ne plus encaisser de la même manière avec le temps et se souvenir des violences comme un vieux cheval (à partir de l’adolescence par exemple). Ne jamais oublier qu’un enfant est un être en devenir.

CONCLUSION

On n’est pas obligé d’être agressif pour se faire respecter bien au contraire, encore faut-il se croire en être capable, encore faut-il avoir suffisamment de confiance en soi, de prestance et de respect de l’autre pour inspirer le respect.
Un animal ne se dresse pas mais s’apprivoise. On obtient ce qu’on veut quand on le respecte. Il en est de même pour l’enfant. (Parole de petit-fils de dresseur de chevaux)


(*) Pour en savoir plus sur le « meuble meublant », cliquez sur la ligne suivante :

>>>>Blingbling les casseroles (site : La Gazette d’Hubert)>>>>>

ou copiez la ligne suivante sur internet :

http://www.lagazettedhubert.com/?p=2797