Quand le soignant n’est dressé que pour être un redresseur de torts

Une consœur orthophoniste a récemment posté le billet ci-dessous sur un réseau inter-professionnel. Un appel du pied précis chargé d’un questionnement particulièrement pertinent. C’est tout à son honneur :

« Bonjour à toutes,
J’ai un patient avec syndrôme parkinsonien avec des capacités encore bien préservées, une personne autonome et des capacités plutôt fonctionnelles dans tous les domaines. On travaille les capacités vocales sutout et les mouvements praxiques au niveau bucco-facial par séries espacées de 20 séances environ.
Il se trouve que des mouvements involontaires associés aux exercices (mouvements présents que pour des gestes fins, très peu présents dans le quotidien) s’intensifient. Il est de plus en plus tendu pendant le travail et cela peut lui provoquer des douleurs depuis une ou deux séances. Bref, je sens que les exercices classiques de stimulation ne sont plus adaptés… Que me conseillez-vous d’après vos expériences ? Merci ! »

Aucune réponse, aucun commentaire en retour. Pourquoi ? Interrogeons-nous.

Sans doute parce que les consœurs (et confrères) semblent tout aussi désemparés face à ce genre de chose, face à un échec de stimulation, face à des effets secondaires, à ce que nous pourrions appeler, en y mettant une touche d’humour, des DCNI (Dommages Collatéraux Non Identifiés).

En réalité, c’est inquiétant me direz-vous ! Oui mais surtout pour nous formateurs lourdement responsables de la bonne conduite à tenir face aux patients. Je constate amèrement que nous présentons des méthodes et techniques de travail sans amener sans doute suffisamment le praticien au recul nécessaire pour s’intéresser et interagir avec le patient qui doit pourtant être considéré, du début à la fin du suivi, comme un sujet vivant et interagissant et non comme un élément (objet) devant se plier à une méthode de travail.

Je n’accuse personne. Tout le monde essaie de faire au mieux. Je m’interroge seulement et partage avec vous cette interrogation.

À un moment donné, certains professionnels ouvrent davantage les yeux et se retrouvent désemparés car il n’y a rien d’écrit sur ce plan dans le protocole de soin souvent suivi à la lettre, surtout à partir d’une méthode bien définie…

Cette même consœur avait déjà appelé à l’aide pour une raison équivalente quelques mois avant. Les seules réponses qu’elle obtenait n’étaient que des indications vers d’autres professionnels non médicaux, non paramédicaux, oubliant par exemple au passage (encore et toujours) le rôle du psychomotricien sur ce terrain là. Des réponses qui laissent entendre que la situation dépasse les compétences de l’orthophoniste.

Alors je me hasarde à une seule question :

L’orthophoniste doit-il se contenter d’un rôle de redresseur de torts ? (C’est vrai qu’étymologiquement…)

(Je ramasse les copies dans une heure).


P. S. :
Oui mais oh ! C’est un peu facile de déblatérer, de critiquer et tout et tout mais il faut peut-être aussi mettre un commentaire en réponse au billet ! Screugneugneu ! :

Réponse schématique : maladie de Parkinson => rétraction neuro-musculaire avec plus ou moins des troubles associés (paratonie, syncinésies,..) => trouble de la gestion tension/détente => limitation de l’amplitude et surtout de la souplesse du mouvement d’où l’importance d’amener le sujet à développer (ou retrouver) une double conscience : celle de la capacité d’action (renforcement) et aussi (et surtout dans le cas de la pathologie parkinsonienne) de la capacité de non-action, plus précisément de relâchement (allons même jusqu’à dire relaxation). Mais là, il faut bien dire qu’il y a un réel malaise car l’orthophoniste lambda ne semble pas formé dans ce sens, juste à la rigueur dans l’autre : celui du renforcement.

À partir de là, c’est à chacun de voir comment agir et interagir…

Ce contenu a été publié dans Les coups d'oeil, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *