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Quand le « dys » (ou autre « handicapé ») devient pire qu’une bête de foire.

avril 12, 2018 - 10:31 No Comments

Préambule

Tout le monde connaît cette situation qui consistait autrefois (mais il n’y a pas encore si longtemps) à montrer dans les champs de foire des « bêtes curieuses » qui n’étaient pourtant qu’une particularité ethnique parmi l’espèce humaine. Les gens venaient se délecter de ce qu’ils considéraient comme ayant d’affreux atours.

À cette même époque, nous parquions aussi en asile tout individu qui ne correspondait pas au « standard psycho-socialo-corporel. »

Notre société a évolué depuis me direz-vous ?

Et bien pas vraiment en fin de compte car la standardisation continue et de plus belle.

On n’enferme plus de la même façon la personne « hors-standard », pour ne la montrer sur les champs de foire que ponctuellement, mais on lui demande de tout faire pour correspondre au plus près à la valeur standard pré-calibrée.

La démarche se veut scientifique, voulant dire sérieuse, si bien que les professionnels qui s’en occupent ont acquis de nouveaux réflexes pour objectiver la situation, le patient quittant le statut de sujet pour devenir un objet d’analyse.

De ce fait, un compte-rendu de situation n’a de valeur depuis quelques années que par ses chiffres, ses écarts-types, ses courbes montrant les disparités, l’éloignement par rapport à un idéal de valeur. J’ai assez de bouteille professionnelle pour dire que c’est bien pire qu’avant. Pas de place pour le hors-standard dans la société actuelle. Et tant pis pour celui qui ne peut pas correspondre à la valeur-type. On va le contraindre non seulement à se montrer à tout un panel de spécialistes, comme la bête de foire, mais on va le contorsionner pour qu’il puisse gommer ce qu’il est pour devenir ce qu’il ne sera sans doute jamais.

D’où me vient cette vision des choses ?

Ce sont surtout des adultes consultant pour leurs propres troubles neurologiques (ou autres) qui m’ont amené à écrire ce billet.
Ils supportent évidemment mal de se retrouver auditionnés, interrogés, évalués, calibrés mais ont aussi du mal à l’avouer.
C’est pourquoi, dans mes consultations, je fais tout pour essayer de ne pas donner l’impression d’un interrogatoire, « comme par la Gestapo » disait une patiente au retour de consultation dans un centre de soins (si une personne a cette impression, il faut l’entendre et adapter son comportement en conséquence, n’est-ce pas ?).

L’exemple du « dys »

Un « dys » (dysphasique, dyslexique, dyscalculique, dysgraphique, etc.) se caractérise par le fait d’être porteur d’un trouble d-u-r-a-b-l-e.

Dans sa vie, il aura en principe vu un tas de spécialistes qui auront tracé des courbes, auront noirci des pages de rapports pour mettre le doigt sur les disparités, les discordances, les dichotomies, etc., donneront un tas de travail supplémentaire surtout si l’évolution n’est pas assez positive.

Les tenants de l’éducation familiale et scolaire auront insufflé d’autant plus le besoin d’aller voir ailleurs d’autres spécialistes (jusqu’à ceux utilisant une méthode miracle au titre ronflant, le praticien rencontré étant reconnu spécialiste en la matière après avoir payé très cher une formation de … quelques heures !) pour tenter enfin de trouver la clé non pas du mieux-être mais du mieux-paraître.

Il y aura bien sûr un sentiment d’échec pour tout le monde au bout du chemin conduisant au rangement dans la classe du « handicap » accompagné du double sentiment d’avoir tout essayé pour éviter cette étiquette et le goût amer de l’échec de standardisation.

Que dire des parents ?

On peut évidemment comprendre les parents responsables au premier chef de l’éducation de leur enfant face aux enjeux sociaux de plus en plus difficiles (accès à l’emploi, reconnaissance sociale, épanouissement personnel, etc.).

Que dire de l’enfant (et de l’adolescent) ?

L’enfant n’a conscience de son trouble qu’à travers le regard de l’autre et en particulier l’analyse de l’adulte. Il sera de ce fait très sensible à l’image qu’on va lui renvoyer, notamment en tant que soignant, réagissant soit positivement ou s’enfonçant dans son trouble. En clair : « ça passe ou ça casse. » De ce fait, il est bon de se rappeler que le soignant doit non seulement travailler sur le trouble mais aussi mettre en avant les valeurs du patient qu’il soit enfant, adolescent ou adulte.

Que dire des patients adultes ?

