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Comment agir avec un enfant tyran ?

novembre 26, 2018 - 2:59 No Comments

1 – Préambule

Dans le but de constituer un dossier sur le sujet, le journal Ouest-France me propose de répondre à la question suivante :
« comment agissez-vous avec un enfant tyran ? »

…. Un sujet intéressant et bien dans l’air du temps car il semblerait que ce genre d’enfants soient plus nombreux que par le passé.

Si je m’appuie sur mon expérience professionnelle, je ne peux que le confirmer. Je rencontre depuis une bonne quinzaine d’années davantage d’enfants tyrans (et aussi d’enfants rois).

2 – Comment expliquer l’augmentation du nombre d’enfants tyrans ?

Chacun peut développer sa théorie pour tenter d’expliquer le phénomène. Ce n’est pas si simple mais il faut au-moins observer les éléments suivants :

A – La modification des interactions sociales

Certains professionnels s’appuient exclusivement sur le changement social. Il est vrai que l’enfant actuel est bombardé de sollicitations diverses bien plus que par le passé à partir de supports nombreux, variés et surtout chacun peut se servir à sa guise ce qui est nouveau (d’où les expressions nouvelles de « zapping », de « chat », de « e-commerce », etc.).

La « génération bouton »

C’est ainsi que j’ai toujours appelé la génération Y (celle qui est née entre 1980 et 2000) car elle a grandi avec un environnement de boutons sur des supports variés permettant d’accéder à tout et n’importe quoi. C’est la génération de mes propres enfants. Ce sont eux qui m’ont appris à bidouiller avec les boutons du clavier d’un ordinateur et autres appareils plus ou moins complexes sans trop chercher à réfléchir et surtout sans lire une notice pour sortir d’une impasse.

La « génération slide »

J’appelle ainsi la génération Z actuelle car non seulement elle accède à sa guise mais en plus elle zappe, elle peut passer facilement à autre chose d’un coup de doigt sur un écran, d’un claquement de doigt en somme.

L’accès facile à de nouvelles données est telle qu’en cas de problème (beaucoup moins fréquent qu’au début de l’avènement des nouvelles technologies), c’est le drame et l’incompréhension car cette génération Z est moins conditionnée aux erreurs et frustrations.

L’occupation devient hyperactive, interactive et variée sur de nombreux supports ce qui n’empêche pas, par ambivalence, la fixation monothématique jusqu’à plus d’heure sur un écran pour naviguer, jouer ou dialoguer…

Cependant cette nouvelle génération ne crée pas pour autant exclusivement une population réagissant mal aux frustrations. La jeunesse actuelle n’est pas pour autant exclusivement constituées d’enfants ayant développé des mauvais penchants pour devenir tyrans, rois ou je ne sais quoi encore. Il faut chercher aussi d’autres raisons à la multiplication de ces travers comportementaux :

B – La modification du modèle parental

Il ne faut pas oublier qu’une personne construit sa personnalité à travers le regard des autres, l’enfant à travers notamment le regard des personnes chargées affectivement, donc au premier chef de ses parents.

Au long de ma vie professionnelle, j’ai pu observer un réel changement dans l’organigramme familial.

Pour se construire harmonieusement, l’enfant doit logiquement trouver en face de lui une charge affective à la fois maternante et paternante. C’est dans ce cadre qu’il pourra s’adapter au monde qui l’entoure. De plus, il ne faut pas oublier que, quand le cadre est bien tracé, l’enfant se sent en sécurité à l’intérieur et développe moins d’angoisse car il peut beaucoup plus facilement repérer son champ de liberté et les limites. Pour cela, il faut donc lui laisser une liberté à l’intérieur du cadre de vie, lui créer en quelle sorte une forme de « forteresse dorée » (pour ne pas dire « prison dorée ») sécurisante et adaptée au monde qui l’entoure.

Le partage des rôles parentaux s’équilibre le plus souvent de la manière suivante : la mère est surtout maternante mais aussi paternante et le père surtout paternant mais aussi maternant. Bien évidemment, en cas de rôles inversés ou en présence de parents du même sexe ou encore dans une famille monoparentale, l’équilibre est tout aussi possible mais à la seule condition qu’il y ait à la fois un regard maternant et paternant sur l’enfant.

