Archive for the ‘mes écrits’ Category

Mouvement du cormoran vs bavage parkinsonien

décembre 2, 2018 - 8:08 No Comments

Comment définir l’hypersialorrhée parkinsonienne ?

Même si nous parlons d’hypersialorrhée dans la maladie de Parkinson, il faut savoir qu’en dehors de l’effet éventuel de certains médicaments, ce n’est pas dû à une trop grande production de salive mais par une diminution de la capacité à déglutir.
La fréquence et surtout l’efficacité de déglutition peuvent être largement altérées dans la maladie de Parkinson du fait d’un enrayement dans le circuit extrapyramidal (mouvements automatisés).

Que faire ?

Pour compenser le manque d’efficacité extrapyramidal, il faut se servir du circuit pyramidal (mouvement volontaire) qui, lui, passe par le cortex et peut garder une meilleure efficacité en cas de MPI. Oui, on dit bien que « le parkinsonien doit penser son geste ». C’est dur à vivre mais c’est ainsi.

L’aide de l’orthophoniste

En séances d’orthophonie, plein de mouvements sont possibles. Il faut juste que l’orthophoniste garde la cible de compensation d’un mouvement automatisé inefficace.

Ne pas oublier aussi de tonifier le lingual supérieur car, si le patient a toujours eu une déglutition atypique, c’est d’autant plus difficile d’améliorer la déglutition.

Le « mouvement du cormoran »

Comme je ne vis pas loin de mer, j’ai observé comment les cormorans déglutissaient de gros poissons.

Je demande donc à mes patients souffrant de trouble de la déglutition d’appliquer un mouvement volontaire que j’ai appelé : le « mouvement du cormoran ». Il vaut ce qu’il vaut mais au-moins le trop plein de salive dans la bouche peut être évacué.

Pour en savoir plus, allez voir ces deux rapports très bien rédigés par l’auteur Jean-Pierre Lagadec que j’ai félicité au passage car je n’aurais pas mieux fait :

Le mouvement du cormoran (gp29)

Les dysphagies parkinsoniennes (gp29)

Que dire des techniques radicales utilisées par certains médecins ?

Pour diminuer l’hypersialorrhée, certains médecins ont recours à des techniques radicales : toxine botulique, atropine, allopathie en tous genres, cryothérapie, etc. (*) C’est logique me direz-vous car ils ont été surtout formés dans ce sens (les mauvaises langues diraient formatés dans ce sens). Mais, si je m’adresse aux orthophonistes (et autres professionnels chargés d’améliorer la dynamique de la sphère haute), je dois dire qu’ils ne faut pas qu’ils se laissent berner par certains miroirs aux l’alouettes provoquant souvent des effets secondaires tels que sècheresse de la bouche plus problématique. Si la nature a prévu de nous mettre de la salive dans la bouche, ce n’est pas pour rien, screugneugneu !

(*) Ces techniques médicales radicales me font penser à ce que j’ai pu vivre à Montréal il y a quelques années. J’avais subi quelques jours auparavant des températures négatives extrêmes (jusqu’à – 46 ºC de température éolienne à Québec en janvier, une exception semble-t-il). Je suis allé dans une pharmacie comme on en fait qu’en Amérique du Nord. L’asiatique qui tenait la boutique m’a donné un médicament qui, dès la première prise (et du coup la dernière) m’avait stoppé l’écoulement nasal pourtant si bénéfique pour nettoyer le nez. Je ne vous souhaite pas d’avoir le nez complètement sec sous température négative extrême. C’est du béton !

Comment agir avec un enfant tyran ?

novembre 26, 2018 - 2:59 No Comments

1 – Préambule

Dans le but de constituer un dossier sur le sujet, le journal Ouest-France me propose de répondre à la question suivante :
« comment agissez-vous avec un enfant tyran ? »

…. Un sujet intéressant et bien dans l’air du temps car il semblerait que ce genre d’enfants soient plus nombreux que par le passé.

Si je m’appuie sur mon expérience professionnelle, je ne peux que le confirmer. Je rencontre depuis une bonne quinzaine d’années davantage d’enfants tyrans (et aussi d’enfants rois).

2 – Comment expliquer l’augmentation du nombre d’enfants tyrans ?

Chacun peut développer sa théorie pour tenter d’expliquer le phénomène. Ce n’est pas si simple mais il faut au-moins observer les éléments suivants :

A – La modification des interactions sociales

Certains professionnels s’appuient exclusivement sur le changement social. Il est vrai que l’enfant actuel est bombardé de sollicitations diverses bien plus que par le passé à partir de supports nombreux, variés et surtout chacun peut se servir à sa guise ce qui est nouveau (d’où les expressions nouvelles de « zapping », de « chat », de « e-commerce », etc.).

La « génération bouton »

C’est ainsi que j’ai toujours appelé la génération Y (celle qui est née entre 1980 et 2000) car elle a grandi avec un environnement de boutons sur des supports variés permettant d’accéder à tout et n’importe quoi. C’est la génération de mes propres enfants. Ce sont eux qui m’ont appris à bidouiller avec les boutons du clavier d’un ordinateur et autres appareils plus ou moins complexes sans trop chercher à réfléchir et surtout sans lire une notice pour sortir d’une impasse.

La « génération slide »

J’appelle ainsi la génération Z actuelle car non seulement elle accède à sa guise mais en plus elle zappe, elle peut passer facilement à autre chose d’un coup de doigt sur un écran, d’un claquement de doigt en somme.

L’accès facile à de nouvelles données est telle qu’en cas de problème (beaucoup moins fréquent qu’au début de l’avènement des nouvelles technologies), c’est le drame et l’incompréhension car cette génération Z est moins conditionnée aux erreurs et frustrations.

L’occupation devient hyperactive, interactive et variée sur de nombreux supports ce qui n’empêche pas, par ambivalence, la fixation monothématique jusqu’à plus d’heure sur un écran pour naviguer, jouer ou dialoguer…

Cependant cette nouvelle génération ne crée pas pour autant exclusivement une population réagissant mal aux frustrations. La jeunesse actuelle n’est pas pour autant exclusivement constituées d’enfants ayant développé des mauvais penchants pour devenir tyrans, rois ou je ne sais quoi encore. Il faut chercher aussi d’autres raisons à la multiplication de ces travers comportementaux :

B – La modification du modèle parental

Il ne faut pas oublier qu’une personne construit sa personnalité à travers le regard des autres, l’enfant à travers notamment le regard des personnes chargées affectivement, donc au premier chef de ses parents.

Au long de ma vie professionnelle, j’ai pu observer un réel changement dans l’organigramme familial.

Pour se construire harmonieusement, l’enfant doit logiquement trouver en face de lui une charge affective à la fois maternante et paternante. C’est dans ce cadre qu’il pourra s’adapter au monde qui l’entoure. De plus, il ne faut pas oublier que, quand le cadre est bien tracé, l’enfant se sent en sécurité à l’intérieur et développe moins d’angoisse car il peut beaucoup plus facilement repérer son champ de liberté et les limites. Pour cela, il faut donc lui laisser une liberté à l’intérieur du cadre de vie, lui créer en quelle sorte une forme de « forteresse dorée » (pour ne pas dire « prison dorée ») sécurisante et adaptée au monde qui l’entoure.

Le partage des rôles parentaux s’équilibre le plus souvent de la manière suivante : la mère est surtout maternante mais aussi paternante et le père surtout paternant mais aussi maternant. Bien évidemment, en cas de rôles inversés ou en présence de parents du même sexe ou encore dans une famille monoparentale, l’équilibre est tout aussi possible mais à la seule condition qu’il y ait à la fois un regard maternant et paternant sur l’enfant.

Or, ces derniers temps, dans notre société occidentale, l’image du père s’est modifiée, une évolution qui fait sans doute écho à l’émancipation de la femme et de la mère. C’est logique. Mais ce glissement conduit certains pères à l’abandon de leur rôle paternant. Le pire est quand ils ne savent pas comment agir ou s’installent dans l’ombre de la mère qui arrivent alors à dire une phrase du style : « pourtant, je l’ai dit à mon mari qu’il doit agir de cette façon ! » .
Je peux comprendre qu’une mère puisse s’exprimer ainsi dans mon bureau pour analyser ensemble la situation, mais lorsque c’est dit devant l’enfant, on est garanti que l’autorité paternelle se trouve particulièrement fragilisée. De plus, quand on connaît un peu la psychologie de l’homme et le point de vue psychanalytique, on se dit qu’il y a un sacré malaise.

Je n’entendais jamais ce genre de choses il y a trente ou quarante ans. On ne se permettait pas de mettre en cause l’autorité du père. Je ne dis pas que c’était mieux avant mais au-moins l’enfant ne risquait pas de sortir du cadre de son statut d’enfant.

L’un de mes professeurs de psychiatrie, le Dr Bruno Castets, disait que si l’enfant voit un désaccord du couple dans la conduite à tenir pour son éducation, il s’engouffre dans la faille (ce mot étant le titre de l’un de ses livres) ce qui le met dans une position de force. Et c’est ainsi qu’il peut devenir un parfait tyran (l’homophone « tirant » pourrait ici aussi convenir car l’enfant tire les ficelles comme bon lui semble et déstabilise d’autant plus les parents puisqu’ils n’accordent pas bien leurs violons).

Il y a trente ou quarante ans j’entendais plutôt certaines mères dire à leur enfant : « arrête, sinon je vais le dire à ton père ! »
Ce n’était pas mieux car elle détruisaient leurs propres capacités paternantes mais au-moins un cadre d’autorité était observé.

Que faire ?

Tous les enfants ne réagissent pas de la même manière face au même type de communication. Il faut donc s’adapter, trouver la bonne façon d’agir pour les amener à avoir un comportement adapté.

Les grandes lignes d’attitude face à l’enfant qui se comporte comme un tyran doivent être connues. Pour le reste, il ne faut pas chercher une recette mais s’adapter à chaque cas particulier.

L’enfant quel qu’il soit a construit au fil du temps une mémoire de communication chargée de souvenirs positifs et négatifs. Il agit et réagit en fonction de cette mémoire et de l’interlocuteur. C’est ce qui fait la complexité et l’intérêt de toute forme de communication. C’est ce qui me passionne aussi professionnellement parce que ce n’est pas simple.

Dans une interaction, il y a au-moins deux acteurs et chacun ne sait pas à l’avance comment l’autre va se comporter. C’est aussi pourquoi nous communiquons et y trouvons un intérêt. Nous allons chercher chez l’autre ses réactions. Et comme le disait Paul Watzlawick : « on ne peut pas ne pas communiquer« . Même le silence est une façon de répondre. Il faut s’adapter à chaque personne et à chaque instant. Or, en dehors des professionnels dans ce domaine, ce n’est pas appris à l’école. Alors chacun agit et réagit en fonction de sa personnalité, de ses impressions, de son histoire, de son statut, de son environnement, de ses lectures (pas toujours d’un niveau suffisant ou réductrices), etc.

L’enfant n’est pas un ange

Tout d’abord, il faut savoir qu’un enfant n’est pas un ange et qu’il ne doit pas l’être si nous voulons qu’il soit adapté au monde. Freud voyait l’enfant comme un « pervers polymorphe » , non pas comme un sujet malsain mais comme quelqu’un qui cherche à se satisfaire pour pouvoir exister. Sa personnalité doit en fait s’affirmer au fil du temps mais dans le respect mutuel.

Un enfant qui se présente comme un tyran doit saisir en premier lieu qu’on cherche à le respecter mais qu’il doit agir de même. On peut espérer qu’il pourra avancer dans ce sens par effet miroir.
Et vous pensez bien que, dans mon approche thérapeutique, si je suis devant un couple de parents qui n’est pas en harmonie au niveau des conduites à tenir par rapport à l’éducation, je cherche à les rencontrer tous les deux pour mettre en place une cohérence. Je leur dis alors que leur enfant doit être devant trois personnes : deux personnes physiques (le père et la mère avec leur personnalité propre qui doit être respecté) et une personne morale (le couple qui doit être cohérent). Un enfant peut être plus facilement tyran devant une personne physique que devant une personne morale cohérente qui insuffle la notion de respect mutuel.

La place du père

Il me faut souvent faire des ronds de jambes pour amener le père à prendre conscience de son rôle très important face à son enfant tyran. Il peut être d’abord sur la défensive, ce qui est logique car il a peur de perdre encore plus son image de père garant de stabilité. Il me faut d’abord le rassurer pour montrer que le but n’est pas de pointer du doigt des erreurs du passé mais de construire le présent et l’avenir, de donner de l’importance au père. Quand on connaît un peu la psychologie de l’homme, lui donner de l’importance le glorifie. En tant que soignant, nous pouvons partir de ce précepte pour l’amener développer les meilleurs attitudes face à l’enfant.

Ne pas oublier que l’enfant a un besoin vital de reconnaissance. Il ne peut vivre sans rapports affectifs, bons ou mauvais, peu importe. Il met tout dans le même panier. Or, un enfant tyran prend toute la place dans la famille. Ses mauvais comportements sont systématiquement pointés du doigt. C’est ainsi qu’il est reconnu et là, il l’est parfaitement. Il ne peut et ne veut surtout pas s’en défaire de peur de ne plus être reconnu. Conscient de cet état de fait, les parents peuvent apprendre à inverser la donne en se désintéressant des mauvais travers de l’enfant et en s’intéressant aux bons.

Il ne s’agit pas de rejeter l’enfant mais de rejeter certains de ses comportements, une nuance essentielle.

Conclusion

Ce n’est pas l’enfant tyran lui-même que nous devons rejeter : ce serait lui donner encore plus d’importance et il risquerait de renforcer encore plus son image de tyran pour pouvoir exister.

Ce n’est que le comportement de tyran que nous devons rejeter, non pas en le combattant mais en nous y désintéressant à partir du moment ou l’on sait que l’enfant est bien informé sur le fait que, si nous rejetons ce genre d’attitude, nous ne le rejetons pas lui-même pour autant.

Pour finir, ne jamais dire qu’un enfant est tyran parce que les parents l’éduquent mal car ce n’est pas toujours vrai. Il y a juste des enfants plus difficiles que d’autres. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des clones, c’est tant mieux et c’est ce qui fait le charme de la communication.

Propos sur la dopamine, l’apomorphine et la morphine

novembre 17, 2018 - 6:15 No Comments

Certains patients souffrant de la maladie de Parkinson portent une pompe à apomorphine, cette molécule étant administrée par voie digestive.

En tant que chercheur et praticien notamment spécialiste en neuro-stimulation, le Professeur Marc Vérin (*) constate qu’actuellement c’est la pompe à apomorphine qui semble la plus efficace quand on a épuisé tous les autres moyens de traitement de la maladie de Parkinson. Il l’explique par le fait que cette molécule a une formule chimique (C17H17NO2·HCl·1/2H2O) proche de la dopamine (C8H11NO2) [et donc de la lévodopa (C9H11NO4) qui en est son précurseur et qui entre dans la composition de médicaments administrés par voie orale (Modopar, Sinemet, Stalevo)].

Finalement l’apomorphine est aussi assez proche de la morphine (C17H19NO3) (**), du moins peut-on imaginer une possible interaction entre les éléments si les deux molécules sont administrées.

Je l’ai expliqué assez récemment à une collègue orthophoniste qui s’étonnait des effets néfastes de la morphine donnée à l’un de ses patients portant une pompe à apomorphine. Je lui ai dit qu’il y avait certainement là un effet détonnant et qu’il fallait sans doute que les médecins se coordonnent par rapport aux prescriptions des uns et des autres sauf si la morphine n’était pas administrée sur le long terme. (N’étant pas un spécialiste dans ce domaine pointu, ce propos est à affiner avec des férus de la pharmacopée).

(*) Le Professeur Marc Vérin est chef du service de neurologie au CHU Pontchaillou de Rennes, spécialiste de la maladie de Parkinson, pratiquant notamment la neuro-stimulation. Il a créé et dirige une unité de recherche unique en France : «Comportement et Noyaux gris Centraux».

(**) En réalité, tout est une question de nuance et de réactions variables selon les porteurs de cette pathologie comme la plupart des produits prescrits et c’est bien le pourquoi chaque patient a son protocole de soin spécifique. Le médecin prescripteur doit apprendre à connaître les effets sur chaque patient pour affiner le traitement. Une tâche souvent ardue évidemment puisque, de plus, la maladie de chacun évolue et de façon particulièrement variable.

Quand le « dys » (ou autre « handicapé ») devient pire qu’une bête de foire.

avril 12, 2018 - 10:31 No Comments

Préambule

Tout le monde connaît cette situation qui consistait autrefois (mais il n’y a pas encore si longtemps) à montrer dans les champs de foire des « bêtes curieuses » qui n’étaient pourtant qu’une particularité ethnique parmi l’espèce humaine. Les gens venaient se délecter de ce qu’ils considéraient comme ayant d’affreux atours.

À cette même époque, nous parquions aussi en asile tout individu qui ne correspondait pas au « standard psycho-socialo-corporel. »

Notre société a évolué depuis me direz-vous ?

Et bien pas vraiment en fin de compte car la standardisation continue et de plus belle.

On n’enferme plus de la même façon la personne « hors-standard », pour ne la montrer sur les champs de foire que ponctuellement, mais on lui demande de tout faire pour correspondre au plus près à la valeur standard pré-calibrée.

La démarche se veut scientifique, voulant dire sérieuse, si bien que les professionnels qui s’en occupent ont acquis de nouveaux réflexes pour objectiver la situation, le patient quittant le statut de sujet pour devenir un objet d’analyse.

De ce fait, un compte-rendu de situation n’a de valeur depuis quelques années que par ses chiffres, ses écarts-types, ses courbes montrant les disparités, l’éloignement par rapport à un idéal de valeur. J’ai assez de bouteille professionnelle pour dire que c’est bien pire qu’avant. Pas de place pour le hors-standard dans la société actuelle. Et tant pis pour celui qui ne peut pas correspondre à la valeur-type. On va le contraindre non seulement à se montrer à tout un panel de spécialistes, comme la bête de foire, mais on va le contorsionner pour qu’il puisse gommer ce qu’il est pour devenir ce qu’il ne sera sans doute jamais.

D’où me vient cette vision des choses ?

Ce sont surtout des adultes consultant pour leurs propres troubles neurologiques (ou autres) qui m’ont amené à écrire ce billet.
Ils supportent évidemment mal de se retrouver auditionnés, interrogés, évalués, calibrés mais ont aussi du mal à l’avouer.
C’est pourquoi, dans mes consultations, je fais tout pour essayer de ne pas donner l’impression d’un interrogatoire, « comme par la Gestapo » disait une patiente au retour de consultation dans un centre de soins (si une personne a cette impression, il faut l’entendre et adapter son comportement en conséquence, n’est-ce pas ?).

L’exemple du « dys »

Un « dys » (dysphasique, dyslexique, dyscalculique, dysgraphique, etc.) se caractérise par le fait d’être porteur d’un trouble d-u-r-a-b-l-e.

Dans sa vie, il aura en principe vu un tas de spécialistes qui auront tracé des courbes, auront noirci des pages de rapports pour mettre le doigt sur les disparités, les discordances, les dichotomies, etc., donneront un tas de travail supplémentaire surtout si l’évolution n’est pas assez positive.

Les tenants de l’éducation familiale et scolaire auront insufflé d’autant plus le besoin d’aller voir ailleurs d’autres spécialistes (jusqu’à ceux utilisant une méthode miracle au titre ronflant, le praticien rencontré étant reconnu spécialiste en la matière après avoir payé très cher une formation de … quelques heures !) pour tenter enfin de trouver la clé non pas du mieux-être mais du mieux-paraître.

Il y aura bien sûr un sentiment d’échec pour tout le monde au bout du chemin conduisant au rangement dans la classe du « handicap » accompagné du double sentiment d’avoir tout essayé pour éviter cette étiquette et le goût amer de l’échec de standardisation.

Que dire des parents ?

On peut évidemment comprendre les parents responsables au premier chef de l’éducation de leur enfant face aux enjeux sociaux de plus en plus difficiles (accès à l’emploi, reconnaissance sociale, épanouissement personnel, etc.).

Que dire de l’enfant (et de l’adolescent) ?

L’enfant n’a conscience de son trouble qu’à travers le regard de l’autre et en particulier l’analyse de l’adulte. Il sera de ce fait très sensible à l’image qu’on va lui renvoyer, notamment en tant que soignant, réagissant soit positivement ou s’enfonçant dans son trouble. En clair : « ça passe ou ça casse. » De ce fait, il est bon de se rappeler que le soignant doit non seulement travailler sur le trouble mais aussi mettre en avant les valeurs du patient qu’il soit enfant, adolescent ou adulte.

Que dire des patients adultes ?

Les adultes consultent souvent pour des raisons de perte de capacités. Face à ce constat de ne plus être ce qu’ils ont été, ils peuvent être prêts à tous les sacrifices pour parvenir à recouvrer un potentiel, souvent aussi poussés par l’angoisse des aidants.

Mais que dire des professionnels ?

Tous les corps de métiers qui gravitent surtout autour l’enfant (enseignement, médecine, etc.) deviennent de plus en plus anxiogènes. Ils proposent, voire imposent un parcours d’aide et de soins digne d’un champ de bataille, le remplissage de dossiers de plus en plus complexes et vont jusqu’à reprocher de façon directe ou indirecte aux parents de ne pas en faire assez (histoire de se décharger de sa propre responsabilité ou du moins de son propre échec de standardisation …), alors que ces professionnels devraient avant tout épauler, rassurer, calmer l’ardeur de standardisation pour s’intéresser au sujet et non à l’objet d’étude.

Pour finir sur une note positive…

Heureusement nous voyons des « dys » (et autres « handicapés ») portés par un formidable élan de résilience, non pas de résignation face à la différence mais une énergie d’épanouissement qui force le respect de ceux qui sont standardisés.
C’est bien là une ligne de conduite dont il faut s’inspirer pour aider au mieux les personnes simplement… différentes.

Parité, égalité ou différence

février 25, 2018 - 5:45 No Comments

Vu dans le magazine Elle du 02/02/2018 avec le titre « le père est une mère comme les autres », histoire, n’est-ce pas, de respecter la tendance à lisser les différences.

L’article n’est pas inintéressant mais, en regardant les photos d’illustration, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il y a toujours un fond de malaise social.

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Pourquoi donc encore de nos jours considérer qu’un père qui, par exemple, change la couche du bébé, se transforme en mère ? Il reste un père à part entière, que diable, tout comme une mère qui utilise une perceuse, reste aussi une mère ! Comment peut-on prôner une égalité, une parité ou je ne sais quoi encore en maintenant sur le fond ce cloisonnement. Quel paradoxe !

Mais en fait, pour comprendre ce que je veux dire, je n’ai pas besoin de faire des commentaires, il suffit d’imaginer, pour faire écho, l’article suivant :

« la mère est un père comme les autres » illustré de photos de mères avec une perceuse, une tondeuse ou mieux assise dans un fauteuil à lire le journal ou à regarder la télé en sirotant une bière et en se grattant l’entre-jambe.

Comme quoi les clichés ont la peau très, très dure avant que la société trouve (et même sur certains plans retrouve) une respectabilité mutuelle qu’elle a perdu en voulant lisser à tout prix les différences au lieu de miser toute l’énergie sur les vraies incohérences sociales comme les inégalités de salaires mais aussi de droits dans l’éducation, etc.

Mais sans doute faut-il passer par là pour enfin oublier par exemple l’écriture inclusive et plutôt trouver un vrai équilibre social entre les homme-e-s (euh ! Non, là ça ne fonctionne pas), enfin entre les hommes et les femmes, quoi !

Gutturalisation contre les fausses routes

décembre 24, 2017 - 5:23 No Comments

Cadeau de Noël : à l’attention des collègues orthophonistes face à la prise en charge de fausses routes.

Présentation

Récemment, je me suis levé une nuit et me suis lancé à écrire sur mon smartphone ce petit texte. Je le reconnais volontairement farfelu. Mais j’aime souvent mettre une touche humoristique dans mes rééducations pour éviter l’aspect fastidieux et/ou rébarbatif.
La lecture de cette prose est destinée à renforcer notamment la dynamique du lingual supérieur ce qui contribue largement à actionner la fermeture glottique, permettant ainsi de lutter contre les fausses routes dans le cas notamment de dégénérescences neuromotrices comme dans les syndromes parkinsoniens ou autres pathologies touchant le dynamisme ou plus exactement l’harmonisation de la sphère haute. Vous constaterez que le texte est surtout formé du phonème /k/ (préféré au /g/ pour éviter de mettre les cordes vocales en souffrance en voix projetée) parce qu’en le prononçant, une action spécifique gutturale se produit qui dynamise le lingual supérieur. Chacun sait que ce muscle a un rôle très important dans la déglutition. En effet, sa rétraction arrière forme le bolus alimentaire, ce qui bascule aussi l’épiglotte sur la trachée par « effet airbag ». Et comme la nature est bien faite, le voile du palais est lui aussi titillé pour faciliter sa réaction de fermeture.

Comment faire lire cette prose ?

Bien des écrits et méthodes mettent l’accent sur l’intensité, ce qui est une bonne chose bien sûr mais il existe un autre critère tout aussi important voire plus, c’est la mélodie.
Pourquoi ?
Parce que le travail de mélodie amène à la maîtrise de la variation du mouvement c’est-à-dire la balance entre la tension et la détente.
Il ne faut pas oublier que l’harmonie gestuelle n’est possible que par cette maîtrise de la tension ET de la détente.
Il faut donc amener la personne à déclamer le texte d’une voix suffisamment forte et claire, exagérément mélodieuse en jouant sur les variations vocales et en insistant caricaturalement surtout sur les phonèmes gutturaux et le /k/ en particulier.
En fonction de la situation, le patient suit pas à pas votre vocalisation ou se lance lui-même dans la déclaration. On peut aussi stimuler la mémoire du texte. Il y a beaucoup d’intérêt à enregistrer la production car il faut souvent mettre en doute les compétences audio-phonatoires du patient :

Le capitaine Haddock sur sa coque

Le capitaine Haddock caracole sous le foc qui claque et crie à l’équipage au milieu du lac de Carcassonne :

- « Souquez ferme la drisse grise, cette grosse corde au crochet pour l’étarquer et que l’ancre s’accroche, sacrebleu ! »

- « Mais la coque, dans le lac est au sec, capitaine Haddock ! » lui glisse en cœur l’équipage.