Les adultes consultent souvent pour des raisons de perte de capacités. Face à ce constat de ne plus être ce qu’ils ont été, ils peuvent être prêts à tous les sacrifices pour parvenir à recouvrer un potentiel, souvent aussi poussés par l’angoisse des aidants.

Mais que dire des professionnels ?

Tous les corps de métiers qui gravitent surtout autour l’enfant (enseignement, médecine, etc.) deviennent de plus en plus anxiogènes. Ils proposent, voire imposent un parcours d’aide et de soins digne d’un champ de bataille, le remplissage de dossiers de plus en plus complexes et vont jusqu’à reprocher de façon directe ou indirecte aux parents de ne pas en faire assez (histoire de se décharger de sa propre responsabilité ou du moins de son propre échec de standardisation …), alors que ces professionnels devraient avant tout épauler, rassurer, calmer l’ardeur de standardisation pour s’intéresser au sujet et non à l’objet d’étude.

Pour finir sur une note positive…

Heureusement nous voyons des « dys » (et autres « handicapés ») portés par un formidable élan de résilience, non pas de résignation face à la différence mais une énergie d’épanouissement qui force le respect de ceux qui sont standardisés.
C’est bien là une ligne de conduite dont il faut s’inspirer pour aider au mieux les personnes simplement… différentes.

Parité, égalité ou différence

février 25, 2018 - 5:45 No Comments

Vu dans le magazine Elle du 02/02/2018 avec le titre « le père est une mère comme les autres », histoire, n’est-ce pas, de respecter la tendance à lisser les différences.

L’article n’est pas inintéressant mais, en regardant les photos d’illustration, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il y a toujours un fond de malaise social.

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Pourquoi donc encore de nos jours considérer qu’un père qui, par exemple, change la couche du bébé, se transforme en mère ? Il reste un père à part entière, que diable, tout comme une mère qui utilise une perceuse, reste aussi une mère ! Comment peut-on prôner une égalité, une parité ou je ne sais quoi encore en maintenant sur le fond ce cloisonnement. Quel paradoxe !

Mais en fait, pour comprendre ce que je veux dire, je n’ai pas besoin de faire des commentaires, il suffit d’imaginer, pour faire écho, l’article suivant :

« la mère est un père comme les autres » illustré de photos de mères avec une perceuse, une tondeuse ou mieux assise dans un fauteuil à lire le journal ou à regarder la télé en sirotant une bière et en se grattant l’entre-jambe.

Comme quoi les clichés ont la peau très, très dure avant que la société trouve (et même sur certains plans retrouve) une respectabilité mutuelle qu’elle a perdu en voulant lisser à tout prix les différences au lieu de miser toute l’énergie sur les vraies incohérences sociales comme les inégalités de salaires mais aussi de droits dans l’éducation, etc.

Mais sans doute faut-il passer par là pour enfin oublier par exemple l’écriture inclusive et plutôt trouver un vrai équilibre social entre les homme-e-s (euh ! Non, là ça ne fonctionne pas), enfin entre les hommes et les femmes, quoi !

Gutturalisation contre les fausses routes

décembre 24, 2017 - 5:23 No Comments

Cadeau de Noël : à l’attention des collègues orthophonistes face à la prise en charge de fausses routes.

Présentation

Récemment, je me suis levé une nuit et me suis lancé à écrire sur mon smartphone ce petit texte. Je le reconnais volontairement farfelu. Mais j’aime souvent mettre une touche humoristique dans mes rééducations pour éviter l’aspect fastidieux et/ou rébarbatif.
La lecture de cette prose est destinée à renforcer notamment la dynamique du lingual supérieur ce qui contribue largement à actionner la fermeture glottique, permettant ainsi de lutter contre les fausses routes dans le cas notamment de dégénérescences neuromotrices comme dans les syndromes parkinsoniens ou autres pathologies touchant le dynamisme ou plus exactement l’harmonisation de la sphère haute. Vous constaterez que le texte est surtout formé du phonème /k/ parce qu’en le prononçant, une action spécifique gutturale se produit qui dynamise le lingual supérieur. Chacun sait que ce muscle a un rôle très important dans la déglutition. En effet, sa rétraction arrière forme le bolus alimentaire, ce qui bascule aussi l’épiglotte sur la trachée par « effet airbag ». Et comme la nature est bien faite, le voile du palais est lui aussi titillé pour faciliter sa réaction de fermeture.

Comment faire lire cette prose ?

