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Le tremblement essentiel vu de l’intérieur

février 8, 2019 - 10:41 No Comments

(Billet en cours d’élaboration. Que vous soyez ou non porteur de ce genre de tremblement, n’hésitez pas à laisser des commentaires ou des messages privés (en cliquant sur « contacts » tout la haut à droite dans la barre de tâche) pour contribuer à rendre le propos encore plus pertinent et surtout utile. C’est en tous les cas son but.)

Introduction

Je ne sais pas si le fait d’avoir toujours été gêné par un tremblement essentiel depuis mon jeune âge m’a amené à m’orienter vers mes choix professionnels mais ce n’est sans doute pas étranger. En tous les cas, je n’en avais pas conscience au début. Peu importe.

Par contre, rétrospectivement, je peux dire que mes formations m’ont finalement servi à mieux comprendre, à mieux combattre, à mieux accepter le trouble celui-ci m’a certainement aider aussi dans mon approche thérapeutique même en dehors de ce genre de pathologie.

Alors, en raison de cette double expérience endogène-exogène, je me dis qu’il peut être temps et utile que je donne, sans prétention aucune, un petit aperçu de ma vision sur le « tremblement essentiel vu de l’intérieur ».

Définition

Le tremblement essentiel (TE) est une pathologie du mouvement d’origine neurologique et génétique. Contrairement à d’autres formes qui se manifestent au repos, comme dans la maladie de Parkinson, celui-ci apparaît dans l’action et peut se manifester à n’importe quel endroit du corps, aussi bien au niveau distal (mains, pieds) qu’au niveau axial (tête), si bien qu’en fonction du niveau d’atteinte, il peut y avoir différentes formes de perturbations (écriture, articulation, voix, etc.)

Un trouble mal connu

Selon l’Aptes (*), « le diagnostic n’est porté que chez 25% des cas avant 40 ans ».

Le tremblement essentiel est si mal connu, et surtout si mal reconnu, que je ne connais pas de mot pour identifier le porteur de ce genre de trouble. On doit se contenter d’une expression du genre : « la personne porteuse d’un tremblement essentiel ».
Pour faire plus court et pallier ce manque, je parlerai du « tremboteur ». Pour ceux qui se demandent pourquoi je n’utilise pas plutôt le mot « tremblotant », je réponds que je préfère réserver celui-ci au tremblement de repos pouvant être observé (mais pas systématiquement, qu’on se le dise !) dans la maladie de Parkinson.
En clair : le porteur du tremblement essentiel est un « trembloteur » car son trouble apparaît dans l’action alors que le porteur de la maladie de Parkinson peut être « tremblotant » car son trouble est présent au repos. Inutile de préciser bien sûr qu’il n’y a rien de péjoratif en ces vocables personnels.

Ratio

Le tremblement essentiel est familial dans plus de la moitié des cas et atteint autant les femmes que les hommes parfois dès l’enfance.

Cause

Sa cause reste inconnue d’où le terme « essentiel » (**).
Même si nous avons observé une altération des cellules de Purkinje dans le cervelet chez plus de la moitié des cas, même si nous avons observé aussi des mutations génétiques (notamment au niveau du récepteur D3) dans 50 à 70% des cas, nous ne connaissons pas l’origine de ce genre de trouble.

Prévalence

Ce serait la pathologie neuromotrice la plus fréquente puisqu’elle concernerait 1 personne sur 200 (300 000 en France dont 10/100 de manière sévère) avec des degrés d’atteinte et d’évolution variables.

Je ne sais pas comment on a pu établir ce genre d’évaluation car il y a une grande disparité entre les signes invalidants et les manifestations légères qui échappent certainement aux statistiques. Des amalgames sont aussi possibles avec d’autres formes de tremblements (parkinsonien, psychogène ou liés à la consommation excessive de certaines substances : alcool, drogues, médicaments, café, etc.)