Le capitaine Haddock, sous le choc, écarquille les yeux et constate donc que la coque est au sec dans le lac. Il affale le foc.

- « Cocorico ! Si c’est comme ça je me casse ! » crie le gros coq, mascotte de toute la clique.

C’est là qu’à côté sous une barque un gros crapaud s’esclaffe :

- « Quouuua ? Mais le lac n’est pas sec dans mon grand trou creux ! »

Certains n’en croient rien et se moquent de cette histoire du capitaine Haddock sur une coque dans un lac sec à Carcassonne.
Qui croire ?
En tous cas, quel cas cocasse !

À vos plumes pour inventer d’autres textes ;)

Documentations

Vous pouvez trouver d’autres documents d’information autour des problèmes de fausses routes en cliquant sur les lignes suivantes :

>>>>Risque majeur en cas de trouble parkinsonien<<<<

>>>> La dysphagie parkinsonienne (écrit de Jean-Pierre Lagadec-gp29.net)<<<<

Maladie de Parkinson : le scandale du non-suivi orthophonique

mai 6, 2017 - 2:07 No Comments

Quel est le risque majeur dans la maladie de Parkinson ?

Dans le cas d’un syndrome parkinsonien (MPI et pathologies apparentées), la prise en charge orthophonique de toute forme de difficultés touchant la sphère haute (troubles de la voix, de l’articulation, de la mastication, de la déglutition, de la respiration, etc.) a toute son importance pour limiter le risque notamment de pneumopathie d’inhalation, l’une des principales causes de décès à terme en cas de non-stimulation (cette stimulation devant inclure dans son programme tension ET détente neuro-musculaire).
Je l’ai martelé pendant si longtemps en fac et dans les conférences que j’aimerais qu’on ne se limite plus à 5 à 6 % de consultations orthophoniques !!!
Tout ceci ne veut pas dire que tous les parkinsoniens doivent voir l’orthophoniste mais dès que la sphère haute s’enraye : oui et sans attendre. Et, croyez-moi, il n’y a pas qu’une méthode pour améliorer les choses (même si certaines voudraient prétendre le contraire) : les orthophonistes ont bien des techniques variées et ciblées dans leurs sacs pour améliorer les choses.
Il faut qu’on se le dise et que l’information circule car l’espérance de vie parkinsonienne est plus entre les mains de l’orthophoniste que bien d’autres approches.

Pourquoi avancer le mot « scandale » ?

Comme l’autruche, l’être humain a tendance à ne voir que le visible. Et la médecine, au sens large du terme, peut tomber dans le même travers pour n’agir qu’en fonction de ce qui est observable.

Par exemple un médecin peut avoir :

- le bon réflexe d’orienter un parkinsonien, qui marche avec difficulté, vers un kiné.
-> C’est normal : le plus grand risque étant la chute (conduisant à la douleur mais rarement au décès),

- ignorer l’importance d’un suivi orthophonique sous prétexte que le patient qui toussait souvent « ne tousse plus et donc va mieux » (oui, oui, cette réflexion existe, je l’ai rencontrée), alors que, sauf miracle, la réalité est inverse, le patient ayant perdu la capacité d’expectorer.
-> Ce n’est pas normal : le plus grand risque étant les encombrements (conduisant aux infections et trop souvent au décès).

Bien sûr, du côté du médecin, le scandale n’existe qu’à partir du moment où il rechigne à prescrire de l’orthophonie en pleine conscience de ces risques.

Du côté orthophonique, le scandale existe à partir du manque d’information et de formation sur le sujet. Le pire est que souvent quelques indications suffisent déjà à apporter des améliorations.

Alors nous, formateurs, professionnels de la chose, engageons notre responsabilité. C’est le pourquoi de ce billet.

Un résumé de situation sur le sujet est consultable ici :

La dysphagie parkinsonienne (écrit de Jean-Pierre Lagadec-gp29.net)

Maladie de Parkinson et hyperémotivité

février 26, 2017 - 11:07 No Comments

Éloge de l’émotivité

Avoir une émotivité est une bonne chose car ne pas en avoir est source d’inadaptation.
Une personne que rien n’émeut ne sent pas les choses, ne peut pas faire preuve d’empathie, ne peut pas se mettre à la place de l’autre, souffre d’une incapacité de décentration. Il ignore les états d’âme de l’autre et peut même en arriver à s’ignorer lui-même. Le trouble glisse vers un dérangement psychiatrique dans l’univers psychotique.

Tout est bien sûr une question de dose car trop d’émotivité vient perturber l’équilibre de la personne. Elle souffre alors d’une grande sensibilité aux stress, réagit émotionnellement à la moindre perturbation. Cette hyperémotivité s’exprime par des manifestations variées dont elle n’a plus le contrôle.

Hyperémotivité et maladie de Parkinson

Le traitement anti-parkinsonien permet un apport dopaminergique qui vient booster différentes aires du cerveau dont la zone limbique d’où une éventuelle hypersensibilité émotionnelle liée à cet apport médicamenteux et non à une fragilité psychologique de la personne ! La situation est telle que les malades qui souffrent de ce genre de troubles tardent à en parler et en priorité les hommes qui supportent encore moins de devenir sensibles.

En clair, l’hyperémotivité constatée chez la personne qui souffre d’une pathologie parkinsonienne est en principe liée à la médication. Qu’on se le dise et qu’on le dise car nous pouvons ainsi largement rassurer le sujet et son entourage. En effet, en l’absence de connaissance de cet état de fait, le réflexe est en principe de faire le lien entre hyperémotivité et dépression. Et, comme je le dis souvent, c’est particulièrement déprimant de s’imaginer pleinement responsable de sa propre dépression. Alors que quand on apprend qu’un médicament peut en être responsable, c’est plutôt rassurant, anti-déprime même.

L’analyse doit être la même par rapport à d’éventuels comportements déviants d’addictions au jeu et/ou au sexe liés cette fois à l’hyperstimulation dopaminergique de la zone frontale.