Bien des écrits et méthodes mettent l’accent sur l’intensité, ce qui est une bonne chose bien sûr mais il existe un autre critère tout aussi important voire plus, c’est la mélodie.
Pourquoi ?
Parce que le travail de mélodie amène à la maîtrise de la variation du mouvement c’est-à-dire la balance entre la tension et la détente.
Il ne faut pas oublier que l’harmonie gestuelle n’est possible que par cette maîtrise de la tension ET de la détente.
Il faut donc amener la personne à déclamer le texte d’une voix suffisamment forte et claire, exagérément mélodieuse en jouant sur les variations vocales et en insistant caricaturalement surtout sur les phonèmes gutturaux et le /k/ en particulier.
En fonction de la situation, le patient suit pas à pas votre vocalisation ou se lance lui-même dans la déclaration. On peut aussi stimuler la mémoire du texte. Il y a beaucoup d’intérêt à enregistrer la production car il faut souvent mettre en doute les compétences audio-phonatoires du patient :

Le capitaine Haddock sur sa coque

Le capitaine Haddock caracole sous le foc qui claque et crie à l’équipage au milieu du lac de Carcassonne :

- « Souquez ferme la drisse grise, cette grosse corde au crochet pour l’étarquer et que l’ancre s’accroche, sacrebleu ! »

- « Mais la coque, dans le lac est au sec, capitaine Haddock ! » lui glisse en cœur l’équipage.

Le capitaine Haddock, sous le choc, écarquille les yeux et constate donc que la coque est au sec dans le lac. Il affale le foc.

- « Cocorico ! Si c’est comme ça je me casse ! » crie le gros coq, mascotte de toute la clique.

C’est là qu’à côté sous une barque un gros crapaud s’esclaffe :

- « Quouuua ? Mais le lac n’est pas sec dans mon grand trou creux ! »

Certains n’en croient rien et se moquent de cette histoire du capitaine Haddock sur une coque dans un lac sec à Carcassonne.
Qui croire ?
En tous cas, quel cas cocasse !

À vos plumes pour inventer d’autres textes ;)

Documentations

Vous pouvez trouver d’autres documents d’information autour des problèmes de fausses routes en cliquant sur les lignes suivantes :

>>>>Risque majeur en cas de trouble parkinsonien<<<<

>>>> La dysphagie parkinsonienne (écrit de Jean-Pierre Lagadec-gp29.net)<<<<

Maladie de Parkinson : le scandale du non-suivi orthophonique

mai 6, 2017 - 2:07 No Comments

Quel est le risque majeur dans la maladie de Parkinson ?

Dans le cas d’un syndrome parkinsonien (MPI et pathologies apparentées), la prise en charge orthophonique de toute forme de difficultés touchant la sphère haute (troubles de la voix, de l’articulation, de la mastication, de la déglutition, de la respiration, etc.) a toute son importance pour limiter le risque notamment de pneumopathie d’inhalation, l’une des principales causes de décès à terme en cas de non-stimulation (cette stimulation devant inclure dans son programme tension ET détente neuro-musculaire).
Je l’ai martelé pendant si longtemps en fac et dans les conférences que j’aimerais qu’on ne se limite plus à 5 à 6 % de consultations orthophoniques !!!
Tout ceci ne veut pas dire que tous les parkinsoniens doivent voir l’orthophoniste mais dès que la sphère haute s’enraye : oui et sans attendre. Et, croyez-moi, il n’y a pas qu’une méthode pour améliorer les choses (même si certaines voudraient prétendre le contraire) : les orthophonistes ont bien des techniques variées et ciblées dans leurs sacs pour améliorer les choses.
Il faut qu’on se le dise et que l’information circule car l’espérance de vie parkinsonienne est plus entre les mains de l’orthophoniste que bien d’autres approches.

Pourquoi avancer le mot « scandale » ?

Comme l’autruche, l’être humain a tendance à ne voir que le visible. Et la médecine, au sens large du terme, peut tomber dans le même travers pour n’agir qu’en fonction de ce qui est observable.

Par exemple un médecin peut avoir :

- le bon réflexe d’orienter un parkinsonien, qui marche avec difficulté, vers un kiné.
-> C’est normal : le plus grand risque étant la chute (conduisant à la douleur mais rarement au décès),

- ignorer l’importance d’un suivi orthophonique sous prétexte que le patient qui toussait souvent « ne tousse plus et donc va mieux » (oui, oui, cette réflexion existe, je l’ai rencontrée), alors que, sauf miracle, la réalité est inverse, le patient ayant perdu la capacité d’expectorer.
-> Ce n’est pas normal : le plus grand risque étant les encombrements (conduisant aux infections et trop souvent au décès).

Bien sûr, du côté du médecin, le scandale n’existe qu’à partir du moment où il rechigne à prescrire de l’orthophonie en pleine conscience de ces risques.

