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Quand le soignant n’est dressé que pour être un redresseur de torts

mars 15, 2019 - 7:40 No Comments

Une consœur orthophoniste a récemment posté le billet ci-dessous sur un réseau inter-professionnel. Un appel du pied précis chargé d’un questionnement particulièrement pertinent. C’est tout à son honneur :

« Bonjour à toutes,
J’ai un patient avec syndrôme parkinsonien avec des capacités encore bien préservées, une personne autonome et des capacités plutôt fonctionnelles dans tous les domaines. On travaille les capacités vocales sutout et les mouvements praxiques au niveau bucco-facial par séries espacées de 20 séances environ.
Il se trouve que des mouvements involontaires associés aux exercices (mouvements présents que pour des gestes fins, très peu présents dans le quotidien) s’intensifient. Il est de plus en plus tendu pendant le travail et cela peut lui provoquer des douleurs depuis une ou deux séances. Bref, je sens que les exercices classiques de stimulation ne sont plus adaptés… Que me conseillez-vous d’après vos expériences ? Merci ! »

Aucune réponse, aucun commentaire en retour. Pourquoi ? Interrogeons-nous.

Sans doute parce que les consœurs (et confrères) semblent tout aussi désemparés face à ce genre de chose, face à un échec de stimulation, face à des effets secondaires, à ce que nous pourrions appeler, en y mettant une touche d’humour, des DCNI (Dommages Collatéraux Non Identifiés).

En réalité, c’est inquiétant me direz-vous ! Oui mais surtout pour nous formateurs lourdement responsables de la bonne conduite à tenir face aux patients. Je constate amèrement que nous présentons des méthodes et techniques de travail sans amener sans doute suffisamment le praticien au recul nécessaire pour s’intéresser et interagir avec le patient qui doit pourtant être considéré, du début à la fin du suivi, comme un sujet vivant et interagissant et non comme un élément (objet) devant se plier à une méthode de travail.

Je n’accuse personne. Tout le monde essaie de faire au mieux. Je m’interroge seulement et partage avec vous cette interrogation.

À un moment donné, certains professionnels ouvrent davantage les yeux et se retrouvent désemparés car il n’y a rien d’écrit sur ce plan dans le protocole de soin souvent suivi à la lettre, surtout à partir d’une méthode bien définie…

Cette même consœur avait déjà appelé à l’aide pour une raison équivalente quelques mois avant. Les seules réponses qu’elle obtenait n’étaient que des indications vers d’autres professionnels non médicaux, non paramédicaux, oubliant par exemple au passage (encore et toujours) le rôle du psychomotricien sur ce terrain là. Des réponses qui laissent entendre que la situation dépasse les compétences de l’orthophoniste.

Alors je me hasarde à une seule question :

L’orthophoniste doit-il se contenter d’un rôle de redresseur de torts ? (C’est vrai qu’étymologiquement…)

(Je ramasse les copies dans une heure).


P. S. :
Oui mais oh ! C’est un peu facile de déblatérer, de critiquer et tout et tout mais il faut peut-être aussi mettre un commentaire en réponse au billet ! Screugneugneu ! :

Réponse schématique : maladie de Parkinson => rétraction neuro-musculaire avec plus ou moins des troubles associés (paratonie, syncinésies,..) => trouble de la gestion tension/détente => limitation de l’amplitude et surtout de la souplesse du mouvement d’où l’importance d’amener le sujet à développer (ou retrouver) une double conscience : celle de la capacité d’action (renforcement) et aussi (et surtout dans le cas de la pathologie parkinsonienne) de la capacité de non-action, plus précisément de relâchement (allons même jusqu’à dire relaxation). Mais là, il faut bien dire qu’il y a un réel malaise car l’orthophoniste lambda ne semble pas formé dans ce sens, juste à la rigueur dans l’autre : celui du renforcement.

À partir de là, c’est à chacun de voir comment agir et interagir…

Lettre ouverte aux modérateurs (mais aussi utilisateurs) de réseaux sociaux

décembre 14, 2018 - 12:13 No Comments

Le non-dit étant la porte ouverte au mal-être, quiconque utilise toute forme de moyens d’interaction, de déversoir, d’échappatoire, etc… est une bonne chose et quelle que soit la manière d’agir dans la limite du respect des personnes. Libre à chacun d’y répondre… ou pas.

Les réseaux sociaux font partie de ce moyen intéressant d’interactions.

Tout modérateur de ce genre de réseaux doit le savoir sinon laisser à d’autres ce rôle important de modération amenant plus à parler qu’à se taire.

D’où cette question philosophique proposée par Marcel :

« La stupidité est-elle dans le fait de poser une question perçue comme stupide ou dans le fait de ne percevoir que la stupidité de la question ? »
(Vous avez 4 heures) ;)

Quand le soignant devient médicament

septembre 28, 2018 - 10:18 1 Comment

Comme je viens d’avoir eu vent de la prescription suivante (mais on peut voir fleurir des idées du même style) :

« faire pratiquer en urgence une rééducation orthophonique méthode LSVT 2 séances par semaine »
,

je me demande, du coup, si les génériques sont possibles dans ce cas.