Un ajustement médicamenteux par le neurologue améliore en principe ces soucis d’humeur (au sens psychiatrique du terme) car tous les parkinsoniens ne réagissent pas de la même manière par rapport notamment à certains agonistes dopaminergiques (Requip, etc.).

Quand la LSVT® fait son marché

février 20, 2017 - 3:21 No Comments

PRÉSENTATION :

La LSVT® est une méthode américaine qui utilise la rééducation intensive pour aider les patients souffrants de la Maladie de Parkinson.

Une rééducation intensive apporte-t-elle une amélioration ?

Bien sûr ! N’importe quel « coach » (terme approprié bien dans la tendance sociale actuelle) vous dira que toute activité intensive apporte une amélioration.

Dans notre société, quand on parle d’activité, on peut faire référence au domaine intellectuel mais aussi et surtout au domaine physique.

Dans le cas présent, les progrès sont facilement mesurables en s’appuyant sur des courbes respectant les critères de fiabilité et de validité. C’est d’une logique statistique implacable.

Mesurer le bien-être est beaucoup plus difficile évidemment voire impossible. Mais notre société de consommation se préoccupe plus de la fonction que de l’être. C’est pourquoi le « coaching » a le vent en poupe et… nos centres médicaux-psychologiques sont de plus en plus débordés. Entre parenthèse, il nous faudrait peut-être un Ministère du « Bien-Être » comme au Boutant ;)

Est-ce que la LSVT® n’a d’intérêt que par le fait que c’est une rééducation intensive ?

Non, bien sûr, d’une part les personnes qui n’ont que peu de connaissances sur la maladie de Parkinson trouvent un intérêt dans les stages de formation, d’autre part l’entraînement vocal présentent un réel apport dès le début de la pathologie quand la sphère haute présente des signes de manque de dynamisme ce qui évite une dégradation dramatique de cette zone pouvant conduire à des troubles tels que la pneumopathie d’inhalation et au décès en cas de dégradation majeure. Je martèle toujours que trop peu de personnes souffrant d’un syndrome parkinsonien bénéficient d’une aide orthophonique. Cette aide n’est pas pour le confort, c’est carrément vital.

La rééducation intensive proposée par la LSVT® est-elle une panacée ?

La maladie de Parkinson se caractérise par une rétraction neuro-musculaire plus ou moins importante, une hypertonie notamment axiale, donc de la sphère haute pouvant entraîner une discordance pneumo-phonique par perte de l’amplitude de différence entre la tension et la détente, la base même de l’harmonie gestuelle. Seulement, on a tendance à oublier la prise de conscience du relâchement en ne s’axant que sur le renforcement alors que l’hypertonie est déjà trop forte.

La LSVT® semble ne pas assez prendre en compte un élément essentiel pour améliorer le mouvement : la prise de conscience du relâchement neuro-musculaire, la diminution des réactions paratoniques, la relaxation psychomotrice (*). Encore faut-il avoir une formation sur ce plan mais c’est ce qui semble manquer aux tenants de cette méthode qui au passage ne réservent leur programme qu’à ceux qui auront suivi leur formation moyennant finance (**).

Pourquoi dire que la LSVT® fait son marché ?

J’ai longtemps enseigné la maladie de Parkinson au centre de formation en orthophonie à Nantes et je dois dire que la façon de la LSVT® de transmettre un savoir qu’aux seuls initiés (attitude louable sur le plan commercial, me direz-vous) en verrouillant de manière si habile toute diffusion me pose un sacré problème eu regard de notre éthique européenne, de notre façon de concevoir la transmission du savoir pour la santé de tous.

Observez l’organisation marketing de la méthode et vous verrez que tout est parfaitement rôdé sur ce plan mais à mon sens business et santé ne font pas bon ménage.

Je veux bien entendre que la méthode LSVT® ne met pas le profit au premier plan mais encore faudrait-il que les tenants de cette technique m’en apporte la preuve… en me montrant au détail leur programme de formation par exemple.

Je veux bien qu’il faille une formation pour s’initier à une technique, il n’en demeure pas moins que ceux qui se retrouvent sur la liste de formation après seulement 12 heures d’initiation et qui recrachent au bassinet au bout de deux ans au maximum pour rester sur la liste des techniciens LSVT® ne se transforment pas pour autant en seuls spécialistes de la maladie de Parkinson.

En clair, arrêtons de tout faire tourner autour de la LSVT®. Il y a bien d’autres approches tout aussi intéressantes, même si elles font moins de tapage pour se mettre en haut du panier.

On me demande parfois quelles sont « les autres méthodes qui marchent » ?

D’abord, plutôt que méthode, je préfère parler de technique ou d’approche.

Prenons juste un exemple : Il est clair que la LSVT® mise sur le renforcement moteur. C’est intéressant. Elle agit comme un « coach » sportif. Mais l’harmonie gestuelle ne se fait pas que par renforcement. Il faut qu’il y ait une échelle de différence tension/détente. Tout bon coach le sait. Alors, si le parkinsonien dysarthrique est paratonique (ce qui est plus que fréquent), il faut lui faire découvrir ou redécouvrir le relâchement volontaire pour que le mouvement retrouve mieux son naturel et son économie. Cet élément n’est pas dans le protocole LSVT®. Si à partir de là, les tenants de la méthode LSVT® l’ajoute dans leur programme, dites bien que c’est ma Propriété Intellectuelle ;)

Ce ne sont pas les méthodes exclusives qui nous font avancer mais les formations variées qui nous permettent de mieux nous adapter à chaque cas spécifique.

Personnellement, je suis allé même chercher en dehors des sentiers occidentaux… Mes formations vont de techniques asiatiques à d’autres plus occidentales telles que la relaxation thérapeutique pour parler d’autres choses que ce qui est fait en LSVT®. J’utilise aussi des techniques qui s’apparentent à ce qui se fait en LSVT® sans en porter le nom.

Encore une fois, je n’ai rien contre cette approche intensive et je n’ai rien contre le fait que certains de mes patients aillent voir des collègues LSVT®. Je ne pêche pas pour ma chapelle.

Une rééducation intensive peut avoir son intérêt surtout dans des cas spécifiques, notamment pour les MPI débutantes avec perte d’énergie axiale.

Je me méfie par contre de ce genre d’entraînement dans les cas de Parkinson Plus (représentant tout de même environ 15 % des pathologies parkinsoniennes) lorsque l’axe est bien trop hypertonique. Il est tout de même gênant d’ajouter la dysphonie à la dysarthrie… (genre de choses que j’ai rencontré après rééducation LSVT®)

Sans nier, en aucun cas, l’efficacité de la LSVT®, vous voyez bien que d’autres approches ou techniques sont possibles voire essentielles. Comme quoi, il ne faut jamais se contenter de méthodes mais chercher, se former, douter, avancer, corriger, s’adapter à chaque cas.