Du côté orthophonique, le scandale existe à partir du manque d’information et de formation sur le sujet. Le pire est que souvent quelques indications suffisent déjà à apporter des améliorations.

Alors nous, formateurs, professionnels de la chose, engageons notre responsabilité. C’est le pourquoi de ce billet.

Un résumé de situation sur le sujet est consultable ici :

La dysphagie parkinsonienne (écrit de Jean-Pierre Lagadec-gp29.net)

Maladie de Parkinson et hyperémotivité

février 26, 2017 - 11:07 No Comments

Éloge de l’émotivité

Avoir une émotivité est une bonne chose car ne pas en avoir est source d’inadaptation.
Une personne que rien n’émeut ne sent pas les choses, ne peut pas faire preuve d’empathie, ne peut pas se mettre à la place de l’autre, souffre d’une incapacité de décentration. Il ignore les états d’âme de l’autre et peut même en arriver à s’ignorer lui-même. Le trouble glisse vers un dérangement psychiatrique dans l’univers psychotique.

Tout est bien sûr une question de dose car trop d’émotivité vient perturber l’équilibre de la personne. Elle souffre alors d’une grande sensibilité aux stress, réagit émotionnellement à la moindre perturbation. Cette hyperémotivité s’exprime par des manifestations variées dont elle n’a plus le contrôle.

Hyperémotivité et maladie de Parkinson

Le traitement anti-parkinsonien permet un apport dopaminergique qui vient booster différentes aires du cerveau dont la zone limbique d’où une éventuelle hypersensibilité émotionnelle liée à cet apport médicamenteux et non à une fragilité psychologique de la personne ! La situation est telle que les malades qui souffrent de ce genre de troubles tardent à en parler et en priorité les hommes qui supportent encore moins de devenir sensibles.

En clair, l’hyperémotivité constatée chez la personne qui souffre d’une pathologie parkinsonienne est en principe liée à la médication. Qu’on se le dise et qu’on le dise car nous pouvons ainsi largement rassurer le sujet et son entourage. En effet, en l’absence de connaissance de cet état de fait, le réflexe est en principe de faire le lien entre hyperémotivité et dépression. Et, comme je le dis souvent, c’est particulièrement déprimant de s’imaginer pleinement responsable de sa propre dépression. Alors que quand on apprend qu’un médicament peut en être responsable, c’est plutôt rassurant, anti-déprime même.

L’analyse doit être la même par rapport à d’éventuels comportements déviants d’addictions au jeu et/ou au sexe liés cette fois à l’hyperstimulation dopaminergique de la zone frontale.

Un ajustement médicamenteux par le neurologue améliore en principe ces soucis d’humeur (au sens psychiatrique du terme) car tous les parkinsoniens ne réagissent pas de la même manière par rapport notamment à certains agonistes dopaminergiques (Requip, etc.).

Quand la LSVT® fait son marché

février 20, 2017 - 2:21 No Comments

La maladie de Parkinson se caractérise par une rétraction neuro-musculaire plus ou moins importante, une hypertonie notamment axiale, donc de la sphère haute pouvant entraîner une discordance pneumo-phonique par perte de l’amplitude de différence entre la tension et la détente, la base même de l’harmonie gestuelle. Seulement, on a tendance à oublier la prise de conscience du relâchement en ne s’axant que sur le renforcement alors que l’hypertonie est déjà trop forte.

Tout le monde parle de la LSVT® parce que cette méthode américaine fait une pub d’enfer.
Or il semble qu’elle oublie un élément essentiel pour améliorer le mouvement : la prise de conscience du relâchement neuro-musculaire, la diminution des réactions paratoniques, la relaxation psychomotrice (*). Encore faut-il avoir une formation sur ce plan mais c’est ce qui semble manquer aux formateurs de cette méthode qui au passage ne réservent leur programme qu’à ceux qui auront suivi leur formation moyennant finance (**).

J’ai longtemps enseigné la maladie de Parkinson au centre de formation en orthophonie à Nantes et je dois dire que la façon de la LSVT® de transmettre un savoir qu’aux seuls initiés (attitude louable sur le plan commercial, me direz-vous) en verrouillant de manière si habile toute diffusion me pose un sacré problème eu regard de notre éthique européenne, de notre façon de concevoir la transmission du savoir pour la santé de tous. Observez l’organisation marketing de la méthode et vous verrez que tout est parfaitement rôdé sur ce plan mais à mon sens business et santé ne font pas bon ménage.

Je veux bien entendre que la méthode LSVT® ne met pas le profit au premier plan mais encore faudrait-il que les tenants de cette technique m’en apporte la preuve… en me montrant au détail leur programme de formation par exemple.