Or, ces derniers temps, dans notre société occidentale, l’image du père s’est modifiée, une évolution qui fait sans doute écho à l’émancipation de la femme et de la mère. C’est logique. Mais ce glissement conduit certains pères à l’abandon de leur rôle paternant. Le pire est quand ils ne savent pas comment agir ou s’installent dans l’ombre de la mère qui arrivent alors à dire une phrase du style : « pourtant, je l’ai dit à mon mari qu’il doit agir de cette façon ! » .
Je peux comprendre qu’une mère puisse s’exprimer ainsi dans mon bureau pour analyser ensemble la situation, mais lorsque c’est dit devant l’enfant, on est garanti que l’autorité paternelle se trouve particulièrement fragilisée. De plus, quand on connaît un peu la psychologie de l’homme et le point de vue psychanalytique, on se dit qu’il y a un sacré malaise.

Je n’entendais jamais ce genre de choses il y a trente ou quarante ans. On ne se permettait pas de mettre en cause l’autorité du père. Je ne dis pas que c’était mieux avant mais au-moins l’enfant ne risquait pas de sortir du cadre de son statut d’enfant.

L’un de mes professeurs de psychiatrie, le Dr Bruno Castets, disait que si l’enfant voit un désaccord du couple dans la conduite à tenir pour son éducation, il s’engouffre dans la faille (ce mot étant le titre de l’un de ses livres) ce qui le met dans une position de force. Et c’est ainsi qu’il peut devenir un parfait tyran (l’homophone « tirant » pourrait ici aussi convenir car l’enfant tire les ficelles comme bon lui semble et déstabilise d’autant plus les parents puisqu’ils n’accordent pas bien leurs violons).

Il y a trente ou quarante ans j’entendais plutôt certaines mères dire à leur enfant : « arrête, sinon je vais le dire à ton père ! »
Ce n’était pas mieux car elle détruisaient leurs propres capacités paternantes mais au-moins un cadre d’autorité était observé.

Que faire ?

Tous les enfants ne réagissent pas de la même manière face au même type de communication. Il faut donc s’adapter, trouver la bonne façon d’agir pour les amener à avoir un comportement adapté.

Les grandes lignes d’attitude face à l’enfant qui se comporte comme un tyran doivent être connues. Pour le reste, il ne faut pas chercher une recette mais s’adapter à chaque cas particulier.

L’enfant quel qu’il soit a construit au fil du temps une mémoire de communication chargée de souvenirs positifs et négatifs. Il agit et réagit en fonction de cette mémoire et de l’interlocuteur. C’est ce qui fait la complexité et l’intérêt de toute forme de communication. C’est ce qui me passionne aussi professionnellement parce que ce n’est pas simple.

Dans une interaction, il y a au-moins deux acteurs et chacun ne sait pas à l’avance comment l’autre va se comporter. C’est aussi pourquoi nous communiquons et y trouvons un intérêt. Nous allons chercher chez l’autre ses réactions. Et comme le disait Paul Watzlawick : « on ne peut pas ne pas communiquer« . Même le silence est une façon de répondre. Il faut s’adapter à chaque personne et à chaque instant. Or, en dehors des professionnels dans ce domaine, ce n’est pas appris à l’école. Alors chacun agit et réagit en fonction de sa personnalité, de ses impressions, de son histoire, de son statut, de son environnement, de ses lectures (pas toujours d’un niveau suffisant ou réductrices), etc.

L’enfant n’est pas un ange

Tout d’abord, il faut savoir qu’un enfant n’est pas un ange et qu’il ne doit pas l’être si nous voulons qu’il soit adapté au monde. Freud voyait l’enfant comme un « pervers polymorphe » , non pas comme un sujet malsain mais comme quelqu’un qui cherche à se satisfaire pour pouvoir exister. Sa personnalité doit en fait s’affirmer au fil du temps mais dans le respect mutuel.

Un enfant qui se présente comme un tyran doit saisir en premier lieu qu’on cherche à le respecter mais qu’il doit agir de même. On peut espérer qu’il pourra avancer dans ce sens par effet miroir.
Et vous pensez bien que, dans mon approche thérapeutique, si je suis devant un couple de parents qui n’est pas en harmonie au niveau des conduites à tenir par rapport à l’éducation, je cherche à les rencontrer tous les deux pour mettre en place une cohérence. Je leur dis alors que leur enfant doit être devant trois personnes : deux personnes physiques (le père et la mère avec leur personnalité propre qui doit être respecté) et une personne morale (le couple qui doit être cohérent). Un enfant peut être plus facilement tyran devant une personne physique que devant une personne morale cohérente qui insuffle la notion de respect mutuel.

