Le robot m’a tuer (*) !

juillet 28, 2018 - 10:37 No Comments

Une analyse à partager avec vous chers collègues à qui on fait croire de plus en plus qu’une bonne analyse de situation doit comporter des courbes, des écarts-types et autres échelles de valeur. À partager aussi, par la même occasion, avec les scientifiques de tous poils, les informaticiens et autres branchés sur la pensée binaire.

Ah, ces algorithmes !

Je sens que les algorithmes, sous prétexte de nous faciliter la vie, vont aussi de plus en plus nous semer le trouble car ils peuvent conduire notre pensée sur des chemins que notre conscience n’avait imaginé.

Prenons cet exemple :

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Extrait des Pages Jaunes : j’ai été salarié de cette fondation pendant une dizaine d’années. Vous n’y trouverez rien sur les fondations de constructions, sur la consolidation des sols… pas même sur le traitement sanitaire des terrains ! Elle ne ne se donne pour fonction que le traitement de la santé mentale !

Ah, ces robots !

Il y encore peu d’années les erreurs informatiques correspondaient en réalité à des erreurs humaines mais l’intelligence artificielle se développant, on peut constater que cette « intelligence » prend de plus en plus de liberté jusqu’à programmer elle-même ce que l’homme n’a pas décidé devant sa machine. Si vous pensez que j’exagère, renseignez-vous par exemple sur le « deep learning » …

Récemment une erreur informatique a rayé des tablettes un médecin empêchant le remboursement des soins de tous ses patients et il semble que ce soit la croix et la bannière pour rectifier le tir. Ubuesque, je vous le dis et ce n’est que pour citer un exemple !

Alors bonjour quand les robots prendront le pouvoir puisqu’on en parle de plus en plus. Lorsqu’ils nous enverront une sonde sur Mercure au lieu de l’envoyer sur Mars sous prétexte que les deux mots commencent par la même lettre, on aura de quoi s’inquiéter.

Ah ! Quand l’homme se comporte comme un robot !

Le pire sera quand notre pensée deviendra elle-même algorithmique, robotisée. Je me demande si nous n’en prenons pas le chemin, du moins les analyses de situations sont-elles de plus en plus scientifiques, mathématiques, chiffrées, calibrées jusqu’à la limite du raisonnable, voire jusqu’à en perdre la raison.
Nous passons sous silence de plus en plus l’analyse discursive du sujet (ce sujet pouvant être une personne) pour ne donner que des valeurs mathématiques de l’objet (cet objet pouvant être une personne).
Vous voyez le malaise !

Les raisons de le déraison

Je pense que la raison vient du fait que ce sont les doués en maths qui ont pris le pouvoir depuis seulement la deuxième partie du XXe siècle, plus exactement lors du basculement de la valeur du bac littéraire (le fameux « bac philo ») vers celui du bac scientifique (ancien « maths élem »). C’est en effet à partir de 1968 qu’ont été créées les sections A (philo et lettres), B (économie et social), C (maths et physique) et D (maths et sciences de la nature) et E (maths et technique), insufflant par la même occasion une valeur supérieure aux bacs scientifiques.
Les édiles ont du même coup changé de camp.
Les sections ont changé de nom depuis mais les considérations restent les mêmes : on considère toujours que la crème est au niveau scientifique.

Certains grands penseurs vont même jusqu’à dire que tout est mathématique.
Si c’est vrai, j’aurais tendance à dire que tout dépend de la définition que l’on donne de ce mot car l’inverse est tout aussi vrai. En effet, pour pouvoir proposer un développement mathématique, on s’appuie en principe sur une hypothèse ce qui limite le champ du possible ! On développe donc quelque chose à partir d’une erreur possible.

Gaston Bachelard [philosophe français(1884-1962)] ne disait-il pas : « il n’y a pas de vérités premières : il n’y a que des erreurs premières » .
J’aime beaucoup cette humble pensée.

Les conséquences de la pensée robotisée

On arrive à la situation suivante : on sait de moins en moins discuter, peser le pour et le contre pour arriver à mieux cerner le sujet. On se rassure à coup de chiffres, d’échelles de valeur, de courbes et d’écart-types. Le sujet est devenu un objet d’étude, ce qui est plutôt gênant quand il s’agit d’une personne car on peut en arriver à oublier des paramètres de sa vie qui ne peuvent être saisis qu’à partir d’une analyse discursive.
Pourtant tout le monde sait que rien n’est noir ou blanc.


(*) : non, non, les ronchons, il n’y a pas ici de faute d’orthographe ! C’est devenu une figure de style que seuls connaissent ceux qui s’intéressent aux sujets de la vie, si triste soit-elle parfois, n’est-ce pas Omar…

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