Je veux bien qu’il faille une formation pour s’initier à une technique, il n’en demeure pas moins que ceux qui se retrouvent sur la liste de formation après seulement 12 heures d’initiation et qui recrachent au bassinet au bout de deux ans maximum pour rester sur la liste des techniciens LSVT® ne se transforment pas pour autant en seuls spécialistes de la maladie de Parkinson.

En clair, arrêtons de tout faire tourner autour de la LSVT®. Il y a bien d’autres approches tout aussi intéressantes, même si elles font moins de tapage pour se mettre en haut du panier.

De grâce, chers collègues, méfiez-vous du miroir aux alouettes, ne tombez pas dans le travers de l’hyper-technicité. Je ne voudrais pas que vous souffriez de « monométhodose infectieuse » (***) en vous cachant derrière un protocole de soins qui transforme le patient non pas en sujet mais en objet de traitement, même si c’est sécurisant puisqu’en cas d’échec on peut toujours se rassurer en disant que c’est le patient qui ne s’est pas adapté à une technique qui a fait ses preuves d’efficacité, courbes à l’appui. La bonne aubaine quand on sait qu’il y a autant de parkinsoniens que de maladies de Parkinson !
Mais alors pourquoi les courbes de résultats montrent une efficacité de la méthode LSVT® ? Tout vient de la rééducation intensive. Créez n’importe quelle méthode sur le plan neuro-moteur basée sur le conditionnement intensif et vous obtiendrez rapidement des résultats tangibles. Ce n’est pas un scoop.
Il est vrai que le reconditionnement de la mobilité de la sphère haute a toute son importance (parfois vitale) dans le cas de maladie de Parkinson et j’ai confiance dans n’importe quel orthophoniste ou autre professionnel intéressé par cet engagement thérapeutique, formé à la méthode LSVT® ou autres approches, peu importe pourvu qu’on s’intéresse au sujet (et non à l’objet) présent dans le cabinet.

En tant que professionnel de santé et après plusieurs années d’enseignement de la maladie de Parkinson, je me dois de réagir.
Mais que tout soit bien clair : je n’ai rien contre le fait de dynamiser le potentiel moteur, bien au contraire. C’est même vital dans certaines situations comme pour limiter, par exemple, les risques de pneumopathie d’inhalation. Mais il faut un contrôle averti et je me dois de dire que la LSVT® commence vraiment à me gonfler (principalement dans sa démarche commerciale).

Le plus dramatique est de savoir qu’un syndrome plus ou moins frontal pousse certains parkinsoniens à imaginer qu’une seule méthode peut suffire à les amener à une amélioration. Il y a une certaine logique face à la situation de dégradation du potentiel, mais il serait bon et sain de ne pas en profiter commercialement en laissant croire que la seule issue est d’utiliser LA méthode qui a le vent en poupe. Il en est de même du côté des professionnels de santé qui, même dans le cas de recherche d’augmentation du nombre de patients, ont tout intérêt à ne pas se contraindre à une seule méthode de travail. Il en va de leur crédibilité professionnelle et de leur adaptation à la singularité de chaque patient. CQFD.

(*) une prise en charge psychomotrice peut répondre à ce besoin mais qui en a l’idée ?…

(**) Voici ce qu’étaient les tarifs de formation LSVT® LOUD (destinée aux orthophonistes) les 13 et 14 octobre 2016 à Paris (pour seulement 12 H 30 en deux jours) :

-> 595 € pour les petits nouveaux (pas 599 c’est réservé au domaine commercial, voyons ! Mais pas 600 non plus, c’est trop cher.)

-> 310 € pour la personne déjà certifiée pour pouvoir rester sur la liste de certification qui n’est valable que pour deux ans !
[Les tenants de cette méthode :
- soit pensent que les stagiaires ont des pertes importantes de mémoire (une perte de plus de 50% en deux ans, c'est mathématique),
- soit proposent plus de 50 % de nouveautés tous les deux ans (c'est mathématique),
- soit veulent que les certifiés crachent à nouveau au bassinet pour conserver l'estampille LSVT® mais ce serait être mauvaise langue que de l'imaginer.]

-> 410 € pour les étudiants (un rabais s’impose mais papa-maman peuvent peut-être payer).