Pourquoi ne pas suivre qu’une méthode ?

Il est certain que tout ce que nous avons appris en formations ou en stages, si possible de manières variées, nous apprend à adapter le soin à la singularité du patient et à son état du jour. D’où l’importance de varier les formations.

Mettre en place un protocole de soin sans tenir compte de l’état du jour sous prétexte de suivre une méthode à la lettre me chagrine voire me révolte.

Un soignant ne doit être en aucun cas un répétiteur. Ce n’est pas un trouble qu’il a face à lui mais un patient porteur d’un trouble.

Mais alors pourquoi les courbes de résultats montrent une efficacité de la méthode LSVT® ?

Tout vient de la rééducation intensive. Créez n’importe quelle méthode sur le plan moteur ou neuro-moteur basée sur le conditionnement intensif et vous obtiendrez rapidement des résultats tangibles. Ce n’est pas un scoop.

Il est vrai que le reconditionnement de la mobilité de la sphère haute a toute son importance (parfois vitale) dans le cas de maladie de Parkinson et j’ai confiance dans n’importe quel professionnel intéressé par cet engagement thérapeutique, formé à la méthode LSVT® ou autres approches, peu importe pourvu qu’on s’intéresse au sujet (et non à l’objet) présent dans le cabinet.

Pourquoi certains parkinsoniens sont prêts à faire des kilomètres pour suivre cette méthodes ?

N’importe quelle personne atteinte d’une pathologie est à l’affût de tout ce qui peut améliorer son état et c’est logique. Mais il faut savoir aussi qu’une personne atteinte d’un syndrome parkinsonien peut avoir une fragilité frontale. De ce fait le discernement, le recul nécessaire peut être altéré poussant le sujet à imaginer qu’une seule méthode suffira à améliorer leur état. Il fonce donc tête baissée.

Il y a une certaine logique face à la situation de dégradation du potentiel, mais il serait bon et sain de ne pas en profiter commercialement en laissant croire que la seule issue est d’utiliser LA méthode qui a le vent en poupe.

Il en est de même du côté des professionnels de santé qui, même dans le cas de recherche d’augmentation du nombre de patients, ont tout intérêt à ne pas se contraindre à une seule méthode de travail. Il en va de leur crédibilité professionnelle et de leur adaptation à la singularité de chaque patient.

Pourtant, en lisant les commentaires à vision unilatérale LSVT® sur les réseaux sociaux, je me dis que l’élan marketing touche tous les domaines même l’orthophonie…

Quel est enfin le risque sous-jacent dans le fait d’utiliser exclusivement une méthode intensive ?

La Sécurité Sociale pourrait finir par entrer dans le jeu en accordant une prolongation de soin (avec parcimonie) que dans le cas de résultats objectivés sur un instant suffisamment court ! Sympa dans le cas de troubles dégénératifs n’est-ce pas ! Ça se fait déjà ailleurs comme… aux États Unis (tiens, tiens… d’où vient donc la LSVT® ?)

Que faire si vous n’êtes pas estampillé LSVT® ?

Faîtes confiance à votre formation professionnelle, adaptez-vous au patient en face de vous et si vous pensez manquer de techniques, faîtes comme beaucoup d’orthophonistes savent faire : formez-vous dans la diversité, allez spécifiquement piocher toute info sur le travail vocal en misant au besoin sur l’intensif, histoire de faire un traitement style « générique de LSVT®  » (***).
En effet, jusqu’à preuve du contraire, la LSVT® n’a pas le monopole du travail intensif ou alors dès demain je m’en vais déposer le brevet de l’invention de la roue.
Je n’ai personnellement pas attendu l’arrivée de cette méthode sur le marché pour proposer un travail vocal intensif et je ne suis pas évidemment le seul… (*****)

J’y ajoute une touche personnelle issue de ma formation de psychomotricien : le travail sur la prise de conscience du relâchement neuro-musculaire.

Que faire encore ?

Demander à une personne formée LSVT® de donner des exemples d’exercices… ah, non ça ce n’est pas possible en fait, elle s’est engagée à ne pas transmettre des infos… copyright oblige… même si les tenants de cette méthode ne sont pas gênés d’aller chercher des idées ailleurs, les auteurs de ces idées-ci ayant la présence d’esprit de mettre davantage en avant l’éthique professionnelle que la protection intellectuelle).

CONCLUSION

La LSVT® est une méthode de conditionnement pour objectiver des résultats rapides. Elle a certes son efficacité mais aussi ses limites. Bien d’autres approches sont intéressantes, voire complémentaires, sans avoir forcément une estampille de protection de la marque !

De grâce, chers collègues, méfiez-vous du miroir aux alouettes, ne tombez pas dans le travers de l’hyper-technicité. Je ne voudrais pas que vous souffriez de « monométhodose infectieuse » (***) en vous cachant derrière un protocole de soins qui transforme le patient non pas en sujet mais en objet de traitement, même si c’est sécurisant puisqu’en cas d’échec on peut toujours se rassurer en disant que c’est le patient qui ne s’est pas adapté à une technique qui a fait ses preuves d’efficacité, courbes à l’appui. La bonne aubaine quand on sait qu’il y a autant de parkinsoniens que de maladies de Parkinson !

Je critique surtout l’élan marketing qui veut laisser croire qu’il n’y a que la LSVT® qui marche. C’est très prétentieux de le dire et de l’écrire, pour ne pas dire litigieux…

P. S. :
Ai-je poussé le curseur un peu trop loin ?

J’aimerais bien mais c’est surtout pour secouer le cocotier et récolter les bons fruits. Alors maintenant, à vos critiques ;)

(*) une prise en charge psychomotrice peut répondre à ce besoin mais qui en a l’idée ?…

(**) Voici ce qu’étaient les tarifs de formation LSVT® LOUD (destinée aux orthophonistes) les 13 et 14 octobre 2016 à Paris (pour seulement 12 H 30 en deux jours) :

-> 595 € pour les petits nouveaux (pas 599 c’est réservé au domaine commercial, voyons ! Mais pas 600 non plus, c’est trop cher.)

-> 310 € pour la personne déjà certifiée pour pouvoir rester sur la liste de certification qui n’est valable que pour deux ans !
[Les tenants de cette méthode :
- soit pensent que les stagiaires ont des pertes importantes de mémoire (une perte de plus de 50% en deux ans, c'est mathématique),
- soit proposent plus de 50 % de nouveautés tous les deux ans (c'est mathématique),
- soit veulent que les certifiés crachent à nouveau au bassinet pour conserver l'estampille LSVT® mais ce serait être mauvaise langue que de l'imaginer.]