Les troubles légers non répertoriés

Si les cas les plus évidents peuvent être facilement quantifiés, il n’en est pas de même pour les perturbations plus légères. Un certain nombre de personnes ne savent pas qu’elles sont atteintes de cette pathologie. Et je suis sûr aussi qu’un grand nombre de médecins ne s’orientent pas vers ce genre de diagnostic, préférant se contenter d’imaginer autre chose comme une hypersensibilité d’autant plus qu’en dehors de troubles invalidants, ils pensent le plus souvent qu’il n’est pas nécessaire de donner un traitement.
Conclusion : le diagnostic d’un tremblement essentiel peu invalidant n’est pas fait. Et même en réalité tout est une question de niveau de perturbation car en fait tout le monde tremble mais… plus ou moins :

Le tremblement est à la base une réalité physiologique

Chez n’importe quel sujet, quand un muscle est contracté, il existe ce que nous appelons un tonus d’action caractérisé par un tremblement. Lorsqu’il est au repos nous parlons de tonus d’état objectivable toujours par un tremblement. C’est une réalité physiologique. La situation pathologique n’est qu’une augmentation voire une irrégularité de cette oscillation musculaire pouvant être objectivé en hertz. Alors que dans le tremblement de repos, observable dans la maladie de Parkinson, la valeur oscillera entre 4 et 8 Hz maximum, dans le tremblement d’action du TE la valeur se situera au-dessus (entre 8 et 12 Hz).

Diagnostic différentiel

Il faudrait pouvoir diagnostiquer le tremblement essentiel à partir de la présence d’un tremblement d’action en dehors d’une situation de stress. Ce n’est pas toujours évident si le sujet semble hyperémotif. N’a-t-il pas développé une hyperémotivité à partir de sa fragilité neuro-motrice ou inversement ? Tout est possible. Il peut y avoir une passerelle entre les deux. D’où l’importance d’un examen approfondi.

La science médicale a besoin de repères précis et de classements pour y voir clair et orienter en conséquence le soin. Mais elle sait aussi qu’il peut y avoir des associations de troubles, que la réalité de terrain n’est pas forcément aussi cloisonnée que dans un classement théorique.
Par exemple, un sujet peut avoir des manifestations parkinsoniennes au niveau d’un hémicorps et un tremblement essentiel de l’autre côté. De même, nous pouvons à la fois trouver des perturbations cérébelleuses associées à des indices psychogènes. Une manière de dire que chaque individu est un cas spécifique ce qui peut compliquer non seulement le diagnostic différentiel mais aussi la conduite à tenir pour améliorer la situation.

Déclinaison sémiologique

À mon sens, il faut un examen holistique pour :

- faire la part entre les tremblements pathologique et physiologique, celui-ci étant normal, seulement observable en fonction du degré de stress psychologique ou physique,

- distinguer le tremblement de repos qui caractérise la maladie de Parkinson et le tremblementm d’action rencontré dans d’autres pathologies,

- prendre les mesures :

• de l’intensité : variable en fonction des sujets, du degré d’atteinte et du moment.

• de l’acuité neuromotrice, c’est-à-dire de la réactivité plus ou moins forte impliquant une apparition progressive ou brusque allant jusqu’au « spike » (cette secousse spontanée représentée par une pointe onde à l’EMG)

• de la fréquence calculée en hertz : elle sera moins élevée dans la pathologie parkinsonienne (de 4 à 8 Hz) que dans le tremblement essentiel (de 8 à 12 Hz), sans que ce soit un élément suffisant pour un diagnostic différentiel. Elle sera encore plus haute dans le tremblement orthostatique primaire (> à 13 Hz) et plus basse dans les tremblements cérébelleux et de Holmes (< à 4 Hz). Les autres tremblements se situent dans une fourchette entre 4 et 12 Hz.

• de la sensibilité psycho-affective, c'est-à-dire de l'influence émotionnelle sur le tremblement.

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Types de tremblements et conduites à tenir :

Indications communes

En premier lieu, comme le langage du corps se trouve plus ou moins perturbé, tous les types de tremblements peuvent tirer profit des thérapies psychocorporelles (plus précisément psychomotrices : n'ayons pas peur des mots) et autres formes d'aides à la connaissance et la maîtrise de soi.

Indications spécifiques

Physiologique -> évitement des déclencheurs (stress, café, alcool, certains médicaments,..)
Psychogène -> thérapie psychocorporelle (pour ne pas dire psychomotrice) et autres approches apprenant la connaissance et la maîtrise de soi.
Essentiel -> aucun traitement pour les troubles les plus légers, dans les autres cas, possible recours à l’allopathie (propranolol, primidone, etc.). et à la stimulation neurologique profonde pour les cas les plus invalidants.
Parkinsonien -> médication anti-parkinsonienne, stimulation profonde pour les cas les plus invalidants.
Cérébelleux -> kinésithérapie et autres formes d’aide pour renforcer la capacité de contrôle cérébelleux.
Autres cas plus rares (cortical, orthostatique primaire, Holmes,…) -> soins adaptés aux manifestations motrices et psychomotrices.