Il faut dire que maintenant il existe aussi la LSVT® BIG pour les kinés (et ergos) dans les mêmes conditions d’organisation. La démonstration que j’ai vue hier s’apparente au taï-chi-chuan sans en porter le nom ; une présentation si mécanique occultant sa source essentielle de respiration et de détente mais c’est vrai que c’était une présentation très rapide…
Je me demande si on ne va pas nous pondre la même chose à destination des orthoptistes, des neuro-psychologues, des psychomotriciens, etc. (si ce n’est déjà fait) toujours avec l’idée d’une rééducation intensive avec évidemment l’estampille LSVT®. D’autres méthodes ont déjà brûlé ainsi leurs ailes par le passé. Permettez-moi de taire leur nom…

(***) C.f. : le billet suivant :
la monométhodose infectieuse

« Cause idiopathique « => cause psychologique ? C’est pas automatique.

octobre 27, 2016 - 9:41 No Comments


« Il n’y a pas de vérités premières :
il n’y a que des erreurs premières »
Gaston Bachelard (1884-1962)

Qu’est-ce qu’une « cause idiopathique » ?

La médecine, notamment occidentale, essaie toujours de garder la tête haute en évitant de se montrer impuissante face à certaines pathologies. Elle peut utiliser des termes très scientifiques et surtout très hermétiques pour expliquer la cause comme « idiopathique », plus court mais aussi plus pompeux que « dont on ne connaît pas la cause »… D’où la pirouette de l’expression « cause idiopathique » utilisée dans le titre : on vous donne au-moins une réponse logique sur une question fondamentale. En quelque sorte, le médecin vous dit : « je connais la cause, c’est une cause inconnue ! » ;)

Et la cause psychologique ?

Une autre arme infaillible est de rendre responsable le malade de son propre trouble en lui annonçant que la cause est psychologique, histoire de se défausser en tant que professionnel du soin et de retourner le patient contre lui-même, ce qui risque de ne pas arranger les choses mais qui offre l’avantage d’être « scientifiquement vraisemblable ».
En effet, on peut scientifiquement dire, par exemple, que tout le monde est plus ou moins stressé, que sur une échelle de 0 à 10, le curseur mis sur 0 est impossible (hors décès). De plus, il est vrai que le mauvais stress n’arrange jamais la santé, tout le monde le sait : un boulevard de vérité dans la recherche d’une réponse scientifique, fiable.

Ceci étant, le médecin qui annonce qu’un problème par exemple de peau est lié au stress, s’assure de dire une lapalissade du moins tant qu’il n’ajoute pas le mot « psychologique ».
Tout le monde sait que la peau (organe le plus important du corps humain) est très sensible au stress : le coup de soleil est, par exemple, lié au stress,… celui des rayons du soleil.

Heureusement, le bon sens pousse le plus souvent le médecin à éviter de dire de façon directe que le problème est psychologique, ce qui ne l’empêche pas de prescrire éventuellement une médication qui va dans ce sens. Il sait trop bien qu’il n’a pas intérêt à condamner psychologiquement son patient s’il veut le revoir.

Ceci étant, bien des pathologies ont certainement une cause première psychologique (j’avais lu un jour 5/6 des consultations médicales mais je me suis toujours demandé sur quelle base scientifique on avait pu s’appuyer pour déterminer cette proportion, alors contentons-nous de supposer : beaucoup !).

Il est cependant malvenu de dire qu’une pathologie idiopathique est liée au stress psychologique. Mais pourquoi ?

Il y a au-moins deux bonnes raisons :

1 – Tout bêtement d’abord parce qu’elle est idiopathique. Il n’y a donc rien de scientifique dans ce genre d’affirmation. On ne peut pas certifier le supposé, c’est une lapalissade, je vous le dis.

Bien sûr, certains pourraient rétorquer que le stress psychologique peut être à la base de désordres organiques. C’est vrai mais, tant qu’on n’a pas de preuves, bien malin est celui qui peut certifier l’origine d’un trouble, qui de l’œuf ou de la poule est venu le premier. Certifier une théorie plutôt qu’une autre, c’est se perdre dans les méandres de l’incertitude. Après tout les théories ne soumettent que des hypothèses et non des certitudes. Il faut s’en servir pour avancer mais en aucun cas s’enfermer dans un préjugé. De plus, il ne faut pas confondre ce qui engendre un trouble et ce qui peut l’entretenir.

2 - Il faut savoir aussi que, face à des troubles dont on ne connaît pas la cause, il est malvenu, et même surtout néfaste de dire que c’est psychologique.
Pourquoi ?
Annoncer au patient, surtout incidemment sans voie d’accès vers une solution, qu’il est responsable de son propre trouble n’arrange rien, bien au contraire, sauf peut-être pour celui qui l’annonce au malade. Une manière d’écarter d’un revers de main son propre engagement face à la pathologie pour le médecin qui laisse sortir le patient avec le sentiment coupable d’avoir créer lui-même son trouble.