De plus, je pense que le médecin aurait dû au-moins prescrire :

« 2 LSVT/sem à jeun le matin pdt 1 mois »

Ok je sors…

P. S. : En plus, tout le monde sait que cette méthode n’a d’efficacité reconnue que si la dose est de 4/sem…

Purée ! Que faire ? :

C’est simple : refuser la prescription car non conforme à la convention (ça m’arrive et je n’ai jamais eu de médecins refusant de se plier à cette règle).

La prescription doit être la suivante : « bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire ».

Oui, il faut relever la tête et montrer que nous ne sommes pas de simples exécutants mais bien des professionnels au pouvoir diagnostic dans notre domaine et libre dans notre programme pour mener à bien le soin.
Mais il faudrait bien sûr que chaque professionnel tienne le même son de cloche pour que ce genre de dérapage n’existe pas, car il s’agit bien d’un dérapage… de pouvoir.

Certains serait peut-être tenté de dire que je réagis de la sorte parce que je suis un homme dans un monde de femme. Je ne le pense pas car j’en connais certaines qui sont plus virulentes que moi. Mais je constate que ce sont surtout celles qui, comme moi, ont déjà pas mal roulé leur bosse et qui ne se laissent pas démonter.

Encourageons les débutants pour qu’ils aillent dans le même sens dans l’intérêt d’une bonne conduite de soin.

Liste complète des mots de la réforme de l’orthographe

février 6, 2016 - 11:12 No Comments

La réforme de l’orthographe a été approuvée par l’Académie Française et publiée au Journal Officiel dès le 6 novembre 1990. Elle est apparue au Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale le 26 novembre 2015 sans tambour ni trompette. Ce n’est que maintenant que le public découvre une réforme censé simplifier l’orthographe.

C’est en effet censé être sensé. L’est-ce ? À vous de juger mais dans ce cas argüez (*) bien !

Pour découvrir cette réforme, cliquez sur le lien suivant :

>>>> orthographe recommandée <<<<

Et chers amis confrontés régulièrement à l’orthographe (orthophonistes, enseignants, etc.) cliquez sur le lien ci-dessous pour avoir accès à la liste complète des mots modifiés :

>>>> Liste complète des mots modifiés <<<

(*) argüez : forme conjuguée du verbe argüer se prononçant \aʁ.ɡɥe\ et non \aʁ.ɡe\ évidemment. Pff ! Enfin, voyons ! Et on met un tréma sur le u de gageüre pour les mêmes raisons de lutte contre toute forme d’ « ignardise » . C’est ça en fait !

Oh, mince, ils n’ont pas mis de tréma sur le u du mot « aiguille »…

Enfin bref, vivent, (pardon vive… euh… ou pas) les complexités orthographiques. Wouah, on a encore du boulot en ortho.

Bon allez, écoutons Pierre Perret, qui aime tant jongler avec les langues de Molière et de boulevard, chanter la réforme de l’orthographe :

Soyons d’accord Pierre pour écrire « imbécilité » au lieu d’ « imbécillité » , mais je ne sais pas si pour autant tout cela sera synonyme de… « tranquillité » . Quel chantier !

Suivons aussi le point de vue de l’académicien Jean d’Ormesson poussant un coup de gueule sur RTL : « Quand il y a des gens qui n’ont pas de travail, quand le niveau de vie a baissé comme il a baissé et que les agriculteurs se suicident, je refuse de parler d’accent circonflexe quand il y a des gens qui se suicident… Ce qui me choque ce n’est pas la réforme de l’orthographe, ce qui me choque c’est qu’on la sorte en ce moment ».

D’un autre côté, il faut dire que les politiques cherchent toujours à faire divagation par rapport aux dossiers essentiels, à noyer le poisson en somme. Ce n’est pas d’aujourd’hui.

La « monométhodose infectieuse » selon Marcel

mars 22, 2015 - 5:58 No Comments

Qu’est-ce qu’un soignant sensé est censé soigner ?

UbR : Qu’appelez-vous « monométhodose infectieuse » ?

Marcel : Depuis bien longtemps dans ma vie professionnelle, j’ai repéré une maladie de soignant qui a sans doute tendance à se développer de plus en plus. Je lui donne le nom de « monométhodose infectieuse ».

C’est une maladie qui s’attrape lors de stages de formation autour d’une seule et même méthode de travail. Il s’agit d’un trouble insidieux qui semble d’autant plus toucher la population jeune, sans doute encore fragile professionnellement et souhaitant s’appuyer sur une technique de travail qui guide et rassure.

Cette maladie s’installe sournoisement et envahit l’individu au point d’atteindre le discernement, le raisonnement, l’adaptation et donc le soin approprié.

Forcément, cette pathologie vient largement perturber la capacité d’initiative du praticien : il risque de ne plus pouvoir agir correctement, de ne plus tenir compte des besoins immédiats et spécifiques du patient qu’il est censé soigner.

Le soigné devient objet de soin et non plus sujet.