Pour y voir plus clair, essayons de constituer un tableau comparatif :

(…)

Le diagnostic de tremblement essentiel peut être confirmé par un neurologue après examen clinique et tests appropriés : EMG, etc.

Test de Flexion-Rotation-Extension Lente (FREL)

(…)

Le regard d’autrui

Les personnes qui ne connaissent pas le tremblement essentiel (et même certains tremboteurs) s’en font une image bien souvent fausse.

Je pense que l’erreur d’analyse est inversement proportionnelle à l’importance du trouble. Je veux dire par là que moins le trouble est invalidant plus l’erreur d’analyse peut être présente. C’est assez logique car, face à une gestuelle particulièrement invalidante, on tombe plus facilement dans une logique neuro-motrice.

À l’inverse, plus le trouble est discret, plus on peut s’éloigner de cette logique pour tomber dans le piège de raisons psychologiques évoquées beaucoup trop facilement. Le drame est quand le tremboteur arrive à s’en persuader lui-même. Il se retrouve alors d’autant plus fragilisé car ne trouve évidemment pas de moyen d’améliorer la situation, bien au contraire.

En temps que porteur du tremblement essentiel, qui, heureusement pour moi, se manifeste le plus souvent de façon assez discrète, je dois dire que ma première formation professionnelle, celle de psychomotricien, m’a beaucoup aidé. Les cours sur le sujet m’ont d’abord permis de mettre un nom sur ce genre de trouble, donc de mieux comprendre et de « vivre avec », de prendre du recul, une distance par rapport au regard de beaucoup de personnes qui ne peuvent pas s’empêcher d’inventer de manière empirique des raisons et surtout celles-ci :

1- Souvent les gens pensent que c’est dû à une hyperémotivité tentant même d’en persuader le porteur du trouble…

• Heureusement, chaque individu souffrant de cette affection peut avoir pris conscience que le tremblement est bien présent indépendamment de l’émotion, même si celle-ci peut l’augmenter.

• Malheureusement, il doit se contenter de cette analyse introspective ne pouvant compter sur personne (même pas forcément sur les professionnels de santé démunis et passant de ce fait sous silence la situation, le plus souvent par ignorance, même dans les milieux spécialisés).

• en conséquence, s’il ne s’arme pas contre le préjugé, il peut se retrouver fragilisé dans sa relation au monde et c’est là qu’une hyperémotivité peut se construire, conduisant à une augmentation exponentielle du trouble devenant non seulement neuro-moteur mais du coup aussi affectivo-moteur.

2 – Comme l’être humain ne peut s’empêcher de se faire des films, même face à des pathologies idiopathiques, c’est-à-dire dont on ne connaît pas la cause, une autre analyse tout aussi empirique peut amener les gens à imaginer que ce tremblement vient d’une consommation excessive d’alcool. Un comble quand on sait que l’alcool à un effet inverse sur ce genre de pathologie. Je ne conseille pas pour autant d’abuser de la bouteille pour diminuer les troubles sous peine à la longue de développer un autre tremblement… lié celui-ci à une consommation excessive d’alcool ! Cependant, on peut imaginer que certains tremboteurs puissent trouver dans l’alcool, de manière inconsciente, un moyen de parvenir à effacer du moins dans l’instant le tremblement essentiel. Qui sait ? Dans ce cas, la dette d’alcool entraînera le renforcement des tremblements et le tremboteur rentrera dans un cercle infernal…

Il faut reconnaître que le regard d’autrui peut être perturbant d’où l’importance du travail psycho-corporel sur soi pour s’en détacher.

