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Méthode globale vs méthode syllabique et autres polémiques

janvier 24, 2015 - 7:01 No Comments

Ah ! Ce débat qui dure depuis si longtemps entre les méthodes d’apprentissage de la lecture ! Faut-il utiliser une méthode syllabique, globale ou mixte ?

Si nous laissons l’enfant découvrir seule les lettres, les mots et les phrases, il procède par approche, fait des associations comme pour un puzzle. Il ouvre son potentiel cérébral pour apprendre : son cerveau gauche associe les lettres pour faire un son, son cerveau droit regarde globalement pour pouvoir lire les structures particulières comme « femme », « monsieur », etc.
L’enfant a donc besoin de ses deux hémisphères cérébraux pour pouvoir lire correctement. C’est tellement simple et logique. Tout spécialiste du langage le sait. Mais des hurluberlus se croyant plus fins que les autres ont voulu faire croire qu’en utilisant une méthode globale les enfants apprendraient plus facilement à lire. Une croyance de pseudo-chercheurs qui n’ont avancé et imposé leurs arguments que de manière empirique, un peu à la manière d’un mécanicien qui ne saurait pas comment fonctionne un moteur, qui se contenterait de tourner la clé de contact et d’écouter le bruit des pistons en vociférant si par malheur le moteur se mettait à tousser, prétextant que c’est dû à l’état des pneus ou pire de la route.
Vous avez compris que, dans cette image, le moteur représente le cerveau de l’enfant, la clé de contact la pédagogie utilisée, les pneus et la route tous les arguments farfelus pour expliquer l’échec de lecture (évolution sociale, facteurs environnementaux, j’en passe et des meilleurs…).
À vrai dire, il y a peu de liens entre la recherche pédagogique, menée par l’Éducation Nationale et tout autre forme de recherche scientifique. Il n’y a qu’à voir le regard en biais tourné vers ceux qui ont osé par exemple faire une formation en sciences de l’éducation ou autre sciences parallèles avant de s’orienter vers l’enseignement pour se rendre compte du phénomène de l’État dans l’État. Le mammouth porte finalement bien son nom.
Les grands pontes de l’Éducation Nationale ont pour habitude de ne pas écouter les chercheurs et praticiens qui ont justement le nez dans le moteur (recherches médicales, neuro-psychologiques, etc.), prétextant sans doute qu’eux seuls savent faire dans le domaine des apprentissages. Peut-être aussi ont-ils trouvé dans le fait d’imposer la méthode globale (et semi-globale) un intérêt personnel au détriment de l’intérêt collectif : gagner de l’argent en mettant au rebut les anciennes méthodes syllabiques très critiquées pour distribuer sur l’ensemble du territoire leurs nouvelles méthodes.
D’autre part, pour apprendre les phonèmes vous pouvez constater que pratiquement toutes les méthodes de lecture présentent un déroulement d’apprentissage hasardeux qui ne tient pas compte des classes phonémiques. Quand je vois qu’à la page 10, on vous isole déjà un phonème occlusif comme le P sans avoir isolé avant toutes les voyelles orales, les fricatives et les liquides, je me dis que la méthode est bonne à mettre à la poubelle. Pourquoi ? Parce que les occlusives explosent dans la bouche et ne peuvent donc pas être maintenues pour permettre à l’enfant d’entendre et d’isoler le son. À chaque fois que je l’ai expliqué à des enseignants, ils ouvraient des grands en me disant qu’on ne leur avait jamais appris la chose. Comme quoi, on ne doit pas leur jeter la pierre. Mais à leurs formateurs…
Je me souviens avoir été surpris de découvrir un déroulement d’apprentissage structuré phonétiquement en feuilletant la méthode Ratus. J’ai aussitôt regardé qui étaient les auteurs : un couple dont la femme est… orthophoniste (confidence d’oreiller n’est-ce pas… ). Pourquoi n’y a-t-il pas d’ailleurs une formation spécifique pour les enseignants du cycle des apprentissages fondamentaux ? Ils pourraient développer des compétences en phonétique et éviteraient peut-être ainsi de présenter les signes phonétiques pour laisser croire qu’ils les maîtrisent alors qu’ils ne font que perturber les élèves qui ont déjà bien du mal avec les phonèmes et les lexèmes. D’autres aides comme les gestes de Mme Borel-Maisonny sont bien plus efficaces pour capter l’attention sur la cible phonétique. Il serait bon d’ailleurs que les méthodes actuelles qui s’en inspirent puissent avoir la décence de mettre Mme Borel-Maisonny en référence au lieu de la pomper allègrement parfois en prenant quelques libertés hasardeuses par rapport aux gestes.
L’enseignement français souffre du « pédagogiquement correct ». Si par malheur un enseignant sort de la ligne tracée, il se fait taper sur les doigts ayant au-dessus de la tête une épée de Damoclès, l’inspection de son travail. Il est peut-être diplômé mais on ne lui fera pleinement confiance que lorsqu’il partira en retraite.
Je ne porte ici aucun jugement sur les enseignants qui font l’un des plus beaux métiers du monde. Certains pensent sans doute comme moi sans pouvoir l’exprimer, de peur de s’attirer les foudres de leurs supérieurs et d’être ainsi moins bien noté car si les enseignants notent les élèves, il faut savoir qu’ils sont aussi notés…

Vous pensez que j’exagère alors regardez cette expérience :

Pour une refondation de l’école guidée par les enfants : Céline Alvarez at TEDxIsèreRiver

Et pour savoir ce que l’Éducation Nationale en a fait cliquez sur la ligne suivante :


Céline Alvarez démissionne

Autre info intéressante et anecdotique :

Vous ne saviez peut-être pas que nous sommes historiquement passé de l’ »Instruction Publique » à l’ »Éducation Nationale » le 3 juin 1932, un glissement sémantique qui n’a pas pour autant conduit à une formation d’éducateurs. On ne demande d’ailleurs aux enseignants que de bien instruire les élèves ou alors il leur faudrait une formation plus poussée sur la psychologie de l’enfant et ce ne serait pas un mal.
Mais vous saviez sans doute encore moins que le gouvernement de Valery Giscard d’Estaing avait supprimé l’épithète « Nationale » pour ne garder que l’appellation « Ministère de l’Éducation » par souci d’européanisme. Intéressant n’est-ce pas ?