Un exemple : l’ulcère de l’estomac

La médecine a eu les yeux embrumés pendant bien longtemps devant les ulcères de l’estomac, se contentant de dire que cette pathologie était liée au stress et prescrivant au passage des anti-stress au risque d’augmenter le problème.
Puis en 1981, on s’est aperçu qu’une bactérie, l’helicobacter pylori, était presque toujours la vraie responsable. Aujourd’hui, en combattant cette petite bébête, 90 % des ulcères sont traités sans récidive…

Tous les stress ne sont pas psychologiques et la cause psychologique, c’est pas automatique ! CQFD

Quand l’enfant lit ou écrit en miroir

mai 16, 2016 - 6:22 No Comments

Les perceptions et productions en miroir sont fréquemment observées notamment par les psychomotriciens qui sont amenés à suivre ce genre de troubles. Ce n’est pas un gros problème sur le long terme car ces enfants s’en sortent toujours à partir du moment où il n’y a pas de troubles associés qui cristallisent le phénomène (manque de confiance, etc.). Il est donc très important que les adultes qui s’occupent de l’enfant n’aient pas une démarche de focalisation sur le trouble, tout au plus des moyens pour fixer la perception (ex : «b » comme bébé dans le ventre de la maman… à condition de repérer le sens de lecture, etc.).

Le pédagogue ne doit en aucun cas :
- amener ces enfants à travailler les lettres miroir dans le même moment car ils ont justement cette plasticité de voir les lettres en miroir (il ne faut réserver cette démarche que dans le suivi rééducatif et encore avec beaucoup de doigté),
- dire que « la lettre est à l’envers », pour la même raison.
En clair, il faut amener l’enfant trop doué pour voir les formes en miroir à ne plus reconnaître la symétrie des formes (exactement comme l’adulte qui est obligé de réfléchir pour constater que 3 et ɛ sont les mêmes formes). On ne lui a jamais appris cette symétrie et c’est tant mieux.

Moralité : apprendre c’est aussi désapprendre : qu’un triangle ait la pointe en haut ou en bas, nous disons toujours que c’est un triangle mais ce n’est pas le cas pour les chiffres et les lettres.
L’enfant doit s’y conformer aussi psychologiquement : si un enfant me dit qu’il a fait un chiffre ou une lettre à l’envers, je lui réponds : « non, c’est un gribouillis ! » ou s’il me dit qu’il a fait son 3 à l’envers, je lui dis la réalité : il vient d’écrire une lettre grecque (le « 3 à l’envers » n’existe pas dans notre code de lecture ….)

Adaptation pédagogique pour dyslexique (liste de recommandations)

février 7, 2016 - 8:11 No Comments

Je viens de faire cette liste de recommandations que vous pouvez copier avant de la transmettre aux personnes intéressées (enseignants, professionnels de santé, parents… ) dans le but d’adapter la pédagogie face aux troubles dyslexiques et dysorthographiques.
Cette liste peut être adaptée à chaque enfant et adolescent. Mais dites-moi si j’ai oublié quelque chose d’essentiel. Merci ! :

Lecture :

- Ne pas lui imposer une lecture à haute voix en classe.
- Donner à l’avance les textes longs qui pourront être lus en lecture accompagnée.
- Modifier l’écrit (grande police claire et aérée en Calibri ou Arial 14 au moins, codes couleurs, etc.)
- Privilégier la lecture silencieuse ou du moins lui laisser le choix pour qu’il puisse mieux se fixer sur la compréhension.
- Laisser un temps suffisant pour la lecture des consignes.
- Autoriser le suivi avec le doigt ou le recours au cache.
- S’assurer que toutes les données écrites sont lues et comprises.
- Lire à sa place certains mots ou certaines phrases plus complexes.
- Reformuler aux besoins certaines phrases.

Production écrite :

- Proposer des exercices à trous et/ou moins longs et/ou plus simples, des QCM, etc.).
- Encourager les phrases simples en rédaction pour gagner en clarté et en réussite (les structures morphosyntaxiques complexes augmentent le nombre de fautes d’orthographe et les erreurs de formulation).

Contrôle des connaissances :

- Lui donner les énoncés pré-écrits.
- Lui lire les consignes à l’oral et reformuler au besoin.
- Privilégier le contrôle oral des connaissances en laissant de côté le contrôle écrit dès que possible.
- Accorder un 1/3 temps supplémentaire ou diminuer d’1/3 le travail de lecture et/ou d’écrit.
- Être moins exigeant par rapport à l’orthographe en dehors de la dictée adaptée au handicap.
- Privilégier la notation sur le fond et être moins exigeant sur la forme.
- Privilégier le comptage des mots justes plutôt que le nombre de fautes.
- Privilégier la notation sur la capacité d’auto correction orthographique.
- Lui donner la photocopie des corrigés.

Globalement :

- Le placer à un endroit calme et facilitant son attention.
- Privilégier l’oral dès que possible quelles que soient les matières.
- Limiter le recopiage (dactylographies, écriture d’un tiers, photocopies, clé USB, mails, etc.).
- Utiliser des moyens facilitateurs (livres audio, plan de travail incliné, ordinateur, tablette, etc.)
- Vérifier la prise de notes et l’organisation (emploi du temps, trousse, matériel pédagogique, etc.).
- Noter le plan du cours au tableau et lui indiquer la marche à suivre.
- Alléger le travail notamment à la maison (pas de surcharge en compensation du handicap).
- Ne pas l’amener à se focaliser sur son handicap mais plutôt sur ce qu’il réussit et le valorise.
- Créer et entretenir un climat de confiance pour éviter sa dévalorisation, son épuisement et son découragement.

(Hubert COLOMBEL, psychomotricien-psychothérapeute-orthophoniste)

« Faire le boeuf »

décembre 25, 2015 - 12:40 No Comments

Je dis parfois aux personnes qui subissent des épreuves sans pouvoir trouver d’issue à la situation (tous les désagréments relationnels : violences, harcèlements, moqueries à l’école, à la maison, au travail ou ailleurs, …) de « faire le bœuf ». (*)

Par cette formule, je veux inciter la personne à tracer son chemin sans se laisser perturber par l’environnement, non pas par résignation et encore moins par soumission mais pour son propre équilibre, pour son mieux-être présent et l’épanouissement de son avenir, une façon de se centrer sur soi pour ne pas sombrer mais au contraire se renforcer, tirer profit de la situation déséquilibrante, faire preuve de résilience (**) en somme. Cette attitude impose tôt ou tard le respect à partir du moment où la personne ne se laisse pas perturber par des comportements plus ou moins pervers, en tous les cas perturbants.

C’est cette puissance de vie axée sur un processus d’évitement et non d’inertie qui inspire le respect. Imperturbable, le sujet « fait le boeuf » en traçant son sillon avec force et détermination.

Il ne faut évidemment « faire le bœuf » que quand on sait qu’une réaction de défense n’apporterait rien, voire aggraverait la situation.

Et il ne faut pas oublier que c’est en s’occupant d’abord bien de soi-même qu’on peut s’adapter et s’occuper mieux des autres.

Cette image du bœuf me vient de ma plus tendre enfance :

Émile, un voisin qui avait une petite ferme, utilisait un bœuf pour tirer sa charrue. Je savais que j’avais en face de moi un tableau particulier et devenu très rare en cette période. C’était autour des années 60. Je n’ai jamais vu ailleurs ce genre de chose.

J’étais en admiration devant cette masse corporelle en mouvement, si harmonieuse, puissante, calme, constante et efficace, un peu en contradiction par rapport au cheval qui, attelé devant lui, l’accompagnait dans l’effort avec un peu plus de fougue. Ce cheval était utile surtout en bout de champ pour donner un coup de collier et permettre au soc de sortir de terre. En effet tous ceux qui comme moi (peu nombreux à présent) ont charrué avec des chevaux savent qu’un petit emballement en bout de parcelle facilite la remontée du soc en surface avant de faire demi-tour pour tracer le sillon suivant.

Ce bœuf me donnait l’impression d’être imperturbable et Émile n’avait même pas besoin d’aiguillon ou de fouet pour le faire avancer. L’animal savait parfaitement ce qu’il devait faire et le faisait simplement, à son rythme, si bien que la « collée » (partie de terre retournée par le versoir de la charrue) était particulièrement rectiligne, régulière, parfaite. Il savait qu’il lui fallait faire cette tâche et s’y attelait placidement. Je suppose qu’Émile en était fier et le respectait.

(*) « faire le boeuf » : ne pas confondre avec « faire un bœuf », expression venant du restaurant parisien « Le bœuf sur le toit » et signifiant improviser un morceau de musique.

(**) résilience : terme issu de la physique des métaux. Elle correspond à la capacité pour le métal de retrouver sa forme d’origine. Ce terme a été repris en psychiatrie : la résilience d’une personne correspond à la capacité de maintenir, de retrouver et même de développer sa forme mental malgré les cabosses physiques et/ou psychologiques de la vie.

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Rosa Bonheur – Labourage nivernais (1849)

(Ce grand tableau visible au musée d’Orsay m’impressionne par son réalisme mettant en lumière jusqu’au moindre détail la noblesse de ces bœufs au labour)