Notre vie de trembloteur

Tant qu’il n’y a pas de nom à ce trouble et d’autant plus si les manifestations s’expriment de manière sournoise (ce qui tend d’autant plus à ne pas porter le diagnostic), je pense que le porteur du trouble ne se fait une idée qu’à partir du regard d’autrui, celui-ci ne se faisant une idée lui-même qu’à partir du résultat de l’action, ce qui est logique puisqu’il n’est pas dans le corps de l’autre. Il verra par exemple que la tâche a été mal maîtrisée ou longue à accomplir mais n’est pas en mesure d’évaluer le surcontrôle et la fatigue.
Dès l’enfance et d’autant plus dans notre société occidentale actuelle, on nous demande d’être à la fois rapide et efficace. Le trembloteur ne peut pas associer ces deux critères, alors :

- soit il agit rapidement, quand son organisation gestuelle le lui permet (eh oui, les troubles peuvent être fluctuants et ne préviennent pas à l’avance !) mais le résultat n’est pas « beau, nickel, propre »,

- soit il prend le temps de surcontrôler le geste, si la maîtrise est possible, pour réussir la tâche au risque de se montrer trop lent aux yeux d’autrui.

Dans tous les cas, chaque geste, même le plus anodin, est source de tâtonnements, d’approche plus ou moins hasardeuse et donc de fatigue voire d’épuisement physique et moral, d’autant plus quand il faut une maîtrise fine, comme simplement fermer le bouton de sa chemise…

Toute personne porteuse de ce genre de particularité a des souvenirs, pas toujours réjouissants mais parfois cocasses. Voici un exemple qui en dit long, je crois, mais qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres :

Je me souviens d’un enfant qui devait avoir environ sept ans. Assis sur sa chaise en face de moi, il m’a tout d’un coup fixé avec des yeux ronds en disant :

- « Pourquoi tu trembles ? Tu as peur de moi ?… »

On ne se connaissait pas. Ce n’était pas un enfant croisé par hasard mais un… nouveau patient !
Bon départ pour un suivi thérapeutique n’est-ce pas ?
Eh oui, les enfants peuvent avoir un regard direct, sans détour, sans faux-fuyant et finalement… plutôt sain ! C’était à moi, à partir de là, d’expliquer la situation. Reste à savoir si un enfant de cet âge peut comprendre que, dans le cas présent, ce n’était pas une question d’émotion. Je me dis que oui, peut-être mieux qu’un adulte qui a développé des préjugés avec le temps.

À chaque fois que je présente cet exemple, on me fait ce commentaire :
- « C’est mignon ! »

Oui, c’est vrai, c’est mignon parce que c’est frais, c’est de l’innocence enfantine au sens noble du terme. Alors on ne peut qu’avoir un regard amusé sur cette situation cocasse.
Eh oui, bien sûr, c’est comme ça qu’il faut sans doute voir la chose. Toutefois, cet exemple en dit long sur le regard d’autrui qui se prend très tôt les pieds dans des préjugés.
Si l’être humain n’est pas doué dans un domaine, c’est bien dans celui de la lecture psycho-corporelle. Sans doute du fait que c’est un être pensant, trop pensant en fait. Cet exemple est la preuve qu’il apprend très tôt à se conditionner à des clichés.

Finalement mon tremblement essentiel, parce qu’il est le plus souvent relativement discret, m’a plutôt servi que desservi dans mon travail professionnel car j’ai pu, surtout au fil du temps, en parler principalement aux personnes souffrant de troubles neuromoteurs. Je me suis rendu compte que mon tremblement pouvait être un moteur de persévérance (il n’y a pas le choix si nous voulons réussir la tâche à accomplir), d’abnégation, d’efficacité et de partage. J’ai aussi appris par moi-même, mais aussi grâce à mes formations professionnelles, à prendre une distance par rapport au trouble pour qu’il ne soit pas au centre de la communication. J’ai surtout appris à me détacher le mieux possible du regard d’autrui et même à oublier le phénomène…. jusqu’à une certaine limite bien sûr car c’est parfois quand vous ne vous y attendez pas que la bête se réveille et vous fait foirer ce que vous avez entrepris gestuellement.
Le pire pour moi est la survenue de « spikes » (pointes-ondes apparaissant sur les électro-myogrammes), ces mouvements brusques incontrôlables.

Curieusement diraient surtout ceux qui n’ont pas ce genre de trouble, j’aime aussi me lancer des défis. C’est alors que j’entreprends une activité qui demande une parfaite dextérité (soudure électronique, dessins fins, peinture à l’huile au détail, etc.).