La place du père

Il me faut souvent faire des ronds de jambes pour amener le père à prendre conscience de son rôle très important face à son enfant tyran. Il peut être d’abord sur la défensive, ce qui est logique car il a peur de perdre encore plus son image de père garant de stabilité. Il me faut d’abord le rassurer pour montrer que le but n’est pas de pointer du doigt des erreurs du passé mais de construire le présent et l’avenir, de donner de l’importance au père. Quand on connaît un peu la psychologie de l’homme, lui donner de l’importance le glorifie. En tant que soignant, nous pouvons partir de ce précepte pour l’amener développer les meilleurs attitudes face à l’enfant.

Ne pas oublier que l’enfant a un besoin vital de reconnaissance. Il ne peut vivre sans rapports affectifs, bons ou mauvais, peu importe. Il met tout dans le même panier. Or, un enfant tyran prend toute la place dans la famille. Ses mauvais comportements sont systématiquement pointés du doigt. C’est ainsi qu’il est reconnu et là, il l’est parfaitement. Il ne peut et ne veut surtout pas s’en défaire de peur de ne plus être reconnu. Conscient de cet état de fait, les parents peuvent apprendre à inverser la donne en se désintéressant des mauvais travers de l’enfant et en s’intéressant aux bons.

Il ne s’agit pas de rejeter l’enfant mais de rejeter certains de ses comportements, une nuance essentielle.

Conclusion

Ce n’est pas l’enfant tyran lui-même que nous devons rejeter : ce serait lui donner encore plus d’importance et il risquerait de renforcer encore plus son image de tyran pour pouvoir exister.

Ce n’est que le comportement de tyran que nous devons rejeter, non pas en le combattant mais en nous y désintéressant à partir du moment ou l’on sait que l’enfant est bien informé sur le fait que, si nous rejetons ce genre d’attitude, nous ne le rejetons pas lui-même pour autant.

Pour finir, ne jamais dire qu’un enfant est tyran parce que les parents l’éduquent mal car ce n’est pas toujours vrai. Il y a juste des enfants plus difficiles que d’autres. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas des clones, c’est tant mieux et c’est ce qui fait le charme de la communication.

Propos sur la dopamine, l’apomorphine et la morphine

novembre 17, 2018 - 6:15 No Comments

Certains patients souffrant de la maladie de Parkinson portent une pompe à apomorphine, cette molécule étant administrée par voie digestive.

En tant que chercheur et praticien notamment spécialiste en neuro-stimulation, le Professeur Marc Vérin (*) constate qu’actuellement c’est la pompe à apomorphine qui semble la plus efficace quand on a épuisé tous les autres moyens de traitement de la maladie de Parkinson. Il l’explique par le fait que cette molécule a une formule chimique (C17H17NO2·HCl·1/2H2O) proche de la dopamine (C8H11NO2) [et donc de la lévodopa (C9H11NO4) qui en est son précurseur et qui entre dans la composition de médicaments administrés par voie orale (Modopar, Sinemet, Stalevo)].

Finalement l’apomorphine est aussi assez proche de la morphine (C17H19NO3) (**), du moins peut-on imaginer une possible interaction entre les éléments si les deux molécules sont administrées.

Je l’ai expliqué assez récemment à une collègue orthophoniste qui s’étonnait des effets néfastes de la morphine donnée à l’un de ses patients portant une pompe à apomorphine. Je lui ai dit qu’il y avait certainement là un effet détonnant et qu’il fallait sans doute que les médecins se coordonnent par rapport aux prescriptions des uns et des autres sauf si la morphine n’était pas administrée sur le long terme. (N’étant pas un spécialiste dans ce domaine pointu, ce propos est à affiner avec des férus de la pharmacopée).

(*) Le Professeur Marc Vérin est chef du service de neurologie au CHU Pontchaillou de Rennes, spécialiste de la maladie de Parkinson, pratiquant notamment la neuro-stimulation. Il a créé et dirige une unité de recherche unique en France : «Comportement et Noyaux gris Centraux».

(**) En réalité, tout est une question de nuance et de réactions variables selon les porteurs de cette pathologie comme la plupart des produits prescrits et c’est bien le pourquoi chaque patient a son protocole de soin spécifique. Le médecin prescripteur doit apprendre à connaître les effets sur chaque patient pour affiner le traitement. Une tâche souvent ardue évidemment puisque, de plus, la maladie de chacun évolue et de façon particulièrement variable.