Quand un malade n’est plus considéré comme sujet mais comme objet de traitement, c’est un comble n’est-ce pas ?

Cette maladie est d’autant plus virulente et insidieuse que le praticien ne s’en aperçoit pas, bien au contraire. Il a même l’impression que tout va bien depuis qu’il utilise cette méthode.
C’est elle qui décide en lui faisant suivre un protocole de soin, c’est à dire un cheminement obligatoire de prise en charge.
Un comble encore une fois.

Le praticien sort masqué en somme. Il ne peut pas être jugé dans sa pratique car il suit LA méthode.

UbR : Si le soin échoue, sera-ce la méthode qui sera en cause ?

Marcel : Que nenni ! Ce sera le patient lui-même car il n’aura pas su s’adapter à une technique qui a fait ses preuves. En tous les cas le praticien s’en sortira blanchi.

UbR : Comment se déclare la maladie ?

Marcel : Elle se déclare lors d’une formation spécifique autour d’une méthode présentée comme originale et surtout censée être unique et exclusive au point de porter un nom permettant l’exclusivité avec un petit ® pour protéger la marque de fabrique.
Bien évidemment cette formation, bien rodée sur le plan marketing, a un coût mais le praticien sort de là avec un diplôme « es bidule chouette » lui donnant l’impression d’être féru en la matière, même s’il lui faudra faire une remise à niveau, qui a un coût elle aussi bien sûr, pour continuer à bénéficier de l’estampille de la méthode et pour être inscrit sur la liste de la corporation.
Et le tour est joué.
Bien entendu, les tenants de la méthode auront pris soin de se protéger en interdisant la diffusion des techniques utilisées, du fameux protocole de soin, faisant fi de l’éthique professionnelle et prétextant qu’il est impossible d’utiliser ces moyens sans une formation spécifique. Évidemment, à leurs yeux, les autres professionnels ne peuvent être qu’incompétents dans le domaine même si toutes les méthodes ne font souvent qu’associer des techniques déjà utilisées en y mettant une touche personnelle, voire une originalité pour justifier le dépôt de la marque.
Le pire est certainement d’ailleurs d’avoir été formé par des personnes qui ne connaissent que cette méthode.

UbR : Toutes les méthodes présentent-elles le même risque ?

Marcel : Non bien sûr. Seules celles qui correspondent à certains critères sont à risque.

UbR : Quels peuvent être ces critères ?

Marcel : La liste est longue mais quand une méthode rassemble un grand nombre des critères suivants, on peut réellement se méfier :

La méthode qui :

1 – s’appuie sur une idée originale à la base souvent intéressante pour asseoir sa particularité, sa popularité voire son exclusivité,

2 – propose une formation bien orchestrée pouvant être courte mais relativement chère, voire très chère, laissant croire à une exclusivité dans le sérieux et l’efficacité,

3 – s’est organisé pour objectiver son efficacité en interne, c’est-à-dire par des membres déjà formés à cette même méthode, donnant lieu à des diffusions multiples sous forme d’articles et de livres avec graphiques à l’appui,

4 – fait signer un contrat interdisant aux stagiaires la diffusion d’informations (la préservation de la propriété intellectuelle primant sur l’éthique de soin. Enfin voyons ! Il ne faut pas non plus risquer de donner l’impression d’avoir simplement récolté des techniques déjà utilisées ailleurs),

5 – organise des stages et surtout des remises à niveau en présence de formateurs exclusivement formés à la méthode,

6 – décerne en fin de parcours un pseudo-diplôme au nom suffisamment ronflant pour épater la galerie,

7 – établie une liste des personnes déjà formées en leur imposant des remises à niveau sous peine de se voir rayé de la liste,

8 – fait un matraquage médiatique surtout auprès des hautes sphères décisionnelles, pour mieux vendre sa marchandise mettant en avant notamment les trois premiers critères énoncés ci-dessus, c’est-à-dire les trois « o » : originalité, orchestration, objectivation,

9 – chemin et succès faisant, cherche à développer le concept dans d’autres domaines, vers d’autres professions et d’autres troubles au risque de s’éloigner un peu trop du champ d’action efficace à la base et de laisser percevoir finalement une anguille sous roche (succès quand tu nous tiens…).

UbR : Comment se soigner ?

Marcel : Même si elle peut être virulente, envahissante, engluante, sclérosante, cette maladie se soigne très bien. Elle sera combattue par d’autres approches thérapeutiques complémentaires voire d’autres méthodes soit similaires, soit même aux antipodes. Une prise de conscience et un certain recul thérapeutique s’installera rapidement permettant enfin l’adaptation praticien/patient et non plus méthode/patient.

UbR : connaissez-vous vraiment des méthodes qui répondent à tous ces critères que vous venez d’énumérer ?

Marcel : oui, bien sûr !

UbR : N’exagérez-vous pas le tableau ?

Marcel : J’aimerais bien.

UbR : Comment éviter la propagation du virus ?

Marcel : En en parlant autour de vous et en partageant cet article. ;)

NDLR : propos qui n’engagent que Marcel, mais qu’en pensez-vous ?