Les dommages collatéraux

Il faut bien se dire qu’il n’y a pas que le tremblement dans la vie du trembloteur. Il y a des dommages collatéraux toujours présents ou variables en fonction du sujet et/ou du moment. Ce trembloteur en vivant toujours dans sa vie de trembloteur peut même ne pas avoir conscience des liens entre le tremblement et les troubles annexes. À vrai dire le tremblement n’est que la partie visible du trouble. C’est ce qui s’exprime visuellement aux yeux de tous un peu comme l’arbre qui cache la forêt. Même le porteur du trouble peut très bien ne pas percevoir le lien de cause à effet. De fait, il n’est pas forcément évident de voir le tremblement essentiel comme cause de fatigabilité, d’irritabilité, de lenteur, de désorganisation de tâches à accomplir, de fragilité intestinale, de discordance pneumo-phonique, de fébrilité cardiaque, de mal-être psycho-corporel, de dévalorisation, d’anxiété voire de phobie sociale, de dépression, etc.

Les stratégies de compensation

‌Au fil du temps, nous avons appris souvent de manière intuitive à développer des stratégies de compensation (utiliser par exemple une règle carrée plutôt que plate pour ne pas rater sa cible avec la pointe du crayon, main posée sur l’avant-bras pour avoir une écriture moins tremblée,…). Mais tout ceci ne vient pas pour autant effacer le tremblement.

Quel soin thérapeutique proposer si besoin ?

Certaines personnes peuvent voir leur trouble largement diminuer voire peut-être disparaître comme par enchantement grâce à certaines formes de médications mais seulement jusqu’à la médication suivante. À l’instar d’autres formes de troubles neuromoteurs, comme dans la maladie de Parkinson, il n’y a pas de remèdes miracles pour supprimer le tremblement essentiel, l’objectif doit être surtout de s’armer soi-même face au trouble, « faire avec » comme on dit.
Mais certaines situations sont telles qu’un suivi thérapeutique peut ou doit être proposé :

- soit parce que le tremblement est particulièrement invalidant,

- soit parce que la personne en souffre psychologiquement.

De ce fait, en fonction des besoins, les indications thérapeutiques ne seront pas les mêmes :

La médication

Certaines substances peuvent être proposées par les médecins pour plus ou moins diminuer, voire supprimer le tremblement notamment une médication de la classe des bêtabloquants (propranolol par exemple), ce qui peut être intéressant surtout quand le trouble est particulièrement invalidant.

Je n’ai personnellement jamais essayé ce genre de choses et n’ai aucunement l’intention d’essayer. Disons simplement que mon trouble étant gérable, je peux m’en passer.

La psychomotricité

Ce n’est pas parce que j’en ai la formation mais, à mon sens, un suivi psychomoteur peut être proposé pour au moins deux raisons :

- la première est liée au fait que le psychomotricien est justement là pour faire en sorte que le sujet apprenne par lui-même à gérer son tonus,

- deuxièmement, il est évident que cette pathologie neuro-motrice peut avoir des incidences plus ou moins grandes sur le plan de l’Image de Soi.

C’est justement sur ce lien corps-esprit que le psychomotricien a appris à travailler en utilisant différentes approches, la relaxation thérapeutique étant particulièrement indiquée dans le cas présent.

J’ai eu le privilège de suivre une formation dans le domaine de la relaxation en étudiant et en pratiquant toute forme d’approches que ce soit statiques ou dynamiques (en servant au passage de cobaye pour le CNRS sous la direction du Pr Zazzo).

Fort de cette expérience, je privilégie les techniques utilisant le contrôle tonique car c’est le seul moyen d’objectiver le relâchement neuromusculaire (Soubiran, Wintrebert,…) ce qui revient à dire que je place au second plan les méthodes qui n’objectivent pas le relâchement par le contrôle du praticien.
Il en est ainsi de la sophrologie qui a pourtant tellement le vent en poupe qu’on pourrait nous faire croire que ce n’est pas une méthode de relaxation parmi les autres…
Elle peut être intéressante comme toutes les autres mais, du fait de l’absence de contrôle tonique, ne permet pas d’objectiver le relâchement ce qui est particulièrement gênant d’un point de vue thérapeutique dans le cas de tremblement essentiel.
Comment voulez-vous par exemple soigner une paratonie (***) sans objectivation des tensions ?
Seul le contrôle tonique pratiqué par un professionnel de santé formé à ce genre de chose, donc au premier chef le psychomotricien, peut conduire à écarter ce genre de trouble qui a un effet particulièrement néfaste sur le tremblement essentiel.
Ma formation de psychomotricien m’a justement appris à avoir une efficacité pouvant aller jusqu’à un contrôle de compensation grâce notamment à la relaxation : je suis par exemple plutôt efficace au tir à la carabine (beaucoup moins au pistolet, encore moins au tir à l’arc car il faut maintenir une contraction pour bander l’arc). Je peux parvenir aussi à enlever une écharde avec une aiguille sans rendre la zone en charpie à condition de me laisser le temps et les bonnes conditions pour maîtriser au mieux le geste fin.