-> 410 € pour les étudiants (un rabais s’impose mais papa-maman peuvent peut-être payer).

Il faut dire que maintenant il existe aussi la LSVT BIG® pour les kinés (et ergos) dans les mêmes conditions d’organisation. La démonstration que j’ai vue s’apparente au taï-chi-chuan sans en porter le nom ; une présentation si mécanique occultant sa source essentielle de respiration et de détente mais c’est vrai que c’était un exposé très rapide…
Toujours avec l’idée d’une rééducation intensive avec évidemment l’estampille LSVT®, je me demande si on ne va pas nous pondre la même chose à destination des orthoptistes, des neuro-psychologues, des psychomotriciens, … (bien que ceux-ci soient difficilement « 
méthodables« , on ne les a pas, en principe, formatés dans ce sens)
D’autres méthodes ont déjà brûlé ainsi leurs ailes par le passé. Permettez-moi de taire leur nom…

(***) C.f. : le billet suivant :
la monométhodose infectieuse

(****) voir le billet suivant :
Quand le soignant devient médicament

(*****) par exemple Johnson et Pring ont proposé une méthode de stimulation intensive des fonctions laryngo-respiratoires, de la prosodie, de l’articulation en 1990 alors que la LSVT® date de 1994. Et bien d’autres travaux datent d’avant 1994 comme ceux de Downie et al. (1981), Scott et Caird (1983), Hanson et Metter (1983), Robertson et Thomson (1984), Rubow et Swift (1985), Le Dorze et al. (1992), Adams et Lang (1992)… pour ne lister que certains de ceux cités dans le livre la maladie de Parkinson dirigé par le Pr André Rascol (p. 227 et suivantes, Acanthe, Masson, Paris, 1998).

« Cause idiopathique « => cause psychologique ? C’est pas automatique.

octobre 27, 2016 - 9:41 No Comments


« Il n’y a pas de vérités premières :
il n’y a que des erreurs premières »
Gaston Bachelard (1884-1962)

Qu’est-ce qu’une « cause idiopathique » ?

La médecine, notamment occidentale, essaie toujours de garder la tête haute en évitant de se montrer impuissante face à certaines pathologies. Elle peut utiliser des termes très scientifiques et surtout très hermétiques pour expliquer la cause comme « idiopathique », plus court mais aussi plus pompeux que « dont on ne connaît pas la cause »… D’où la pirouette de l’expression « cause idiopathique » utilisée dans le titre : on vous donne au-moins une réponse logique sur une question fondamentale. En quelque sorte, le médecin vous dit : « je connais la cause, c’est une cause inconnue ! » ;)

Et la cause psychologique ?

Une autre arme infaillible est de rendre responsable le malade de son propre trouble en lui annonçant que la cause est psychologique, histoire de se défausser en tant que professionnel du soin et de retourner le patient contre lui-même, ce qui risque de ne pas arranger les choses mais qui offre l’avantage d’être « scientifiquement vraisemblable ».
En effet, on peut scientifiquement dire, par exemple, que tout le monde est plus ou moins stressé, que sur une échelle de 0 à 10, le curseur mis sur 0 est impossible (hors décès). De plus, il est vrai que le mauvais stress n’arrange jamais la santé, tout le monde le sait : un boulevard de vérité dans la recherche d’une réponse scientifique, fiable.

Ceci étant, le médecin qui annonce qu’un problème par exemple de peau est lié au stress, s’assure de dire une lapalissade du moins tant qu’il n’ajoute pas le mot « psychologique ».
Tout le monde sait que la peau (organe le plus important du corps humain) est très sensible au stress : le coup de soleil est, par exemple, lié au stress,… celui des rayons du soleil.

Heureusement, le bon sens pousse le plus souvent le médecin à éviter de dire de façon directe que le problème est psychologique, ce qui ne l’empêche pas de prescrire éventuellement une médication qui va dans ce sens. Il sait trop bien qu’il n’a pas intérêt à condamner psychologiquement son patient s’il veut le revoir.

Ceci étant, bien des pathologies ont certainement une cause première psychologique (j’avais lu un jour 5/6 des consultations médicales mais je me suis toujours demandé sur quelle base scientifique on avait pu s’appuyer pour déterminer cette proportion, alors contentons-nous de supposer : beaucoup !).

Il est cependant malvenu de dire qu’une pathologie idiopathique est liée au stress psychologique. Mais pourquoi ?

Il y a au-moins deux bonnes raisons :

1 – Tout bêtement d’abord parce qu’elle est idiopathique. Il n’y a donc rien de scientifique dans ce genre d’affirmation. On ne peut pas certifier le supposé, c’est une lapalissade, je vous le dis.

Bien sûr, certains pourraient rétorquer que le stress psychologique peut être à la base de désordres organiques. C’est vrai mais, tant qu’on n’a pas de preuves, bien malin est celui qui peut certifier l’origine d’un trouble, qui de l’œuf ou de la poule est venu le premier. Certifier une théorie plutôt qu’une autre, c’est se perdre dans les méandres de l’incertitude. Après tout les théories ne soumettent que des hypothèses et non des certitudes. Il faut s’en servir pour avancer mais en aucun cas s’enfermer dans un préjugé. De plus, il ne faut pas confondre ce qui engendre un trouble et ce qui peut l’entretenir.

2 - Il faut savoir aussi que, face à des troubles dont on ne connaît pas la cause, il est malvenu, et même surtout néfaste de dire que c’est psychologique.
Pourquoi ?
Annoncer au patient, surtout incidemment sans voie d’accès vers une solution, qu’il est responsable de son propre trouble n’arrange rien, bien au contraire, sauf peut-être pour celui qui l’annonce au malade. Une manière d’écarter d’un revers de main son propre engagement face à la pathologie pour le médecin qui laisse sortir le patient avec le sentiment coupable d’avoir créer lui-même son trouble.

Un exemple : l’ulcère de l’estomac

La médecine a eu les yeux embrumés pendant bien longtemps devant les ulcères de l’estomac, se contentant de dire que cette pathologie était liée au stress et prescrivant au passage des anti-stress au risque d’augmenter le problème.
Puis en 1981, on s’est aperçu qu’une bactérie, l’helicobacter pylori, était presque toujours la vraie responsable. Aujourd’hui, en combattant cette petite bébête, 90 % des ulcères sont traités sans récidive…

Tous les stress ne sont pas psychologiques et la cause psychologique, c’est pas automatique ! CQFD