Les raisons de ma possible réussite viennent du fait tout d’abord que mon tremblement est, comme je l’ai déjà dit, le plus souvent modéré mais j’ai développé aussi des stratégies de compensation (pose de l’autre main sur l’avant-bras, détente motrice, calme, respiration, concentration, persuasion de réussite, défi personnel, etc…).
Je sais aussi me fixer des limites car à certains moments ce serait peine perdu que d’essayer.
Ce que je crains le plus ce sont ces fameux « spikes« , ces mouvements soudains, violents et absolument imprévisibles.
Je ne compte plus les moments où j’ai projeté une soudure en dehors de la cible ;) .
Des tas de raisons qu’il est inutile de développer ici ont eu une influence sur mon parcours professionnel. Vous pensez bien qu’il m’a fallu faire des coupes franches au niveau des choix d’orientations… Dans le domaine de la santé, la seringue ou le bistouri trop peu pour moi, évidemment…

La kinésithérapie

Elle peut aider mais à condition surtout de privilégier la décontraction, le relâchement musculaire, en aucun cas trop de renforcement car plus la fatigue s’installe plus le trouble est présent et sur ce plan il n’y a pas d’habituation. En clair, ce n’est pas parce que le sujet renforce le travail musculaire que le trouble diminue bien au contraire à cause de la fatigabilité neuro-musculaire.
Mais bien évidemment, comme pour n’importe qui, l’activité physique ne peut être que bénéfique pour l’organisme même si ce n’est pas elle qui diminuera les troubles.

L’ergothérapie

Elle sera indiquée surtout en cas de trouble particulièrement invalidant pour trouver des moyens d’aménagement pratique afin de faciliter les gestes de la vie quotidienne (plans de travail, outils adaptés,…). C’est bien là le rôle de l’ergothérapeute agissant en lien et en complément avec d’autres approches de soin.

La psychothérapie

L’approche psychothérapeutique peut être indiquée dans le cas de fragilisation de l’Image de Soi, quand une tendance dépressive accompagne les troubles, quand le contact avec le monde extérieur pose problème, quand la personne se replie sur elle-même. Mais il faut que le psychothérapeute soit formé sur le lien psycho-corporel pour mener à bien l’aide attendue.

L’orthophonie

Elle sera intéressante surtout dans le cas de trouble de production vocale quand la voix se fait chevrotante, que la production verbale manque de fluidité, quand la concordance pneumo-phonique fait défaut, plus globalement dans le cas de mal-être de communication principalement oral même si le porteur de ce genre de pathologie peut être gêné aussi dans la communication écrite, le graphisme pouvant être dégradé plus ou moins fortement. Mais dans la mesure du possible, il faut laisser d’autres professionnels s’occuper de ce genre de chose et en priorité le psychomotricien. En effet, si la rééducation de l’écriture est inscrite dans la nomenclature des orthophonistes, ce n’est pour autant qu’ils en ont véritablement les compétences. Je le sais car j’ai longtemps enseigné cette rééducation en centre de formation universitaire…

Autres propositions d’aide

Certaines propositions peuvent apporter leur concours. Même si elles n’ont pas de visée thérapeutique elles peuvent faire du bien.
Je pense notamment à deux formes d’activités :

-1- celles qui ont la particularité de modifier le milieu et donc le lien corps/espace en provoquant le relâchement neuro musculaire : activités aquatiques, hammam, sona… (Attention malgré tout à l’effet du froid qui augmente naturellement le tremblement musculaire, d’autant plus dans le cas de tremblement essentiel)

-2 – celles ancrées de manière souple et tranquille sur le sensori-moteur, le vécu corporel, le regard sur soi en lien et en harmonie avec le monde extérieur : gym douce, si gong, tai-chi, do’in, yoga, …)

En quoi ces deux formes d’activités ont de l’intérêt ?

Elles modifient le lien entre deux systèmes, le Système Nerveux Central (SNC) et le Système Nerveux Périphérique (SNP). Je qualifie souvent le Système Nerveux Périphérique comme étant un autre cerveau au même titre qu’on arrive à considérer le système digestif comme étant le « deuxième cerveau ». Ce SNP serait donc un « troisième cerveau » sans considération d’ordre numérique par importance. Simplement la deuxième place est prise par la littérature. Il ne faut pas non plus partir du principe qu’il n’existe que trois cerveaux.

On peut dire que nous avons plusieurs cerveaux

À partir du moment où nous définissons le cerveau comme étant une interconnexion intrinsèque complexe de cellules en lien avec des systèmes extrinsèques, nous en avons donc plusieurs, tout aussi importants les uns que les autres.

La force d’équilibration organise la vie

Tout organisme vivant peut être défini comme un ensemble de réseaux de systèmes plus ou moins complexes. Plus cet être vivant est élaboré plus les cerveaux sont importants à la fois en complexité, en nombre et en réseaux d’interconnexion. Plus globalement, le vivant se maintient par une mouvance perpétuelle d’ »équilibration » c’est-à-dire une énergie permanente entre les systèmes. C’est aussi une force de vie née de l’oscillation permanente entre les dépenses et les recharges énergétiques. La vie se caractérise par une dépense et une recharge de systèmes. C’est un équilibre permanent entre les deux, plus précisément une force permanente pour maintenir un équilibre entre les deux. C’est en cela que je dis que l’équilibration caractérise la vie et plus la cohésion entre les systèmes est bien réglée, plus l’équilibre est stable. Plus la vie est correctement maintenue, moins nous observons de défauts de fonctionnement. En conséquence, plus l’être vivant est complexe, plus les risques de dysfonctionnement existent, même à minima, c’est mathématique. Mais plus aussi les possibilités d’auto-corrections sont possibles du fait des interconnexions complexes. C’est la raison d’être de toute forme de rééducation. Rééduquer c’est se servir de la force de vie, c’est jongler avec les multiples systèmes en interconnexion, c’est améliorer les rapports entre les multiples cerveaux. En réalité, nous pouvons appeler ces systèmes de différentes manières du moment que nous leur accordons l’importance qui convient. Comme ce n’est pas toujours le cas, comme il y a toujours eu un clivage entre ce qui est appelé communément « cerveau » et le reste, il est bon de reconnaître d’autres cerveaux ailleurs qu’au niveau de ce boîtier le plus volumineux.

Les notions de force de vie et d’équilibration sont intéressantes à faire découvrir aux patients ayant perdu des capacités. Elles positivent psychologiquement ce qui est loin d’être négligeable par rapport au traitement de n’importe quelle pathologie.

Le stress comme bête noire

Comme il nous faut malgré tout exister dans ce monde de brutes et aussi parce qu’on ne peut pas faire autrement, ceux qui voudraient nous normaliser en nous stressant, en nous poussant au changement, en nous demandant de mieux faire, d’être plus rapides, plus efficaces, etc. peuvent constater assez vite que c’est peine perdue car la vie est faite d’une multitude de gestes souvent fins qu’il nous faut en permanence maîtriser. Certes, nous avons une telle habitude que nous pouvons arriver à oublier cet état de fait, à oublier la différence. Lorsque nous essayons nous-même de correspondre au profil normalisé c’est au prix d’un effort et d’une fatigue plus ou moins sournoise. En fonction des sujets et des moments, il peut nous arriver aussi de lâcher prise, plus précisément de lâcher l’emprise en imposant au monde nos travers. C’est dans la logique d’organisation de notre mieux-être car on ne peut justement pas gommer le trouble par un coup de baguette magique. Il nous faut au contraire accepter de fonctionner plus ou moins autrement, accepter de vivre avec les troubles et les dommages collatéraux pour mieux avancer car l’anti-stress est l’une des principales pierres d’angle de nos réussites alors que le stress et la fatigue sont nos principaux ennemis.

Quand nos troubles se font envahissants

Il arrive parfois, le plus souvent sans trop savoir pourquoi , que les troubles se font particulièrement envahissants et sur une durée impossible à déterminer. C’est à géométrie variable dirons-nous. Bien sûr, nous pouvons imaginer comme facteur déclenchant un ensemble de paramètres (comme la fatigue, le stress, des dérangements métaboliques dont on ignore la nature, etc.) qui, associés sur le même instant, font en quelque sorte bouillir la marmite. Et c’est là que tout part en vrille sans qu’il soit possible de stopper le phénomène.
Quand ça déborde, ça ne peut que déborder, n’est-ce pas.
Il faut s’armer de patience et attendre l’arrêt du débordement.
Heureusement pour moi, ce genre de tsunami ne s’est pas déclenché trop souvent jusqu’à présent dans ma vie. C’est par contre impressionnant car rien ne peut empêcher le processus un peu comme une crise d’épilepsie sans la perte de conscience.
À vrai dire qu’est-ce donc ? Une crise de tétanie, de spasmophilie ? Appelez ça comme vous voulez si c’est rassurant pour vous de mettre un mot sur un évènement qui échappe à la science concernant le tremblement essentiel.
C’est simplement à mon sens le vase de la tremblote qui déborde. Mais alors, pour être plus précis, plus scientifique, plus médical, nous pourrions alors parler par exemple d’une « crise de tétanie idiopathique dans le cadre d’un tremblement essentiel ». « Idiopathique », « essentiel » : il faudrait prendre toujours soin d’adjoindre ce genre d’adjectifs pour préciser que « ce que nous savons c’est que nous ne savons pas vraiment d’où ça vient ». Ce genre de vocables pourrait permettre de couper court à toute interprétation un peu trop rapide et glissant par défaut, comme toujours dans ce cas, vers un dérèglement psychologique, une mauvaise maîtrise de soi, cette fameuse manière de dire au porteur du trouble qu’il ne sait pas gérer la situation, qu’il est un « mauvais malade ». Une bien bonne façon d’enfoncer le clou n’est-ce pas ?…

Conclusion

Bien que le tremblement essentiel soit la pathologie neuromotrice la plus courante, il n’est que peu étudié, peu présenté, peu décelé surtout en ce qui concerne les cas les plus légers.
En réalité, il existe une confusion avec d’autres manifestations, principalement de cause émotionnelle, ce qui n’arrange pas l’affaire du porteur du trouble qui se voit responsable de ce qui lui arrive alors qu’il n’en est rien.
Dans cette situation d’erreur de diagnostic, la sensibilité émotionnelle risque d’être mise à mal ce qui éloigne d’autant plus la vision d’une cause neuro-motrice et … renforce l’idée que le sujet gère mal ses émotions.

De toute évidence, il est important de faire un diagnostic différentiel pour orienter l’aide.

Elle pourra être médicamenteuse au niveau des cas de tremblement essentiel invalidant.

Un diagnostic mettant en avant des causes neuro-motrices aura tendance à rassurer le sujet qui pourra se dire que tout ne vient pas d’une mauvaise gestion émotionnelle.

Il gagnera en sérénité pour s’armer contre ce mauvais démon neuro-moteur qui n’en fait qu’à sa tête. Il apprendra à s’adapter à tous les cas de figure, oscillant entre la recherche de maîtrise de la situation et le lâcher-prise dans les situations les plus scabreuses. Autant il est intéressant de se montrer et de montrer qu’on peut malgré tout y arriver, autant il est inutile de s’accrocher à l’impossible.

Personnellement je dois dire que ma formation de psychomotricien m’a beaucoup aidé à maîtriser la bête.

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(*) La médecine a toujours su se sortir des impasses par voltiges linguistiques en se servant de mots plus ou moins complexes comme « essentiel » qui finalement signifie que la cause reste inconnue. Il en est de même pour le terme « idiopathique » employé pour la maladie de Parkinson. Pour trouver un billet sur le sujet, cliquer sur la ligne suivante :
« cause idiopathique » => cause psychologique ? Pas automatique

(**) Aptes = association des personnes concernées par le tremblement essentiel. (www.aptes.org)

(***) Je privilégie la définition qui considère la paratonie comme étant « une impossibilité ou une grande difficulté à résoudre volontairement une tension musculaire. » Cette formule a l’avantage d’être précise et concise car chaque mot compte. Elle respecte le point de vue de son auteur, le Pr Dupré , dans sa description, en 1911, de ce qu’il a appelé la « débilité motrice » (qui soit dit en passant n’a rien à voir avec la débilité intellectuelle, même si celle-ci n’exclut pas l’autre.)

(Sources d’inspiration : différents documents par exemple les informations du Dr François Cassim sur aptes.org)